[Dossier] Un plan pour freiner la progression des allergies

Devant l’explosion du phénomène, les experts appellent à la mise en place d’un véritable “Plan allergies” en France. Isabelle Bossé, présidente du Syndicat français des allergologies (Syfal), détaille les propositions de mesures qui viseraient à mieux informer la population sur les allergies.

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Entre 12 et 18 millions de Français souffrent d’allergie, dont 2 millions de cas sévères. Un constat qui devrait suffire à une prise de conscience générale pour arrêter la progression du phénomène, mais qui paradoxalement peine à convaincre. Que ce soit les pouvoirs publics ou les allergiques eux-mêmes. « C’est un fait que nous avons du mal à expliquer mais il faut savoir que les personnes attendent en moyenne 7 ans, une fois les premiers symptômes apparus, avant de se soigner. Même du côté des décideurs politiques, c’est une maladie très mal connue, certainement en raison de son caractère bénin », analyse Isabelle Bossé. Le Syndicat français des allergologues (Syfal), qu’elle préside, sonne la mobilisation en proposant un “Plan allergies”, afin qu’une véritable stratégie se mette en place sur le sujet au niveau national. « La première idée est de parvenir à ce que les allergies soient labellisées Grande cause nationale par le Premier ministre. Nous avons espoir pour l’année prochaine », lance Isabelle Bossé. En attendant, le syndicat s’affaire déjà sur la création d’un groupe de travail réunissant patients, allergologues et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), ainsi que les ministères de la Santé et de l’Écologie, pour prendre en compte l’importance de l’environnement dans les causes d’allergies.

« Nous manquons aussi cruellement de données épidémiologiques. Nous espérons ainsi que des fonds soient dégagés pour une étude globale sur l’impact social et sanitaire des allergies en France. Ce qui constituerait une étape primordiale pour l’amélioration de la prévention », poursuit la médecin. Dans le détail, les mesures proposées par le Syfal visent à mieux sensibiliser la population sur les risques encourus par le biais notamment de la création d’un Observatoire des allergies, la diffusion des informations sur les allergies dans les bulletins météorologiques sur l’audiovisuel public ou encore sur les plantes présentes dans les espaces accessibles aux publics et comportant un risque. « Un effort doit être aussi fourni pour une meilleure information des médecins généralistes et des pédiatres. C’est vers eux que les gens se tournent en premier. Il faudrait qu’ils soient formés car il n’y a que 1 500 allergologues en France : nous ne pouvons pas traiter 18 millions de patients à nous seuls », affirme Isabelle Bossé. Enfin, sur le plan environnemental, le Syfal compte également sur une diminution des seuils d’alerte pour la pollution aux particules fines et l’accélération de l’interdiction du diesel en ville.

Jusqu’à ce jour, les signaux renvoyés par les pouvoirs publics sont plutôt contradictoires. Alors que l’allergologie a été officiellement reconnue comme une spécialité en 2017, la Haute autorité de santé menace, elle, de dérembourser la désensibilisation. « Ce serait une catastrophe. Aujourd’hui, c’est le seul traitement curatif qui existe. Cela montre le travail qui nous reste à accomplir », souffle Isabelle Bossé.

Isabelle Bossé
> Diplômée de la Faculté de médecine d’Angers et titulaire du Diplôme de capacité d’allergologie et immunologie clinique, elle est présidente du Syndicat français des allergologues (Syfal)

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