[DOSSIER] Inscrire le droit des animaux dans la constitution

La lutte contre l’abandon des animaux passe par plusieurs canaux, dont la législation. Celle-ci n’est pas la même partout et certains pays sont plus en avance que d’autres. Karine Lou Matignon, journaliste et écrivaine, spécialiste des relations hommes-animaux, évoque quelques mesures dont la France pourrait bien s’inspirer.

Karine Lou Matignon
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À Barcelone, une vingtaine de statues de chiens, attachés à des lampadaires, à des bancs ou à des arbres par une laisse, ont été disséminés un peu partout dans la ville. À leur collier, un QR code permet aux passants de connaître les raisons de leur abandon, correspondant à une histoire réelle. Une manière pour la municipalité de sensibiliser les Catalans à ce phénomène qui ne cesse de s’étendre. « Les campagnes de sensibilisation contribuent à diminuer un tant soit peu le nombre d’abandons, elles sont nécessaires. Celle-ci est en plus originale », affirme Karine Lou Matignon. Mais pour elle, cela ne suffit pas. Il ne s’agit que d’un outil parmi d’autres, dont la législation.

Une des principales causes aboutissant à l’abandon d’un animal reste le manque d’adaptation au style de vie du propriétaire ou l’incapacité de ce dernier à l’accueil d’un nouveau ‘’colocataire’’. Pour pallier cette difficulté, « la Suisse a créé le permis de détention canine, peu importe la race », note la spécialiste, ajoutant : « Un éducateur initie le maître au comportement du chien. Comprendre l’animal, son langage, ses besoins, sa propre appréhension du monde humain, semble être la base d’une bonne relation entre les deux. »

La question du statut des animaux

En Belgique, une proposition de loi a même été déposée en ce sens, « en poussant jusqu’au retrait de l’animal à son propriétaire au moindre manquement », observe l’écrivaine. « Ce permis est pour moi le meilleur exemple à suivre. Il devrait être largement pratiqué chez nous. Mais, en France, une simple attestation suffit, et uniquement pour les chiens de 1re et 2e catégorie », poursuit-elle.

Mais tout dépend en réalité de la considération que l’Homme a pour l’animal. Et elle varie d’un pays à un autre. Suite aux nombreux travaux scientifiques réalisés sur le sujet, ce statut évolue : « Ils sont désormais reconnus comme des êtres et des individus dotés de compétences et de personnalités différentes », explique Karine Lou Matignon. Mais pour les protéger de l’abandon ou de tout autre abus, c’est bien le statut juridique qui importe. « En France, ils ont été relayés au rang de ‘’biens meubles’’ jusqu’à la loi de 2015 qui considère l’animal comme ‘’un être vivant doué de sensibilité’’. Ils restent toutefois classés dans la catégorie des biens », fait remarquer l’experte.

L’exemple de l’Allemagne

Le propriétaire peut donc en disposer comme bon lui semble. L’Allemagne paraît être, en la matière, le pays le plus avancé : « Les droits des animaux ont été inscrits dans la constitution. Ainsi, l’État est garant de leur respect et de la protection de leur dignité, tout comme celle des humains », précise l’écrivaine. Pour elle, la réelle évolution passe par l’intégration de leurs droits dans la constitution française.

Elle évoque même la création d’un organe tel un Conseil du bien-être animal, à l’image de la Belgique : « On y trouve un panel de véritables experts, légitimes, pour orienter les politiques sur les questions animales, quels que soient les sujets. »

Karine Lou Matignon

Journaliste, scénariste et écrivaine, elle est spécialiste de la relation entre les Hommes et les animaux qu’elle traite au travers d’ouvrages, de documentaires ou du cinéma. Elle a notamment supervisé l’écriture de l’ouvrage collectif ”Révolutions animales”, paru en 2016 aux éditions Liens qui libèrent.

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