[Dossier] Inciter plutôt que contraindre

Source: Journal officiel
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Les professionnels de santé et les pouvoirs publics planchent actuellement sur des solutions pour pallier les problèmes de répartition des généralistes dans l’agglomération toulousaine. Jean Thévenot, président du conseil de l’ordre des médecins de la Haute-Garonne plaide pour une revalorisation du métier plutôt que des mesures contraignantes.

Par Delphine Tayac

De l’avis de Jean Thévenot, LA solution phare pour résorber les déserts médicaux passe par les maisons de santé, ces structures où les praticiens mutualisent leurs locaux et leurs moyens. Un outil en plein essor dans les zones rurales mais qui s’avère plus rare en ville. Suite à la publication de l’Atlas de la démographie médicale 2015 en juin, le conseil de l’ordre des médecins de la Haute-Garonne, l’Union régionale des professionnels de santé, l’Agence régionale de santé et la mairie de Toulouse ont décidé de se mettre autour de la table. Ils étudient actuellement les besoins en généralistes, quartiers par quartiers, dans l’agglomération. Les bailleurs sociaux pourraient prochainement mettre à disposition des locaux à des prix attractifs pour les médecins souhaitant s’installer dans certaines zones en tension. Une maison de santé pluridisciplinaire pourrait aussi voir le jour.

Ces solutions ont, selon Jean Thévenot, l’avantage de répondre à différentes problématiques. Tout d’abord celle du coût. « Il n’est pas rare qu’un jeune médecin qui s’installe doive remettre aux normes “handicapé” son cabinet. Cela peut représenter des travaux allant jusqu’à 15 000 euros et aucune aide n’existe ». Mais aussi, celui de la sécurité. « Il suffit qu’un confrère ait dû faire face à une agression pour que l’ensemble de la profession se détourne d’un quartier. La maison médicale peut les rassurer». Dans un contexte de féminisation de la profession et d’une volonté de certains médecins de concilier vie personnelle et professionnelle, ces structures permettent aussi « de se relayer, se remplacer, prendre des congés à tour de rôle et alléger la charge de travail», poursuit-il.

« Le numerus clausus n’a plus lieu d’être »

Une forme de nomadisme des généralistes libéraux pourrait aussi se développer à l’avenir. À l’heure actuelle, ils n’ont le droit d’ouvrir qu’un cabinet. Mais, compte tenu des déserts médicaux, le code de déontologie les autorise à en ouvrir un second notamment si cela sert l’intérêt de la population. Selon Jean Thévenot, « il est tout à fait possible d’imaginer qu’un médecin dispose de son cabinet à Toulouse et exerce deux jours à Saint-Gaudens ».

Au-delà de ces solutions locales, c’est, selon le praticien, tout un système qui est à revoir. Notamment dans la formation des médecins. « Le numerus clausus n’a aujourd’hui plus lieu d’être», estime-t-il. Mais le supprimer ne suffira toutefois pas, selon lui, à rendre cette spécialité automatiquement attractive aux yeux des étudiants. « Cela passe aussi par une revalorisation du tarif des consultations, elles ne devraient pas être en-dessous de 50 euros. Évidemment, renouveler une ordonnance ne devrait alors pas être comptabilisé comme un acte médical.»

Quant à des mesures plus radicales, comme imposer l’installation sur les territoires en tension au même titre que les fonctionnaires, l’ordre des médecins n’y est pas favorable. Question de « nécessaire mobilité ». Des formes de troisièmes voies sont néanmoins expérimentées. L’Agence régionale de santé propose des contrats d’engagement de service public aux étudiants en médecine et aux internes. En échange d’une allocation mensuelle de 1200 euros pendant leurs études, ils s’engagent, pendant 2 ans minimum, à s’installer dans une zone désertifiée. Selon l’Agence régionale de santé, près de 80 contrats ont été signés à l’échelle de Midi-Pyrénées à ce jour. Mais, pour l’heure, l’agglomération toulousaine ne fait pas partie des zones considérées en tension.

Source: Ordre régional des médecins
Source: Ordre régional des médecins

 

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