[Dossier] Et si la jeunesse n’allait pas si mal que cela ?

OPTIMISME. Sacrifiée, désenchantée… ? Rares sont les termes positifs pour qualifier la nouvelle génération. Selon Joaquim Timotéo, chargé d’études et de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), le passage à l’âge adulte prend plus de temps qu’il y a 50 ans. Si le contexte change, les 15-30 ans n’en restent pas moins volontaires et engagés.

©Marine Mugnier
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Par Delphine Tayac

« Il y a beaucoup de clichés sur la jeune génération, elle serait désintéressée de l’engagement, de la vie de famille, il a aussi été question de la génération Tanguy », énumère Joaquim Timotéo. La société française porte globalement un regard dur à l’encontre des jeunes. Mais changent-ils tant que cela ? Selon le sociologue, c’est plutôt le cadre dans lequel ils évoluent qui est en pleine mutation. En France, le passage à l’âge adulte se fait traditionnellement en trois étapes clés. Quitter le foyer parental, créer soi-même un foyer en s’installant en couple ou en ayant son premier enfant et enfin décrocher un premier emploi. « L’accès à ces trois étapes majeures est désormais beaucoup moins rectiligne que dans les années 1950, indique Joaquim Timotéo. Auparavant, l’arrivée du premier enfant concordait avec la fin de la scolarité et le premier emploi, le tout autour de 20 ans. Aujourd’hui, ces étapes n’arrivent plus simultanément dans les parcours de vie. On décroche son premier emploi stable aux alentours de 27-28 ans. Certains retournent vivre chez leurs parents un temps. » Mais cela ne signifie pas pour autant que les jeunes s’accrochent au cocon familial. La génération Tanguy est un vrai cliché. « Le phénomène est très marginal, selon l’INSEE on quitte le foyer vers 23, 24 ans en moyenne, un âge stable depuis 20 ans. C’est plus jeune qu’en Espagne ou au Portugal », explique le sociologue.

Toujours engagés mais plus pragmatiques

Face à cet avenir de moins en moins tracé, la jeunesse perdrait-elle ses valeurs et deviendrait-elle individualiste ? Les études tendent à montrer le contraire. « Les aspirations de la jeune génération restent assez traditionnelles, souligne Joaquim Timotéo. Les moins de 30 ans placent la famille et le travail comme étant les plus importantes ». Elle n’est pas non plus moins engagée que ses aînés. Si l’on en croit une étude menée par le Crédoc et l’INJEP en 2015, 42 % des jeunes Français sont adhérents d’une association et 3 jeunes sur 10 donnent de leur temps en tant que bénévole, soit quasiment autant que le reste de la population. C’est plutôt la forme de l’engagement qui évolue. Quand dans les années 1970, s’investir était synonyme de prendre sa carte dans un parti politique ou un syndicat, aujourd’hui le pragmatisme prime. « Les 15-30 ans souhaitent voir les résultats concrets de leurs actions et avoir un retour sur investissement de leur engagement. Les mouvements comme Nuit Debout ou le phénomène des ZAD démontrent aussi qu’ils souhaitent être entendus », analyse Joaquim Timotéo.

Ce qui change, c’est la précarité qui touche certains jeunes plus durement que le reste de la population. Les moins de 24 ans sont davantage sujets au chômage (24 % contre 10 % pour le reste de la population). Malgré tout, le sociologue estime que « globalement la jeunesse va bien ». « Elle est de plus en plus diplômée et de mieux en mieux formée. Elle a toujours de l’appétence pour la culture, elle est ouverte sur le monde notamment grâce à Internet, foncièrement en bonne santé et ne demande qu’à s’engager. On ne peut donc pas parler d’une génération sacrifiée ». Une vision que semblent partager les jeunes eux-mêmes. Selon le baromètre « Jeunesse et confiance » réalisé en 2015 par Opinion Way pour le journal La Croix, 69 % des 16-25 ans se disaient optimistes sur leur propre avenir.

©Marine Mugnier
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