[Dossier] Le Bimby, partager son terrain pour lutter contre l’étalement urbain

CONCENTRATION. Pour lutter contre l’étalement urbain, le Bimby propose à des propriétaires de diviser leur terrain pour que d’autres puissent y construire leur logement. Une démarche adoptée par plusieurs communes en Haute-Garonne.

Monique Castro

bimby
© Villes Vivantes

Contre-pied au Nimby “Not in my backyard” (pas dans mon arrière-cour), acronyme qui désigne l’opposition de résidents à un projet d’intérêt collectif près de chez eux, le Bimby “Build in my backyard” (construire dans mon arrière-cour) invite au contraire les propriétaires à diviser leur parcelle, pour donner l’opportunité à des inconnus de bâtir directement sur leur terrain.

En supprimant les superficies minimales des terrains constructibles, la loi Alur de 2014 permet aux maires et aux habitants de mettre en placeune densification douce et d’en finir avecl’étalement urbain qui, depuis les années 1960, grignote les campagnes. «Le Bimby est un concept vieux comme Vercingétorix. De tout temps, les Hommes ont divisé les terrains. Ce qui est nouveau c’est l’accompagnement que nous proposons aux propriétaires», précise Jacques Ségéric, maire de Vigoulet-Auzil, une petite ville très aisée située à côté de Toulouse, première de la région à s’être lancée dans l’expérience, dès 2014.

Lors des journées Bimby organisées par la mairie, les habitants qui le souhaitaient ont pu gratuitement rencontrer un architecte-urbaniste pour discuter des possibilités d’aménagement sur leur terrain. Les architectes ont alors modalisé, en temps réel, les différents projets en vérifiant qu’ils coïncidentavec le plan local d’urbanisme (PLU). Ce document, révisé tous les cinq ans, réglemente les constructions sur le territoire communal. Les maires engagés dans la démarche Bimby essayent ensuite de prendre en compte les différents projets imaginés par les habitants pour concevoir les nouveaux PLU.« Plus de 120 personnes sont venues à ces journées», poursuit Jacques Ségéric. «Une m’a particulièrement intrigué en annonçant son intention de faire des logements sociaux.»Cette intention pose la question de la construction de ce type d’habitat dans le dispositif Bimby.En effet, les communes doivent atteindre entre 20% et 25% de logements sociaux selon leur taille. Comment garantir ce pourcentage dans le cadre d’un Bimby ? «C’est simple »,assure Jacques Ségéric, « quand un propriétaire divise son terrain pour la première fois, il n’est pas tenu de réaliser des logements sociaux. Mais s’il le fait une deuxième fois il devra en prévoir. Par exemple, pour quatre constructions, il faudra deux logements sociaux. Il suffit d’inscrire cette règle dans le PLU.»

Le profil type d’une personne qui a recours au Bimby, est un individu âgé, à la recherche de revenus supplémentaires pour adapter son habitat en prévision de ses vieux jours, qui vit dans une maison devenue trop grande, sur un terrain qu’il n’arrive plus à entretenir.

«À Bouloc,55% des ménages sont composés d’une à deux personnes vivant, pour 85% d’entre elles, dans des T4 ou des T5», explique Daniel Nadalin, adjoint à l’urbanisme.Dans cette petite commune rurale de 3 000 habitants, il faudrait, pour répondre à la pression démographique, bâtir 650 logements à l’horizon 2030. « Nous avons réalisé des études qui nous montrent que nous arriverons, grâce au concept Bimby, à construire ces logements sans nous étaler. Outre la perte de terres agricoles, l’urbanisation, avec tout ce qu’elle comprend en matière d’acheminement de réseaux et de transport, coûte très cher», ajoute-t-il. À ce jour, environ 210 personnes ont fait part de leur intention de diviser leur terrain pour construire des logements.

De son côté, à Vigoulet-Auzil, Jacques Ségéric n’est pas peu fier. «Dans le PLU que nous mettons en révision, nous avons gagné 20 hectares sur les 340 que compte la commune.»Ainsi, cette dernière va restituer 20 hectares à la nature, sur des zones dédiées à l’urbanisme. Un retour en arrière qui aurait été impensable il y a quelques années et qui va permettre à cette commune de densifier son centre bourg, de renouveler l’habitat et de sauver son école.

 

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