Toulouse, cédée au privé ?

SYL jtoul-15-10-22

Patrimoine. Jean-Luc Moudenc poursuit sa quête de recettes pour renflouer les caisses toulousaines. Pour cela une stratégie de ‘‘valorisation du patrimoine’’ a été mise en place mais elle soulève quelques questions, notamment celle de la cession de biens publics à des intérêts privés.

Par Séverine Sarrat et Coralie Bombail

 

Terrains, immeubles, maisons… tout y passe ! Le mot d’ordre étant de trouver des revenus capables de pallier le déficit actuel du budget municipal. « Nous avons trouvé les finances au plus bas lorsque nous sommes arrivés au Capitole, il faut bien chercher un moyen d’y remédier », scande Roger Atsarias, conseiller municipal en charge du patrimoine. Depuis une dizaine d’années, la mairie de Toulouse aurait accumulé 1.4 millions de m² de biens, Capitole compris, la plupart du temps soit pour aménager au mieux les abords des stations de métro, soit pour s’en servir ensuite de local administratif. « Au final, peu ont servi, nous avons donc décidé de les céder », explique pragmatiquement le conseiller au patrimoine. Pour la seule année en cours, 11 actes de ventes ont été signés par la mairie, soit 6.3 millions d’euros et « nous tablons sur 30 à 40 cessions supplémentaires d’ici à 2017 », rajoute-t-il. Inscrite dans une démarche de valorisation du patrimoine, les recettes seront destinées à l’investissement et au désendettement de la ville. En 2016, la municipalité prévoit environ 5 millions d’euros de revenus, issues des ventes de patrimoine. Seulement voilà, le choix des biens vendus ne fait pas toujours l’unanimité au sein du Conseil municipal, preuve en est le dernier en date où sept propriétés municipales ont été proposées à la vente.

Parmi ces dernières, l’ancienne piscine Pradié qui a soulevé de nombreuses contestations des élus de l’opposition ayant voté contre le projet de cession. « Effectivement, une association de quartier nous a alerté sur ce dossier p our nous faire savoir que le Département pourrait être intéressé, de même que la Région. De plus, les habitants semblant inquiets quant à la possible poussée d’un gros immeuble, nous avons retiré la délibération », confie Roger Atsarias. L’élue communiste Martine Croquette, se dit satisfaite de cette décision : « Nous allons en informer le comité de quartier de Saint-Michel, choqué de cette mise en vente sans concertation. Nous essayons de voir s’il est possible d’y installer un équipement public. » Cette idée « aurait du sens à côté du lycée Berthelot, surtout que ce quartier peine à se doter d’animations », renchérit, l’ancien maire, Pierre Cohen. Une discussion sera menée avec les riverains et les collectivités puis le bien sera remis à la vente : « Nous ne sommes pas pressés. Nous sommes à l’écoute et leur assurons que la cession ne donnera pas suite à une construction haute », assure Roger Atsarias, puisque le PLU y interdit l’implantation d’un bâtiment de plus de 6 étages. Un exemple toutefois que la municipalité porte pour démontrer qu’elle « ne vend pas au plus offrant mais au mieux offrant : nous souhaitons que les projets des acquéreurs s’inscrivent dans l’environnement des quartiers ».

« Nous tablons sur 30 à 40 cessions supplémentaires d’ici à 2017 »

La vente d’un terrain de 4 300 m² à Pech David aurait même été refusée, « l’acheteur nous proposait 1 million d’euros de plus que la mise à prix, soit 3.2 millions d’euros, mais nous l’avons débouté car la densité de son projet était trop importante pour le secteur », précise Roger Atsarias. Pourtant, cette démarche n’est pas reconnue par tous. A la sortie du Conseil municipal, les voix de l’opposition fustigent : « Céder du patrimoine reste tout à fait normal mais l’intérêt public et général doit être conservé ce qui n’est pas le cas. La politique de Jean-Luc Moudenc est celle du profit. Peu importe l’acquéreur, pourvu que le projet soit lucratif, la cession du cinéma des Nouveautés en est le parfait exemple », souligne Antoine Maurice, conseiller d’opposition, président du Groupe Toulouse Vert Demain. Le bâtiment a été vendu à Eiffage pour y implanter un hôtel de luxe. « Ce projet convenait parfaitement au lieu » pour la municipalité, ce qui n’est pas du goût de l’élu écologiste qui rappelle que le cinéma d’art et d’essais l’Utopia souhaitait également acheter le bien : « Choisir un hôtel de luxe plutôt qu’un cinéma pour remplacer… un cinéma, m’interpelle ! » Sur ce projet, l’ancien maire de Toulouse, avait une autre vision : « Nous ne l’avons pas vendu car nous souhaitions en faire une salle de réunion car il n’y a que la salle du Sénéchal en centre-ville », mais nuance son jugement : « Cet hôtel au concept particulier n’est pas le pire des projets. Selon moi ce bien devait avoir une vocation publique, mais il n’y a pas de faute politique », estime Pierre Cohen.

Il est en revanche plus sceptique sur « la volonté de Jean-Luc Moudenc de rechercher des partenariats privés en vue de financer des équipements publics. » Il prend pour exemple la 3e ligne de métro « qui doit être largement financée par le privé… La mairie ne doit pas se lier les mains, elle doit pouvoir garder la main notamment pour maintenir la tarification sociale. » Là est toute la question : trouver le bon équilibre permettant de faire prévaloir l’intérêt général.

 

Le + : Ces services publics gérés par le privé

Le privé s’immisce dans les affaires publiques via les délégations de service public (DSP). A Toulouse, cela concerne principalement l’eau (gérée par Véolia) et les parkings (gérés pas Vinci Park). Actuellement, Vinci Park (12 parkings à Toulouse) négocie avec la mairie la gestion de six parkings supplémentaires. De nombreux parkings vont arriver en fin de convention, « celui du capitole en 2016, les allées Jules-Guesde en 2015 », cite Pierre Cohen en exemple, « nous étions totalement contre cette DSP, et nous aurions arrêté la collaboration avec Vinci à la fin des conventions en cours. » Le parking de Marengo (géré maintenant par la régie de Tisséo) est le seul dont le contrat a pris fin sous le mandat de Pierre Cohen.

Concernant la gestion de l’eau, le choix d’une délégation des services publics (DSP) émane de Dominique Baudis qui avait conclu avec Véolia un contrat sur 30 ans. Ce dernier prenant fin en 2020, l’opposition demande à ce que des audits indépendants soient réalisés, pour étudier la possibilité d’une régie publique de l’eau : « Jean-Luc Moudenc n’a jamais caché sa préférence pour la DSP » explique Antoine Maurice, précisant que la gestion de l’eau en interne serait jusqu’à 20% moins chère.

 

 

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