Pierre Médevielle : “Si on ne réagit pas, l’UDI va disparaître”

Pierre Médevielle

Nostalgique. Militant de la première heure, aux côtés des gagnants Dominique Baudis ou Marc Censi, Pierre Médevielle veut redonner au centre ses couleurs d’antan. Fini la droite et la gauche, finies les querelles de chapelles entre les six composantes de l’UDI. Le sénateur veut redonner de la crédibilité au centre et pour cela se retrousser les manches face au chômage, mieux aménager le territoire et faire barrage au Front national.

 

Par Anne Mignard

 

Pierre Médevielle, vous êtes candidat à la présidence de la fédération de haute Garonne de l’UDI. Plus de 70% des habitants du département habitent aujourd’hui dans l’agglomération toulousaine, vous êtes un “élu rural”, comment allez-vous convaincre les militants de l’UDI de voter pour vous malgré ce décalage ?

 

Je suis un élu rural mais en tant que sénateur et membre de l’UDI, je passe la moitié de mon temps à Toulouse. Je ne souhaite pas mettre en concurrence les territoires urbains et ruraux. En Haute Garonne, 91% des richesses sont concentrées dans l’agglomération toulousaine. Ca n’est ni bon pour l’agglomération, ni pour le reste du département. Si on continue à négliger les zones rurales comme l’a fait le Conseil général par le passé, cela fera perdre de l’attractivité aux Pyrénées mais aussi à Toulouse. Bien sûr la métropole a besoin d’investissements pour les crèches, les écoles mais il faut mettre en place un système de péréquation et arrêter de négliger les petites communes.  Dans le Comminges, on veut intégrer 108 communes dans une même intercommunalité, c’est ingérable ! Il faut que l’UDI fasse entendre sa voix sur l’organisation territoriale ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, d’autant qu’on ne participe pas à la primaire de la droite.

 

Vous regrettez qu’il n’y ait pas de candidats UDI à cette primaire ? Vous avez pourtant appelé à voter pour Alain Juppé.

 

Je déplore les guerres entre nos six chefs nationaux. Si on ne réagit pas, l’UDI va disparaitre. Regardez les résultats des dernières élections législatives de Toulouse. Pas un seul candidat UDI n’a réussi à franchir la barre des 3%. Concernant la primaire à droite, j’aurais aimé que l’UDI participe mais après le congrès de Versailles en mars dernier, j’ai pris acte de la décision des adhérents. Comme je l’ai expliqué à Jean Christophe Lagarde, le président de notre mouvement, j’ai alors repris ma liberté.  Aujourd’hui, 90% des parlementaires centristes travaillent avec les candidats républicains à cette primaire, malgré les consignes nationales. Une situation difficile à comprendre, j’en conviens et les querelles de chapelles parisiennes n’arrangent rien. Moi je trouve qu’Alain Juppé présente un programme adapté à la situation actuelle de la France. On ne gérera pas le pays avec des fantasmes comme ceux du Parti socialiste. Tous les économistes qu’ils soient de gauche ou de droite, savent ce qu’il faut faire. Il nous faut trouver le Président pour appliquer le remède.

 

« Si un autre adjoint était président de l’UDI, ça ne serait pas un signe d’union et d’ouverture »

 

Votre principal adversaire à la présidence de la fédération de Haute-Garonne de l’Union des Démocrates et Indépendants est Jean Jacques Bolzan. Son mandat d’adjoint à la mairie de Toulouse semble vous poser problème.

 

Je constate qu’une adjointe de Jean-Luc Moudenc est actuellement présidente du parti Les Républicains, Laurence Arribagé, un autre adjoint est président du Modem, Jean-Luc Lagleize. Si un autre adjoint était président de l’UDI, ça ne serait pas un signe d’union et d’ouverture. Comme le vent d’autan, le souffle de Toulouse a du mal à venir en Comminges. Jean-Jacques Bolzan est déjà président de parti radical valoisien. J’ai proposé à Jean-Jacques Bolzan de rester dans l’ombre et de devenir premier vice-président de parti sur notre département. Apparemment, cela ne lui suffit pas. On est aujourd’hui dans un parti divisé qui risque au bout d’un moment d’être déchiré. Si on ne fait pas l’effort d’oublier ce qui s’est passé lors des élections municipales à Toulouse, ce sera compliqué de continuer ensemble. Notre région est une « terre radicale », le centre y a obtenu de larges victoires avec notamment les mandats de Dominique Baudis et Marc Censi. Avant 2003, l’UDF avait autant d’importance que le RPR. On discutait d’égal à égal au moment des commissions d’investiture. Il faut retrouver cet équilibre. Je suis inquiet que les directions des trois partis soient au Capitole.

 

Comment envisagez-vous de redonner de la crédibilité et des électeurs à l’UDI ?

Je pense que c’est le moment d’affirmer notre identité centriste. Regardez Emmanuel Macron, il lorgne sur le centre. Depuis que l’on ne joue plus à deux mais à trois avec le Front national, on sent bien qu’il y a un rapprochement comme le voulait François Bayrou à une époque. Je pense que ce rassemblement peut se faire chez nous à condition que nous mettions de l’ordre dans la maison.

 

Et concernant un rapprochement avec le Front national ?

Ce parti veut le retour au franc et la sortie de l’Europe. C’est inenvisageable. Mon ADN est centriste même si j’ai été dix ans à l’UMP. Ces propositions sont uniquement électoralistes et fonctionnent dans un pays en crise. Ils savent proposer ce que nous n’avons pas su donner c’est-à-dire une manière de résoudre le chômage. Donc il ne faut pas s’étonner qu’ils fassent de tels scores ! Tout cela est de notre faute. À nous de reprendre les dossiers, de revoir les statuts de l’élu et de limiter le nombre des mandats pour recrédibiliser le rôle des hommes politiques.

 

 

Cv express

Né le 17 avril 1960

A Saint-Laurent de Neste (65)

Profession : pharmacien

Fonction politique : maire de Boulogne sur Gesse et sénateur UDI de la Haute-Garonne

Signe particulier : a appartenu à L’UDF avant de rejoindre l’UMP pendant dix ans avant d’intégrer l’UDI. Membre du parti radical valoisien.

 

 

 

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