Martin Malvy : « Indépendant, je l’ai été toute ma vie. »

Il va quitter son dernier mandat exécutif de président du Grand Figeac le 31 janvier prochain. Confortablement assis sur les banquettes du Florida à Toulouse, où il organisait jadis ses réunions en tant que président des étudiants du Lot, Martin Malvy se livre sur son parcours, sur l’état du PS ou la politique du gouvernement. À 81 ans, l’ancien président de Région est toujours actif et reste attaché à ce qui a occupé 50 ans de sa vie, la politique et l’action publique.

 

© Paul Perié
© Paul Périé

Vous avez d’abord été journaliste. Votre arrière-grand-père et votre grand-père étaient en politique. Faire de la politique, c’était une évidence pour vous ?

Non, c’était plutôt même l’inverse. J’avais décidé de ne pas faire de politique active, même si j’étais engagé, militant. Étudiant, j’étais mendésiste. Pierre Mendès-France était notre boussole à beaucoup ici en fac de droit.
Mais je voulais être journaliste, c’était mon projet. J’avais fait une première tentative vers la fin de mes études à La Dépêche du Midi. Finalement, je suis rentré à Sud-Ouest, avant mon service militaire, un peu par l’effet du hasard, comme chef d’agence dans le Lot, puis à La Nouvelle République à Tours, où j’ai passé trois ans. Ensuite, j’ai quitté le groupe, car leurs propositions ne me convenaient pas et j’ai retenté ma chance à La Dépêche du Midi. J’ai été journaliste de 1961 à 1977. Donc quand on me dit aujourd’hui qu’il faut renouveler le personnel politique en faisant entrer des gens de la société civile, je réponds que je suis un pur produit de la société civile.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé alors à entrer en politique ?

Les événements se sont précipités. J’avais adhéré à la Convention des institutions républicaines, le parti créé par François Mitterrand, en 1964. Je pensais à ce moment-là qu’il représentait la seule alternative à la droite. Est arrivé mai 1968. J’étais alors dans le Lot et membre du bureau de la fédération de la gauche socialiste et démocrate.
Les législatives arrivaient, je suis allé à la réunion de désignation des candidats et je suis sorti désigné. Ce n’était pas du tout mon projet. J’étais marié, j’avais un fils et je venais de rentrer à La Dépêche. Je n’avais aucune chance de gagner, les anciens m’avaient poussé et j’avais fini par me laisser convaincre, sans savoir que c’était le début d’une nouvelle aventure.

 

Vous avez obtenu votre premier mandat en 1970 en tant que conseiller général du Lot. Quel souvenir avez-vous de cette première élection ?

C’est un souvenir chargé d’émotion que d’avoir été élu dans un canton de Veyrac où mon arrière-grand-père a été conseiller général à la fin du 19e siècle. Je me retrouvais là dans un lieu que je connaissais bien, où j’avais passé du temps pendant la guerre, lors du débarquement.
Un an après, on vient me chercher pour les municipales de Figeac. Je deviens conseiller municipal d’opposition. On rate alors la mairie pour 40 voix, je crois. Et à partir de là, c’est parti. J’ai glissé le petit doigt et j’y ai passé le bras en deux ans. En 1973, je suis de nouveau candidat aux législatives et je perds contre Bernard Pons, secrétaire d’État à l’agriculture, qui est bien implanté. Mais en 1978, un an après l’avoir battu pour la mairie de Figeac, il ne se représente pas aux législatives, où je suis élu.

« C’est un souvenir chargé d’émotion que d’avoir été élu dans un canton de Veyrac où mon arrière-grand-père a été conseiller général à la fin du 19e siècle »

Au final, vous avez été élu 26 fois sur 28 scrutins…

Oui, quand j’y réfléchis… Mais cela s’est toujours fait avec la même émotion, avec les mêmes craintes, les mêmes interrogations. Je n’ai jamais sous-estimé la consultation électorale. Mais ces 26 élections se sont faites sur des fonctions différentes.

 

Justement, lors de vos vœux à Figeac, sur la question du cumul des mandats, vous vous êtes interrogé : « À qui doit-on faire le reproche ? À moi ou à ceux qui ont voté pour moi ? » Quelle est votre position ?

La question du cumul des mandats ne m’a pas posé de problème parce que j’ai démissionné du conseil général, de la députation, de la mairie et au bout de trois mandats, j’ai décidé de ne plus me représenter à la région. Quand j’ai démissionné de la députation, à l’époque, rien ne m’obligeait à le faire. J’ai toujours estimé qu’il fallait limiter le nombre des mandats. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fait autant de consultations, car elles étaient sur des fonctions différentes. Le cumul n’a jamais dépassé deux fonctions : députation et mairie, Région et Grand Figeac.

 

Maire, conseiller général, secrétaire d’État, député, ministre, président du Conseil régional, président de la communauté de communes du Grand Figeac. À quelle place vous êtes-vous senti le plus utile ? Quel mandat correspond le mieux à votre vision de l’action politique ? Cela a-t-il évolué au fil des réformes territoriales ?
Toutes les fonctions sont intéressantes. Mais quelle est celle qui est la plus attachante ?

Cela dépend des périodes. Quand vous êtes parlementaire dans la majorité, vous avez le sentiment de faire. Même si vous n’arrivez pas à réaliser tout ce sur quoi vous vous êtes engagés pendant la campagne électorale. Par exemple, beaucoup a été fait avec François Mitterrand pour débloquer une société qui était quand même très corsetée en 1981.
Cependant, par définition, les fonctions les plus passionnantes sont les fonctions locales, car vous avez tout le pouvoir. Parlementaire, c’est plus difficile. On est dans un bloc et quand c’est bien, on dit c’est bien, quand c’est mal, on dit c’est mal. Ce qui a d’ailleurs mal tourné aux dernières élections, car les Français en ont assez du systématisme de la vie politique.

« Les fonctions les plus passionnantes sont les fonctions locales, car vous avez tout le pouvoir »

Vous avez quand même été ministre, un poste où vous avez la main sur les décisions

Quand on est ministre, on a un vrai pouvoir, c’est vrai. En 1992, j’ai été ministre du Budget et ce n’était pas facile. Toutefois, la situation était encore acceptable : même si nous étions en train de franchir la barre des 3 % de déficit, la dette ne représentait alors que 40 % du PIB.
En tant que secrétaire d’État, je me suis passionné pour l’énergie à l’époque de la fin du charbon. J’ai vécu la dernière catastrophe minière à Forbach et une belle époque des énergies renouvelables. Je trouve qu’on a ralenti depuis. Je me souviens avoir fait de la voiture électrique dans Paris !

Pour revenir aux fonctions locales, pourquoi vous plaisent-elles autant ?

C’est là où on est pleinement responsable. La Mairie, c’est le mandat dans lequel on peut le plus faire bouger les choses. Imaginer, proposer, faire adopter et mettre en œuvre. Il en va de même pour la Région. Je me suis vraiment passionné pour la Région et je pense qu’elle a vraiment pris corps à partir de 1998. Ce n’est pas pour jeter la pierre à ceux qui m’ont précédé, mais il y avait moins de compétences. C’est à partir de là qu’on a construit une vraie politique régionale. Ces trois mandats de président de Région m’ont pleinement satisfait sur le plan intellectuel.

 

Vous avez été journaliste à La Dépêche pendant plusieurs années. Quels sont vos liens avec La Dépêche et avec la famille Baylet, qui dirige le groupe ?

J’ai été journaliste à La Dépêche du Midi de 1964 à 1977 en tant que chef d’agence à Tarbes, Agen, Brive et Cahors. J’ai gardé de ces années de journaliste le meilleur souvenir. Et je me suis souvent dit : « Si un jour je ne suis pas réélu, je reprendrai avec passion cette profession que j’avais choisie, enfant ». À l’époque, c’était Évelyne-Jean Baylet qui dirigeait le journal. On l’appelait avec respect « la patronne ».
Avec Jean-Michel Baylet, nous avons été élus députés la même année. En 1984, nous sommes entrés au gouvernement de Laurent Fabius ensemble… Cela crée des liens. Nous avons toujours eu des relations franches, cordiales, amicales même. Notamment dans le cadre d’accords politiques nationaux auxquels nous adhérions l’un et l’autre et que nous nous efforcions de mettre en application au niveau local. Le PRG puis le MRG était le partenaire le plus proche et le plus permanent du PS. Que Jean-Michel Baylet devienne l’un des responsables du Parti radical, puis son président national a évidemment renforcé nos relations. Nos engagements étaient à peu de choses près les mêmes.

 

Justement, un patron de presse locale président d’un parti proche du PS, qui gère la Région, cela peut poser des problèmes…

Je crois que La Dépêche n’a jamais dissimulé ses orientations, ce qui ne l’empêche pas d’abord d’être l’un de nos grands quotidiens régionaux, dont Jean-Michel Baylet a su préserver et élargir le rayonnement et l’indépendance. Si j’avais été d’un autre bord politique, cela aurait été différent. Étant du même, il était normal que nos relations soient ce qu’elles ont été, dans le respect de nos fonctions réciproques. Au-delà du plaisir partagé qui consiste à dîner un soir ensemble, c’est bien un projet politique qui nous a rapprochés.
De mon côté, indépendant, je crois l’avoir été toute ma vie. Je n’ai jamais fait de concessions qui auraient pu être de quelconques renoncements. En restant fidèle et constant dans mes prises de position et loyal avec mes partenaires.

« Indépendant, je crois l’avoir été toute ma vie. Je n’ai jamais fait de concessions qui auraient pu être de quelconques renoncements »

Quels sont les actions ou les projets dont vous êtes le plus fier dans votre parcours ? Votre action à la région ou le développement du Figeacois ?

J’ai beaucoup aimé travailler à Figeac. J’y avais peu d’attaches, même si mon grand-père y était né, mais il n’avait fait qu’y naître. Dans les années 1970, c’était une ville triste, bien que dotée d’un fabuleux capital patrimonial, dont les habitants étaient conscients. L’activité économique, essentiellement portée par Ratier, était réduite. En 20 ans comme maire et 20 ans au Grand Figeac, j’ai d’abord eu comme projet de mettre en valeur le patrimoine et, très vite, l’objectif majeur de développer l’économie et l’emploi. Aujourd’hui, nous avons 250 ha de zones d’activité économique sur le Grand Figeac avec un écosystème qui s’est développé grâce à des femmes et des hommes d’entreprises que l’on a pu soutenir. J’ai aussi mis l’accent sur la culture avec le musée Champollion et la place des Écritures. Figeac dispose d’un IUT, d’une école d’infirmière et a obtenu le label Pays d’art et d’histoire.

Et à la Région ?

J’ai participé à la construction d’une politique économique régionale. Avec mes équipes, nous avons mené une politique en direction de l’éducation, à travers les lycées, et pour l’enseignement supérieur, que nous avons soutenu avec une préoccupation de développement des territoires hors Toulouse. On a aujourd’hui des implantations universitaires dans tous les départements. Nous avons fait beaucoup sur les transports, notamment pour les routes nationales, mais aussi avec le Plan Rail, pour reconstruire une bonne partie du réseau.

En parlant des transports, sur la LGV, Midi-Pyrénées à l’époque avait participé à hauteur de plus de 100 millions d’euros pour le tronçon Tours-Bordeaux, permettant de gagner une heure. La liaison Bordeaux-Toulouse coûterait 7,8 milliards d’euros… N’est-ce pas un montant trop élevé pour gagner encore une heure ?

Ma grande déception est l’interruption, je l’espère momentanée, du projet GPSO. Je me suis vraiment battu pour la LGV. J’avais obtenu l’inscription des premiers financements avec Lionel Jospin au début des années 2000. Je suis toujours convaincu que la rentabilité de Bordeaux-Paris tient à Midi-Pyrénées et à la liaison Bordeaux-Toulouse. C’est une absurdité totale d’engager des milliards pour porter Bordeaux à deux heures de Paris si on ne va pas plus loin. Le déclic LGV se situe à 3 heures. Il ne faut pas oublier que cela veut dire aussi que les Bordelais gagneraient une heure en direction de Montpellier, de Marseille et de Lyon.
Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que la 4e ville de France puisse rester à l’écart du réseau ferroviaire à grande vitesse européen.

C’est votre plus gros regret en tant que président de Région ?

Ce n’est pas un regret, car j’ai le sentiment d’avoir porté le projet jusqu’au bout. Il était entendu que les travaux devaient commencer en 2018. Je déplore la prise de position du gouvernement. Il aurait pu faire une pause de plusieurs années, mais ce n’est pas ce qu’il a dit. On a l’impression qu’il noie un peu le poisson et il n’y a rien de pire. Et sur le plan de l’équilibre territorial, ce ne serait pas sans conséquence lourdes si on devait en rester là. Ce n’est pas seulement un caprice, mais un objectif d’équilibre entre les deux métropoles. Je rappellerais que la mission Duron avait indiqué que s’il y avait une seule LGV à réaliser en France, c’est Bordeaux-Toulouse. Je crois qu’on ne mesure pas le décalage qui va se créer entre Bordeaux à deux heures de Paris et Toulouse à 4 h 15.
Par ailleurs, l’économie que l’État va réaliser sur ce projet ne va pas régler le problème des trains du quotidien et le retard pris. Ce qui a plombé le système ferroviaire français, c’est la création de RFF qui doit gérer la dette de la SNCF. En Allemagne, le gouvernement a effacé la dette du réseau ferroviaire.

La Mairie de Toulouse est-elle un regret dans votre parcours ?

Ce n’est pas un regret au sens strict du terme puisque j’avais fait un choix préalable. Cela aurait été malhonnête de ma part de faire campagne en disant que je croyais au fait régional pour dire ensuite que la mairie de Toulouse m’intéressait davantage. Vis-à-vis des électeurs de la région, cela aurait été difficile à gérer.
En revanche, si vous me demandez : auriez-vous aimé être maire de Toulouse ? Je vous réponds tout de suite oui. Mais il aurait fallu que les circonstances s’y prêtent plus tôt. J’avais un problème personnel sur la question de l’âge et je me disais qu’avec dix ans de moins, j’y serais allé. Je me suis peut-être trompé sur ce point, car l’âge n’est un handicap que lorsqu’il vous atteint physiquement.

« Si vous me demandez : auriez-vous aimé être maire de Toulouse ? Je vous réponds tout de suite oui »

Vous parliez du gouvernement tout à l’heure. Comment jugez-vous l’action d’Emmanuel Macron depuis son arrivée à la présidence de la République ?

Tout d’abord, je pense qu’Emmanuel Macron a parfaitement compris l’état des forces politiques en France. Il n’aurait pas réussi de cette manière si elles avaient été en meilleure situation. Qu’on l’approuve ou qu’on ne l’approuve pas, le sentiment des Français est aujourd’hui que le pays est gouverné et je crois qu’il y a une certaine satisfaction dans l’opinion sur le fait que le débat politique est moins systématique qu’il ne l’était. Aujourd’hui, la grande force d’Emmanuel Macron, c’est de comprendre qu’il y avait de la place à prendre à gauche et à droite du fait de la lassitude. Mais la vie politique est quelque chose qui passe très vite et j’entends des commentaires sur le redémarrage de l’économie et l’affirmation que cette réussite est due à François Hollande, qu’on tire aujourd’hui profit de ses mesures.
Dans l’immédiat, je souhaite qu’Emmanuel Macron réussisse, car il n’y a pas d’alternative crédible aujourd’hui. L’échec de Macron nous mènerait à l’aventure. Et je pense aussi que le pays a besoin d’être déverrouillé, car il n’y a aucune raison que la 4e ou 5e puissance économique mondiale soit l’un des pays d’Europe où le chômage est le plus élevé et les tensions sociales si vives.

Vous avez été ministre et président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale et député PS pendant cinq ans. Quelle est votre vision sur l’état de ce parti aujourd’hui ? Peut-il se relever ?

Je pense qu’il se redressera. J’ai connu 1969 et la défaite de la gauche et de la SFIO à la présidentielle avec Gaston Defferre qui avait fait 5 % des voix. Le congrès d’Épinay en 1971 a permis la naissance d’un nouveau parti, le PS, qui a amené la gauche au pouvoir en 1981.
À nouveau, les socialistes ont besoin de se reconstruire et cela prendra un certain temps. Ils doivent proposer un vrai projet, ce qu’ils n’ont pas aujourd’hui. À droite non plus d’ailleurs puisque les tentatives de M. Wauquiez de reprendre à son compte les thèses de Marine Le Pen ne constituent pas un programme.

Quel candidat vous parait le plus crédible pour prendre la présidence ? Le mouvement Génération.s de Benoit Hamon vous parle-t-il ?

Non, je n’ai pas cru à Benoit Hamon et à son projet. Je pense qu’il a eu tort de quitter le parti socialiste. Aujourd’hui, un garçon comme Olivier Faure me parait peut-être le plus à même de prendre la responsabilité du parti. Il ne s’agit pas demain de désigner le futur candidat à la présidence de la République, mais celui qui va avoir en charge cette reconstruction.

Vous étiez favorable à la réforme des régions pour leur donner davantage de poids et de compétences. Avec le recul, le résultat est-il à la hauteur de ce que vous attendiez ? Aurait-il été préférable de se rapprocher de l’Aquitaine avec qui des liens existaient déjà ?

L’Aquitaine, c’était mission impossible, car on ne pouvait pas choisir une métropole entre Bordeaux et Toulouse. Cette hypothèse n’a pas été envisagée. Le rapprochement avec Languedoc-Roussillon était plus naturel puisque Montpellier n’avait pas la prétention d’être la capitale et cette fusion avait l’avantage d’apporter à Midi-Pyrénées la mer. L’Aude est tourné vers Toulouse.
Ce qui est sûr, c’est que cette réforme n’a pas amélioré les relations entre l’état et les élus locaux. J’avais fait un rapport en 2014 sur les finances publiques pour François Hollande et la première préconisation était de rétablir la confiance entre l’État et les collectivités. Il n’y a toujours pas de stabilisation à ce niveau-là, la France n’y arrive pas.

Justement, la suppression de la taxe d’habitation n’a pas été bien accueillie par les communes…

Elle n’a pas été concertée et c’est une décision dont je me demande quelles seront les conséquences et comment elles pourront être gérées. Je comprends que le meilleur moyen pour améliorer le pouvoir d’achat de certaines catégories soit de retirer une charge. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il y a des communes riches et des communes pauvres. Dans ces dernières, tout le monde va être exonéré dans un premier temps et la seule recette sera la compensation de l’État, qui sera figée. Au contraire, les communes riches pourront continuer à faire évoluer leurs recettes en fonction de l’impôt. Est-ce qu’on ne va pas alors vers un système à deux vitesses qui accroîtra encore la différence entre les collectivités ? Maintenant, ils disent qu’ils veulent la supprimer pour tout le monde. Mais par quoi la remplacer ? Si c’est une dotation d’État, alors les collectivités seront sous tutelle, ce que je n’approuve pas.

Comment recréer de la confiance alors ?

Je crois que c’est essentiellement le dialogue. D’un côté, l’État doit cesser de rendre les collectivités responsables en disant qu’elles dépensent trop ou ne gèrent pas bien. Il y a effectivement des collectivités qui peuvent faire des efforts, mais certaines sont à l’os. D’un autre côté, les élus locaux doivent arrêter de rejeter la faute sur l’État dès qu’ils rencontrent un problème.

Comment jugez-vous l’évolution du dossier de l’aéroport ? Vous êtes favorable à ce que les collectivités restent majoritaires ?

Oui, cela a toujours été ma position et cela n’a pas changé. Au passage, sur ce dossier comme celui de la LGV, je suis admiratif de la manière dont Carole Delga a pris la nouvelle Région en main. Son parcours est assez remarquable. Elle a réussi très vite à la faire exister, à ce qu’elle se sente unie, soudée. Une unité régionale tient quand même beaucoup à celui ou celle qui préside. Et je pense que Carole Delga incarne parfaitement cette nouvelle institution.
Pour revenir à l’aéroport, il ne faut pas qu’il y ait de domination d’un groupe sur cet outil économique. D’autant que l’un des arguments mis en avant lors de la reprise du groupe chinois était le développement de lignes directes vers la Chine. On ne le voit toujours pas venir et c’est un vrai problème pour le secteur de l’économie touristique.

Pour revenir à la politique. Le nom de Nadia Pellefigue revient souvent pour une éventuelle candidature à la mairie de Toulouse. Pensez-vous qu’elle ferait une bonne candidate ?

Je pense que Nadia Pellefigue est une candidate potentielle de qualité. Elle ne sera pas la seule. C’est une jeune femme que j’ai connue à la Région, que j’ai eue comme vice-présidente et dont je salue les qualités. Elle a de réelles qualités de gestionnaire, d’approche concertée et de volonté de dialogue. Elle a une vision des choses et c’est une grosse travailleuse. Nadia Pellefigue peut être maire de Toulouse.

« Nadia Pellefigue peut être maire de Toulouse »

Avant votre départ, vous avez fait inscrire sous un buste de Jean Jaurès, à l’entrée de l’hôtel de Région : « Il n’y a qu’une race, l’humanité ». Lors de vos vœux à Figeac, vous avez évoqué l’appel de l’Abbé Pierre de 1954 et le manifeste « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, déclarant que le plus grand échec des politiques sont ces femmes et ces hommes qui dorment sur les trottoirs de nos villes. Comment jugez-vous la politique du gouvernement envers les migrants, que beaucoup considèrent comme particulièrement répressive ?

Je suis d’abord révolté par le fossé qui s’est creusé entre les catégories sociales. Ce n’est pas un problème franco-français. Il y a une détresse qui s’étend aux travailleurs pauvres qui est le signe d’un échec dans ces sociétés prospères. Que des gens soient à l’écart de la société me heurte énormément.
L’attitude vis-à-vis des migrants n’est pas facile. J’en reste aux propos qui avaient été ceux d’Emmanuel Macron qui voulait conjuguer humanité, solidarité et fermeté. La France n’est pas, et de loin, le pays qui accueille le plus de migrants. Elle n’est pas non plus dans la situation de l’Allemagne qui a besoin d’accueillir de nouvelles populations. Il faut accueillir tous les réfugiés politiques en restant dans la tradition française et pouvoir les accueillir dignement. Et s’il y a effectivement des exactions, elles sont insupportables, condamnables et inadmissibles.
Ensuite, je pense que l’Europe est défaillante. Les gens de ma génération qui ont été des fervents partisans de la construction européenne ont de quoi être déçus. Je crois qu’à 28 on ne peut pas repartir dans la direction souhaitée, c’est pour cela que je suis favorable à la création de plusieurs cercles.



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