[Dossier] Toulouse : entre économies et démesure ?

SYL jtoul-15-06-25

ARBITRAGE. Suite au dernier Conseil municipal qui a eu lieu vendredi dernier, de nombreuses voix se sont élevées pour remettre en cause les choix budgétaires de la municipalité. Si tout le monde s’accorde à penser que les économies sont inévitables, les domaines identifiés pour les réaliser ou au contraire investir, ne font pas l’unanimité. Tout est une question de priorité !

 

Baisse des subventions aux associations, augmentation des tarifs municipaux, suppression de la gratuité de la cantine pour les plus démunis, hausse des impôts, fermeture estivale de piscines… S’en est trop pour toute une frange de Toulousains en colère, suivis par l’opposition municipale. Ainsi, les dernières délibérations prises lors du Conseil municipal, l’ont été au son des protestations de manifestants lançant par les fenêtres du Capitole, leur désapprobation quant à la politique menée par l’équipe de Jean-Luc Moudenc. En cause, les arbitrages budgétaires annoncés pour réaliser des économies et augmenter les recettes.

Jean-Luc Moudenc demande alors des efforts qui « reposeront pour ¾ sur la collectivité, ¼ sur les administrés. » Et ce sont justement ces derniers qui font grincer des dents les Toulousains réunis sous le balcon du Capitole. Pour sa part, la mairie « doit faire 105 millions d’euros d’économie d’ici 2020 sur les dépenses propres de la ville », explique Sacha Briand, adjoint au maire de Toulouse en charge des finances. Une source interne au Capitole traduit, « la mairie n’embauche plus, c’est terminé ! » Car « sans créer un seul emploi, notre masse salariale augmente déjà de 10 millions d’euros par an eu égard aux évolutions de carrières du personnel en poste par exemple », précise Sacha Briand. A cela s’ajoute la baisse des subventions aux associations à hauteur de 25% « qui doivent se joindre à l’effort commun. D’autant qu’entre 2008 et 2014, ces aides avaient augmenté de 14% », précise l’adjoint. Dans cette même optique, les syndicats, dont l’hébergement représente un budget de 500 000€ pour la ville, ne sont pas exempts.

« C’est une prise d’otage des Toulousains, pour rien ! »

La CGT, hébergée gracieusement depuis plus d’un siècle à la Bourse du travail, a reçu de la mairie un courrier daté du 16 février dernier lui demandant « de libérer les locaux au 30 juin 2015, sauf à ce que soit trouvée une solution permettant à votre structure d’assumer un loyer correspondant à la valeur locative du bien. » Entre temps, il semblerait que les discussions aient évolué puisque Sacha Briand, auteur du courrier, confirme des signes encourageants du Département pour partager la note. Dans le viseur également, la gratuité de la cantine pour les familles les plus modestes et la fermeture de certaines piscines durant l’été. Pour l’adjoint aux finances, ces mesures sont indispensables pour juguler les dépenses mais il faut les expliquer : « Les gens ne se rendent pas compte de ce que coûte le service public. Prenons les piscines justement, quand un utilisateur paie 3€ une entrée, la ville en paye 45 à 70€. » Mais tous ces efforts sont-ils consentis par la municipalité ou subis par les Toulousains ? Est-ce un effort de la mairie qui économise ou des citoyens qui payent plus ? L’opposition s’interroge.

En cause, comme le scande Jean-Luc Moudenc, la baisse des  dotations de l’Etat et la municipalité précédente qui aurait laissé la ville au bord de la faillite. C’est pour cela que Jean-Luc Moudenc sollicite ses administrés, en augmentant les impôts locaux de 15%. Position pleinement assumée par la majorité qui rappelle même que « les 30 millions d’euros supplémentaires amenés par la fiscalité ne représentent que la moitié des pertes sur trois ans. » Pour Pierre Cohen, chef de file de l’opposition municipale, les économies annoncées et une telle hausse des impôts « sont grotesques ! Il convient de gérer la ville avec rigueur, certes, mais les priorités n’auraient pas été mises aux mêmes endroits si nous avions fait le choix. Nous aurions augmenté la fiscalité mais seulement de 4%, car elle se régule d’elle-même par la démographie croissante de la ville et un dynamisme économique exemplaire ! » A Sacha Briand de s’interroger : « Quand il parle de 4%, il veut dire par an bien sûr ?! » Jouer sur les mots, mais aussi sur les chiffres à qui l’on peut faire dire tout et son contraire. Pour l’adjoint au maire de Toulouse, « lorsque nous avons pris la mairie en 2014, nous avons trouvé un excédent de 14M€ et une épargne de moins de 3M€. A force d’effort et d’économies, nous sommes parvenus à remonter cette dernière. »

 « Les 30 millions d’euros supplémentaires amenés par la fiscalité ne représentent que la moitié des pertes sur trois ans. »

Ce serait donc la politique budgétaire qui aurait permis de redresser la barre… mais c’est sans compter l’analyse de Pierre Cohen, prédécesseur de Jean-Luc Moudenc au Capitole : « S’ils avaient trouvé les comptes de la ville dans l’état où ils le disent, ils n’auraient jamais pu réaliser autant d’épargne. » Car les comptes administratifs qui viennent d’être publiés font état de 28M€ d’épargne, sachant qu’une ville comme Toulouse a besoin d’un matelas estimé à 20M€. La ville rose ne serait donc pas tant dans le rouge ! Pour l’opposition, cette nouvelle information est un argument supplémentaire pour invoquer l’injustice de la hausse d’impôts, « c’est une prise d’otage des Toulousains, pour rien ! » s’exclame Pierre Cohen.

Et ce qui fait tiquer certains, ce sont les investissements consentis car de grands chantiers sont en cours : rénovation du Stadium (50M€), Quartier des sciences (28M€), Espace mémoire à Montaudran (9.6M€), développement de la vidéosurveillance (1.75M€), Plan Garonne (30M€), réhabilitation du Stade Arnauné (13M€)… « Pour ce dernier, comme la plupart des autres, Jean-Luc Moudenc s’est contenté de poursuivre les projets que nous avions élaborés, il n’a proposé aucune nouveauté… à part la troisième ligne de métro pour laquelle il n’a toujours pas de financement », fustige Pierre Cohen. Pour l’opposition, le maire ne crée pas, il suit, ce que ne peut entendre la majorité : « nous avons prévu la construction d’un groupe scolaire par an, c’est du jamais vu ! » Car oui, les priorités sont clairement données à la sécurité, l’éducation et la solidarité, comme l’affiche les communiqués municipaux.

Certains de ses gros investissements choquent les riverains, comme la réhabilitation du stade Arnauné par exemple. D’ailleurs, le « Collectif Non au futur stade Arnauné-Minimes » vient de voir le jour. Pour l’une de ses membres « le projet n’est absolument pas justifié ! Vouloir agrandir la capacité d’une enceinte utilisée par le TO XIII qui ne remplit déjà pas ses tribunes actuelles est absurde. A moins qu’un objectif obscur soit dissimulé aux habitants et que des intérêts privés priment sur l’intérêt général. Si la hausse d’impôts doit servir une raison privée alors oui, je suis outrée !» A la mairie, on précise que le chantier a été lancé par la municipalité précédente et que personne ne trouvait à y redire jusqu’à présent. « Certes », répond le collectif, « mais à l’époque les discussions étaient ouvertes ce qui n’est plus le cas ! » Sur les 13M€ que couteront la rénovation du stade, 6M€ seront à la charge de la ville car « ce n’est pas parce que nous sommes en période de crise qu’il faut stopper tout investissement. Le développement de la ville est important », déclare Sacha Briand, ce que concède l’opposition, 780 millions d’euros d’investissement seraient d’ailleurs programmés d’ici 2020. En attendant, Jean-Luc Moudenc assure qu’il ne reviendra pas sur ses décisions quand l’opposition s’organise pour les dénoncer lors de réunions de secteurs où ils appellent les Toulousains à réagir !

 

 

 

 

 

1 COMMENTAIRE

  1. La soit disante augmentation mécanique des salaires est une escroquerie.

    1. il faut rappeler que le point d’indice est gelé depuis 2010 et le régime indemnitaire n’a pas été changé depuis plusieurs années. Concrètement, la prise en compte de l’ancienneté normale (gain d’un échelon tous les 2,5 ans en général ) permet de compenser plus ou moins l’augmentation du coût de la vie (inflation, cotisations sociales).

    2. Comme la perte du pouvoir d’achat des agents est une réalité, un coup de pousse a été fait au niveau national sur les bas salaires car sinon ils devenaient inférieurs au smic.

    3. Les projections de la mairie sont aussi une escroquerie car elles ne prennent pas en compte un renouvellement normal du personnel suite aux départs à la retraite car en général on recrute soit sur le poste, soit sur un autre moins important par glissement, des personnes plus jeunes aux salaires plus faibles.

    3. Par ce mécanisme là, sachant qu’au moins 20% des agents de la mairie partiront à la retraite, il y a moyen de faire de sacrées économies.

    4. Mais la politique annoncée, c’est un départ à la retraite = un poste supprimé. Si un poste est remplacé, il faut en supprimer un ailleurs. Les restrictions du service public ne font que commencer.

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