[Dossier] Comment baliser le chemin des urnes ?

ROUAGES – Les abstentionnistes, tous désintéressés de la politique ? Pas si facile. Parmi eux se trouvent aussi des personnes “exclues” du scrutin à cause des procédures d’inscriptions électorales complexes. Le politologue Jean-Yves Dormagen donne des pistes pour simplifier ce système. 

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Crédits : Flickr

Penser à s’inscrire sur les listes électorales. Être sûr d’être proche de son bureau de vote le jour J. S’y prendre assez tôt et trouver la bonne personne pour faire une procuration. Un vrai casse-tête pour de nombreux Français. À tel point que certains d’entre eux, par manque de temps ou d’information, par flemme ou par choix, finissent par ne pas être inscrits sur les listes (non-inscription) ou être inscrits dans une commune différente de celle dans laquelle ils résident (mal-inscription).

Ce phénomène, qu’observent les politologues Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier, concerne 9 millions de Français. 7 millions sont ainsi “mal-inscrits”. Par exemple des étudiants enregistrés à l’adresse de leurs parents, « 40% des 20-30 ans sont mal-inscrits », détaille Jean-Yves Dormagen, ou encore des actifs mutés dans le cadre de leur activité professionnelle. « À Toulouse, où résident de nombreux étudiants et des cadres, cela pourrait concerner 40% de la population ». Or, indique le chercheur, « les mal-inscrits sont bien plus abstentionnistes que la moyenne des électeurs. Lors des présidentielles et législatives de 2012, ils avaient trois fois plus de risque d’être des abstentionnistes constants que les biens-inscrits. »

L’abstention s’explique donc aussi, en partie, par des lourdeurs administratives. « Nous sommes l’un des seuls pays, avec les USA, qui imposent une procédure spécifique d’inscription sur les listes électorales. Il me parait, à l’ère d’Internet et de l’accélération du temps social, tout à fait archaïque de ne plus pouvoir s’inscrire sur les listes électorales depuis le 31 décembre dernier. Heureusement, d’ici 2020, les citoyens pourront s’inscrire jusqu’au 6e vendredi avant le scrutin. »

Faut-il aller plus loin en permettant de voter sur plusieurs jours ? Aux États-Unis, 30% des électeurs peuvent se rendre aux urnes une semaine avant. « Le taux de participation lors de l’élection de Donald Trump était pourtant relativement bas », analyse Jean-Yves Dormagen. Faut-il se tourner vers le numérique ? « Les procédures d’inscription en ligne sur les listes n’ont pas eu pour conséquence un surcroit d’inscriptions en 2016 par rapport à 2006 et 2011. »

Le chercheur imagine d’autres pistes pour remobiliser les électeurs. « Avec Céline Braconnier et Vincent Pons, nous avons réalisé une expérimentation en 2011-2012 qui démontre que lorsqu’ils sont affranchis de la procédure d’inscription, ils votent très massivement à l’élection présidentielle. »  En revanche,cela ne garantit pas un surcroit de mobilisation pour les scrutins locaux ou de second ordre.

Jean-Yves Dormagen a aussi mené des expérimentations avec la Poste lors des élections régionales de 2015. À Paris et Versailles, des facteurs ont remis en main propre aux personnes ayant récemment signalé un changement d’adresse un dossier pour se réinscrire sur les listes par correspondance. D’autres ménages ont simplement reçu ce même dossier par courrier. « Nous avons constaté que le contact avec le postier multiplie par deux les chances de se réinscrire. Et parmi ceux qui le font effectivement, 83% sont ensuite allés voter. » Des résultats encourageants qui montrent « l’importance de la communication humaine. C’est dans cette direction qu’il faut aller », conclut-il.

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