Vivre sans permis n’est pas forcément un handicap

Certains s’acharnent et tentent désespérément d’obtenir le permis, parfois plus de cinq ou six fois. D’autres s’accommodent de vivre sans, par nécessité ou conviction. Trois portraits d’abstinents du volant, pas si déconnectés que ça, qui parviennent à se déplacer… sans conduire.

Train Toulouse
® Franck Alix

« J’ai toujours eu très peur de prendre le volant », reconnaît Liliane en préambule. À 60 ans, cette femme de ménage, qui vit dans un hameau à cinq kilomètres de Saverdun, une petite commune ariégeoise, n’a jamais obtenu son permis de conduire. « Pourtant j’ai essayé. Je suis allée à l’auto-école. Mais je me suis rapidement rendue compte que cela n’était pas pour moi », témoigne-t-elle. Alors, pour assumer ce choix, Liliane a dû s’adapter et trouver des solutions. « Je vis à la campagne donc je marche beaucoup », plaisante-t-elle avant de convenir que le fait de ne pas avoir de permis peut s’avérer handicapant : « Parfois, j’aimerais partir toute seule, mais je suis obligée d’attendre après les autres ».

« Je n’en ressens pas fondamentalement la nécessite alors je ne le vis pas comme une contrainte »

D’autant plus que la navette municipale ne vient pas jusqu’à son domicile. « Pour les courses, je dois être organisée. J’y vais une fois par semaine. Normalement, c’est mon mari qui me conduit. Mais en ce moment, il est hospitalisé. Alors c’est plus compliqué. Notamment, pour lui rendre visite tous les jours », explique Liliane, qui a développé autour d’elle un petit réseau de solidarité. « Je m’arrange avec la voisine qui me dépose quand elle va faire ses courses. Elle m’appelle systématiquement avant de prendre la voiture pour savoir si j’ai besoin d’aller en ville. Comme elle va chercher le pain tous les jours, je peux donc m’organiser assez facilement », conclut Liliane.

Le permis, plus une contrainte qu’une liberté

Hervé, jeune cadre et papa d’un petit garçon, affirme quant à lui : « Je n’en ai jamais eu besoin. Je le passerai le jour où ce sera le cas ». Selon lui, vivre sans permis n’est pas si compliqué. « Comme je n’en ressens pas fondamentalement la nécessité, je ne le perçois pas comme une contrainte », résume avec philosophie celui qui a vécu à la campagne jusqu’à ses 17 ans. « Aujourd’hui, en ville, on peut tout faire en transports en commun, même s’il faut parfois attendre un peu. » Pourtant Hervé a obtenu son code avant d’abandonner la course au permis de conduire. « J’avais d’autres projets, pas le temps et l’envie suffisante pour passer l’épreuve pratique », explique-t-il.

« Je commande par Internet et je me fais directement livrer »

Pour les petits déplacements du quotidien, celui-ci s’appuie autant sur les transports en commun, que sur les nouveaux dispositifs de véhicules en libre service. « Je viens de découvrir les scooters indigo. Je trouve le concept intéressant même si je n’ai pas encore vu le prix et les conditions d’utilisation », indique le trentenaire, qui a déjà un abonnement VélôToulouse. Alors pour faire ses achats, le jeune papa est devenu un consommateur 2.0 : « Je ne vais plus en magasin. Je commande par Internet et je me fais directement livrer. » Même pour se rendre aux urgences avec son fils de quelques mois, Hervé privilégie le tramway. « Évidemment, si c’est une urgence vitale, il y a le Samu ou les pompiers », tempère-t-il. Avant de reconnaître qu’il ne sait pas si son mode de vie sera toujours possible avec des enfants plus grands.

Privilégier la vie locale

Comme Hervé et Liliane, Sandrine a bien tenté, un jour, de passer son permis. « Ce sont mes parents qui m’ont inscrite quand j’ai eu 18 ans. Mais, comme j’habitais en ville, rien ne me poussait à le faire et je ne suis jamais allée aux cours », reconnaît cette jeune femme de 36 ans, qui travaille au musée des Augustins. « Je vis à cinq minutes à pied de mon boulot. Pour mes autres déplacements, j’utilise des applications sur mon téléphone. Notamment Transit qui m’indique les options et les horaires des transports dans n’importe quelle ville, Uber et AllBikesNow, qui recense les vélos en libre-service disponibles », détaille cette assistante administrative et documentaire.

« Pour moi, le côté écolo est important »

Mais Sandrine est parfois obligée de faire appel à un proche pour la dépanner. « Ce n’est pas ma solution préférée. Mais l’an dernier, j’ai passé un concours. Il n’y avait aucun bus ou train disponible et j’ai dû demander à une amie de m’accompagner. Finalement, cela m’a permis d’avoir, en plus, un soutien psychologique pour l’oral », s’amuse-t-elle. Sandrine est entourée de chauffeurs pleins de bonne volonté, son compagnon vit également sans permis. Pas question, dans cette situation, de compter sur une voiture au quotidien. Pour les courses, elle opte donc pour les solutions de proximité. « Plutôt que de faire une grosse réserve que je ne peux pas porter, je fais des petits achats régulièrement dans les coopératives bio de mon quartier. Je me fais aussi livrer un panier de légumes près de chez moi. Pour moi, le côté écolo est important. Aujourd’hui, je n’envisage plus du tout de passer le permis. »



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