Urgence climatique : comment faut-il le dire ?

Pas une semaine ne passe sans que la défense de l’environnement ne fasse la Une des journaux, ne donne le “la” des discours politiques ou le ton des slogans dans les marches citoyennes. Pourtant, tandis que des rapports d’experts se succèdent, plus alarmants les uns que les autres, les efforts en la matière sont encore loin d’être à la hauteur. Alors, à l’occasion de la Semaine européenne du développement durable, du 30 mai au 5 juin, le JT a tendu l’oreille à ceux qui élèvent leur voix pour limiter la hausse des températures.

L’analyse des différentes enquêtes d’opinion met en évidence les contradictions auxquelles se heurte notre société dans sa relation à l’écologie. Dans son rapport 2018 sur les “Représentations sociales du changement climatique”, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) relève que 81% des Français considèrent qu’une grande partie de notre activité nuit à l’environnement et 60% disent ressentir les effets du changement climatique dans leur vie quotidienne.

Pourtant moins de 10% d’entre eux placent ces questions en tête des problèmes majeurs de notre société et seulement un tiers en font une priorité de l’action gouvernementale, selon deux autres enquêtes menées par l’Insee et par Kantar Sofres-One Point. La preuve qu’il existe un fossé entre le niveau de sensibilisation et l’engagement réel des citoyens. Si certains gestes quotidiens comme trier ses déchets sont en passe de devenir des automatismes, nous peinons à transformer profondément nos modes de vie. La moitié des Français est ainsi convaincue de ne pas faire suffisamment d’efforts et les deux tiers refusent que ce soit au détriment de leur pouvoir d’achat (rapport Ademe).

« Nous avons été trop longtemps dans une logique de culpabilisation et responsabilisation du citoyen »

« Nous pouvons observer une prise de conscience globale », constate Agathe Euzen, directrice de recherche au laboratoire techniques territoires et sociétés du Centre national de recherche scientifique (CNRS). Celle-ci relève toutefois une disparité dans les pratiques écologiques au niveau individuel et local.

« Nous avons trop longtemps été dans une logique de culpabilisation et responsabilisation du citoyen. Or, nous sommes dans une société complexe et, pour que le mode de vie évolue, il faut un changement structurel. La nouveauté est l’engagement des jeunes, qui adoptent une position de lanceurs d’alerte, dans le sillage du mouvement de grève initié par la jeune Greta Thunberg », ajoute-t-elle.

« C’est encore la nature qui nous parle le mieux du changement climatique »

Pour Amy Dahan, historienne des sciences et directrice de recherche émérite au CNRS le niveau de sensibilisation est resté relativement stable. « Nous nous maintenons autour de 40% de personnes convaincues, 30% de sceptiques et 30% d’oscillants. Les catastrophes climatiques jouent un rôle important dans la fluctuation des opinions d’une année à l’autre. Elles permettent de passer du mesurable à l’observable. C’est encore la nature qui nous parle le mieux du changement climatique. »

Pour elle, le « désenclavement de la question climatique », qui n’est plus une marotte d’experts, mais un véritable enjeu de société, est un paramètre décisif. « L’attitude des scientifiques a changé. Avant, ils se contentaient d’éclairer une situation sans adopter de démarche prescriptive. Dans le rapport 2018 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), ceux-ci ont mis en avant un certain nombre de mesures politiques », relève-t-elle.

« Le message de sensibilisation est entré dans la pensée collective, mais il ne faut pas le considérer comme définitivement acquis », conclut Agathe Euzen. Il est donc, plus que jamais, important que l’écologie trouve des porte-voix qui alertent sur l’urgence climatique, à tous les niveaux de la société.

Infographie developpement durable
© Le Journal Toulousain

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