Laure Durand quitte le PS / Lettre ouverte à Cambadélis

Laure-DurandLettre ouverte à

 

M. le 1er secrétaire du Parti Socialiste

Jean-Christophe Cambadélis

 

Laure Durand

Militante socialiste

Membre du CN

Membre des instances fédérales de la Fédération de Haute-Garonne

 

Toulouse, le 17 septembre 2014

 

 

 

Cher camarade, cher Jean-Christophe,

 

 

Profondément de gauche mais volontairement non encartée jusqu’en 2007, j’avais pris ma carte au PS le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy ; je la rends aujourd’hui, au lendemain du vote de confiance qui permettra à un Premier Ministre issu des rangs socialistes d’en continuer la politique, injuste et inefficace.

 

Tu as exhorté toi-même les « frondeurs », et, d’une certaine manière l’ensemble des militant-es en désaccord total avec cette politique, à se mettre « dehors ».

En effet, contrairement au « rappel » que tu as prétendu faire dans la presse, rien dans nos statuts n’indique qu’un député qui voterait contre la confiance serait immédiatement déféré devant la commission des conflits pour exclusion.

 

Mais ce mensonge est une vérité.

 

Car, qui pourrait t’incriminer de cette énième et dérisoire tromperie, si ce n’est ta conscience ? Tu es là pour cela. Pour réussir habilement ce que ton prédécesseur avait raté : « Remettre le parti au travail », entendre : au travail de défense de la politique gouvernementale, qui est aux antipodes de ce qu’elle devait être.

 

Celles et ceux qui se trompent, en réalité, ce sont les militantes et militants qui croient sincèrement que le PS est un parti de transformation sociale et qui s’accrochent à l’idée flottante d’en choisir l’orientation politique et économique. Tout au plus devraient-ils applaudir à la réaffirmation verbale de notre attachement au code du travail, au principe de la sécurité sociale, à l’idée de la République ? Elle est là, désormais, la ligne de flottaison du parti socialiste ?

 

En réalité, la majorité des membres du Parti Socialiste a renoncé depuis longtemps à « changer la vie » préférant déployer de maigres parapluies pour « passer entre les gouttes » selon les mots de François Mitterrand. François Hollande, qui ne s’embarrasse pas de quelques franches saucées, n’a même plus ce souci. Du Parti Socialiste, il aura été le dernier fossoyeur. Sans conteste.

 

[…]

 

Il aura suffi de deux petits mois seulement après l’élection, pour que le véritable visage de ceux qui nous gouvernent, réapparaisse. Nous avons été nombreuses et nombreux à comprendre rapidement ce qui se passait. Notamment lorsqu’en plein été, s’est constituée cette motion majoritaire, alliage de la carpe et du lapin, qui, pour quelques postes dérisoires à la clé (à quoi sert le pouvoir si l’on ne s’en sert pas ?), a renforcé l’omerta d’une part, la catastrophe politique d’autre part.

 

Pendant deux ans […] j’ai argumenté pour expliquer pourquoi il était important de rester dans le parti, de ne pas déserter, de mener les luttes auprès des camarades.

En vain. Et aujourd’hui, les faits sont têtus. Continuer de s’aveugler autour de l’idée d’une recomposition en interne pour un sursaut devant l’Histoire n’est plus possible.

 

Je démissionne donc de mes mandats locaux et de mon mandat national.

 

Car, comment continuer en effet de cautionner, par le simple fait de peupler les théâtres que sont les conseils fédéraux et les conseils nationaux, le soutien à une politique d’austérité, en phase avec des traités que le peuple ne cesse de rejeter depuis 2005 ?

Comment défendre une politique de l’offre fantasmagorique quand il n’y a aucune politique de la demande ?

Comment défendre, en se regardant dans la glace, 8 € d’augmentation sur les petites retraites, pris sur le budget autonomie, contre 40 milliards d’aides sans contre-partie aux entreprises ?

Comment défendre la hausse de la TVA, impôt le plus injuste socialement, quand aucune réforme de la fiscalité n’est entreprise ?

Comment défendre un Ministre de l’Emploi qui vilipende les chômeurs tout en acceptant qu’il y ait de moins en moins d’inspecteurs du travail et de plus en plus de chantage au code du travail, aux emplois délocalisés, le tout sur fond de fraude patronale équivalente à 20 milliards ?

Comment défendre un Ministre du Budget, qui coupe les ressources des collectivités territoriales à coups de serpe, avec les conséquences dramatiques que l’on sait pour l’éducation, la formation, l’aide sociale, l’égalité sur les territoires et qui, s’il ne s’appelle plus Jérôme Cahuzac, reste cependant bienveillant avec les fraudeurs fiscaux qui ponctionnent le budget de l’Etat de 60 milliards d’euros ?

Comment défendre les reculs de Pierre Moscovici, lorsqu’il était Ministre de l’Economie et des Finances, devant la loi de séparation bancaire, la Taxe Tobin ou encore l’Union bancaire sur le plan européen, et approuver aujourd’hui sa nomination en tant que commissaire d’une institution, qui, à la solde des lobbys et des banques rapaces, dicte sa politique à la France et contribuera à étouffer sa population comme elle le fait toujours en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie ?

 

La liste est tellement longue que l’on pourrait en faire un almanach élyséen.

Et le parti socialiste devrait aller le vendre ?

 

Le parti ne veut pas et, pire, ne peut pas, sociologiquement, politiquement, faire émerger le ferment d’une force progressiste capable d’agréger et l’électorat écologiste, éco-socialiste, communiste, nouvelle-donniste et l’électorat populaire dépolitisé et tenté par l’abstention ou le vote FN (ce qui revient au même).

 

L’implication au niveau local, à Toulouse, m’a malheureusement confortée dans ces mêmes conclusions douloureuses. Peu de politique, beaucoup de politicaillerie. Serrer les coudes, faire le dos rond. Se taire, attendre que l’orage passe. Même en pleine période d’investiture interne lors des dernières Municipales, nous étions peu à exprimer tout haut ce que nous étions pourtant si nombreux à penser tout bas, au sujet de la politique nationale qui menait le parti, et, plus grave, le pays, dans le mur ; je n’ai jamais renoncé à dire la vérité, qu’on ne me fasse pas de faux procès. Si ces prises de parole avaient dû me coûter ma place sur la liste de Pierre Cohen, je ne les aurais pas retenues pour autant. Et je regrette même que certains n’aient pas osé rompre dans les médias avec le légitimisme au parti, pour assumer le positionnement solidement ancré à gauche et auquel je rendrai toujours hommage, et qui guida pourtant leur action pendant six ans à la tête de la 4ème ville de France.

 

 

Malgré tout, j’ai pu rencontrer de nombreux camarades pour lesquels j’éprouve une vraie amitié ainsi que quelques camarades sincères, passionnés, intéressants.

Mais, acceptons-le clairement, on ne peut pas gagner quand les règles sont faites pour vous faire perdre. A mon modeste niveau, j’acte aujourd’hui le fait d’avoir perdu.

Du temps et de l’énergie surtout.

 

Je m’emploierai désormais à les mettre ailleurs car la politique est partout dans la cité !

Restant plus que jamais socialiste, je suis certaine que nous nous retrouverons, avec certains de ces camarades, qu’ils demeurent la caution du parti ou qu’ils sortent, « dehors », pour construire ce dont le pays a besoin.

 

 

Amitiés socialistes,

 

Laure Durand

 

 

 

 



17 COMMENTAIRES SUR Laure Durand quitte le PS / Lettre ouverte à Cambadélis

  1. Berger dit :

    Je suis ému. J’ai d’abord cru à un faux, fabriqué pour soulager la machine à fantasmes d’un gauchiste rouge-vert dans mon genre, mélenchonniste évidemment baveur, puis je me suis rendu compte que l’auteure était sérieuse.

    Je suis ému parce qu’en claquant la porte du PS vous l’ouvrez à gauche, et c’est un bel appel d’air, séruieux, magnifique. Pour ceci, merci.

    Nous espérons que d’autres vous suivront, et que la meilleure partie du PS migrera vers la Gauche avec armes et bagages, en position d’aider superbement le Parti Communiste, Ensemble, le Parti de Gauche, le NPA, la gauche d’EELV et Nouvelle Donne. Car nous étouffons d’être pris pour des pitres, tandis que les bêtes à visage de haine sont dorlotées comme jamais par les médias, jusqu’à en titiller la libido d’un Moati.

    Alors nous croyons savoir que vous nous haïssez, et vous croyez savoir que nous vous méprisons profondément ; cependant nous n’avons que vous, et nous n’avez que nous.

    • labrux dit :

      et dire que tout ce que dit cette camarade est la pure verite mais voila que pourions nous faire les decideurs c’est bien les nos dirigeants helas

  2. brachet dit :

    Bienvenue chère Madame , au Parti du Vote Blanc chiche??? ….le pouvoir du PEUPLE par les Urnes !!!

    • stephane dit :

      et si le vote blanc devenait majoritaire, quelle politique appliqueriez vous? Forcément celle du bon sens, me répliquerez vous. En vérité, une cure d’austérité encore plus forte qu’avec les socialistes. Qui a intérêt à faire progresser le vote blanc? LE FN !
      Alors sans voter pour des socialistes qui appliquent une politique sarkozienne, il y a encore une vraie gauche en France pour laquelle on peu voter.
      Salut et fraternité
      Stéphane

  3. Cartier dit :

    BRAVO enfin un discours Politique

  4. Boucheron France dit :

    Chère Camarade,

    Comme tu le dis si bien, au lendemain des élections présidentielles, les dés, ceux qu’on avait pris soin de nous cacher jusque-là, étaient jetés, la page tournée et les électeurs, une fois de plus, désabusés.
    Apparemment, depuis quelques décennies, rien ne va plus en France, pays des doits de l’homme et du citoyen. Il semblerait que la gouvernance vue par les énarques et Cie ne soit pas la meilleure façon de rendre le pouvoir au peuple, surtout depuis la 5ième République.
    Bilan : dépolitisation générale, montée de l’extrême droite, dilapidation de la République.

    Alors que faire ?

    Devant un tel carnage, refusons à tout prix de ressasser les causes de la situation actuelle, car nous portons trop d’intérêt aux gouvernants médiocres que nous avons et tout cela nous démoralise.

    Alors ? La seule réponse est la lutte, l’union, l’idée d’un lendemain qui chante. Là, doit être le stimulant de notre réflexion. Malgré tout ce qui semble devoir nous séparer, nous devons mettre en évidence, et nous y accrocher !, le BUT à atteindre : l’avenir que nous voulons construire pour notre pays et l’humanité entière.

    Plus de classes sociales, plus d’homme providentiel, plus de cartel de financiers et de leurs théories économiques fausses, mais au contraire, chacun par sa valeur personnelle doit trouver sa place dans l’organisation future de la société.

    Nous allons la créer, non pas pour qu’elle profite à quelques-uns, mais dans l’intérêt général.

    Mais pour cela, il nous faut rassembler tous ceux, non pas seulement qui refusent ce qui se passe, mais qui se projettent dans la création d’une nouvelle société, avec leurs idées et dans leurs actes mêmes. Ils sont à quelque part tous ces hommes. A nous de les trouver et de les rassembler. C’est notre principal travail.

    Tu as raison : la politique est partout dans la cité, même si elle est quelque peu endormie.

    Nous allons tous nous y mettre et même si notre patience est mise à rude épreuve, nous y arriverons, car se sont les idées généreuses qui finissent toujours par gagner.

    Ils sont le passé

    NOUS SOMMES L’AVENIR .

    Bien fraternellement.
    France Boucheron.

  5. DENIS dit :

    Bravo pour votre courage. Ce n’est assurément pas facile de rester fidèle à ses idées plutôt que de les ensevelir pour afficher un soutien hypocrite. L’optimisme n’est plus de mise, la situation est grave, et des millions de Français sont déçus au point de commettre dans quelque temps le geste irresponsable de se tourner vers l’extrême droite, “vu qu’on a tout essayé, sauf elle…” Ce n’est bien sûr pas mon cas, mais j’entends trop souvent ce propos. Je n’attendais pas des miracles des gouvernements d’ Hollande, mais au fil du temps, au lieu de redresser la barre, on tombe de Charybde en Scylla. Le P.S. actuel n’est tout simplement plus crédible, faisant une politique de droite sous un discours de gauche. De quoi donner le tournis et la nausée au peuple…

  6. ringot dit :

    Bravo, rare sont les politiques plus attaché à l’éthique qu’à leur fric.Madame, vous avez des couilles

    • youra dit :

      Les couilles ne sont pas une référence bien au contraire le sexe feminin tend aujourd’hui a devenir une référence…Laure Durand récupère son temps, sa vie car toute nouvelle affectation ne sera pas pire qu’aujourd’hui pour elle. Elle nous pousse a la reflexion car lucide et forte, tres forte…. Cambadelis travaille a faire enteriner a posteriori par le PS comme objectif le grossier faux projet de gauche qu ‘est la politique des gouvernements Hollande imposée a la France et au PS. Certains consciemment prefere le confort precaire ou les conduit une politique de l ‘ autruche au saut dans l’inconnu qui a deja absorbé l’energie d’un Melanchon. Ce qui reste a sauver c’est notre honneur car tout est perdu…

  7. CHEVOLEAU dit :

    Bravo madame pour votre courage, quel contraste sur vos ex-collègues soi-disant frondeurs et accrochés à leur siège comme une moule à son rocher, qui ne font que “grogner” devant les médias mais rentrent dans le rang au 1er vote de confiance (s’abstenir n’est pas s’opposer)

  8. Dominique dit :

    Bravo, Madame pour l’espoir que vous faîtes vivre en moi, que rien ne soit impossible.
    Peu m’importe si vous allez chercher ailleurs au sein de la gauche un cadre donnant plus de sens à votre investissement au profit d’un autre monde, y compris ici et maintenant. Ce qui m’importe, c’est que si vous avez fait ce geste fort, courageux, honnête, je dirais presque humain, d’autres doivent pouvoir faire de même, chacun, chacune à sa manière.
    Commençons par nous retrouver dans les actions contre l’austérité gouvernementale, pour un mieux vivre non lié au “produire toujours plus” bien au contraire, pour une place digne de ce nom pour les transports publics à Toulouse…
    Sans doute est-ce par là que passera le renouveau politique qu’attendent tant de nos concitoyen-ne-s.

  9. Paul dit :

    Bravo pour votre détermination à quitter le mauvais sens…

    Venez donc nous aider à l’upr, petit parti créé il y a Sept ans dont la motivation essentielle est de faire sortir la France de l’ue, de l’€ et de l’otan.

    upr.fr

  10. Eric dit :

  11. legourviere dit :

    Bravo! Il faut ouvrir les yeux, et prendre ses responsabilités!
    Qu’elle rejoigne l’UPR qui a exactement les memes analyses, mais ne trompe pas les francais depuis 30 ans en promettant faussement de “changer l’europe”…

  12. leon dit :

    Madame, cet acte vous honore et me rassure. Même s’il est plus que probable que nous aurons encore des désaccords, notamment sur la définition du Socialisme (qualificatif que ne mérite plus le PS depuis bien longtemps), cette lettre montre votre attachement à la Gauche, la vraie, celle de la transformation sociale comme vous le dite si justement. Voilà ce qui est à votre honneur, chose que l’on ne trouve plus guère en politique de nos jours.
    Ce qui me rassure, c’est que vous ayez eu le courage de trancher dans le vif, d’interpeller Mr Cambadélis, que pour ma part je n’appelerais jamais “camarade”, car il est plutôt celui des patrons que des travailleurs.

    Je souhaite que d’autres aient votre courage.

  13. PATRICK GANNERIE dit :

    Votre geste vous honore et c’est un exemple à suivre. J’ai toujours pensé qu’au sein du P.S. , il y avait deux types de socialistes et que la gauche socialiste , bien que minoritaire, arriverait à faire revenir le P.S. à des positions de classe. Il n’en est rien, les dirigeants de ce parti ont définitivement abandonné l’idéal socialiste. Ils ont trahi Jaurès, ils ont trahi le monde ouvrier ,alors comment osent-ils se prétendre socialistes? Usurpateurs !
    Des socialistes sincères et honnêtes, il y en a encore beaucoup au P.S. , je leur demande de suivre massivement votre exemple . Formez un groupe important et rejoignez le Front de Gauche, vous y avez votre place. Redonnez espoir à tous ceux qui croient sincèrement que l’on peut changer radicalement la vie dans ce pays. Le socialisme nous pouvons le construire ensemble avec le vrai peuple de gauche. Un peu de courage camarades socialistes.

  14. Selex dit :

    Je ne peux que saluer votre clairvoyance. J’entends celle qui consiste à quitter précipitamment un bateau Fantôme, qui ne va pas manquer de s’abîmer et de se disloquer en mille mouvements minoritaires.Le triumvirat Holland-Vals-Macron, aura réussi l’exploit de couler le PS en moins de trois ans.
    Votre lettre est remarquablement claire et j’y retrouve toutes les raisons qui m’ont amené moi même à renier le PS, au moment où j’ai su que Francois Hollande se porterait candidat aux élections présidentielles.
    J’ai compris bien avant vous, que le PS, était institutionnellement incapable de proposer une politique alternative à celle de Sarkosy.
    Je comprends votre désarroi, face à l’énergie et au temps que vous avez perdus. A vos espoirs trahis, aux lâchetés inattendues, à la résignation à laquelle vous ne parveniez pas à vous résoudre.
    Félicitations pour n’avoir pas été naïve plus longtemps. La vie continue, et il existe tellement de passionnants combats à mener, pour que nous parvenions à penser, construire et organiser, quelques beaux projets, qui feront la part belle à l’intérêt des plus nombreux, tout en prenant soin de l’écosystème planétaire, sans lequel il n’y aura d’avenir pour personne.
    Jean Charles

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