Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Rentrée littéraire

Au-delà ou à cause des préoccupations immédiates suscitées par l’attaque terroriste déjouée dans le Thalys et qui a pris une dimension mondiale à cause de la conduite “héroïque” (selon le Président Obama) des deux soldats américains ; au-delà ou à cause d’actualités politiques qui se télescopent peut-être pour transformer le hasard en nécessité (convocation de nouvelles élections en Turquie et en Grèce) ; au-delà ou à cause de ces immédiatetés qui font les délices des chaînes d’information continue, deux rentrées, l’une littéraire (de moins en moins de lecteurs, de plus en plus de livres) l’autre des “idées” structurent un lectorat, une opinion publique, une classe intellectuelle, peut-être même certains éléments de la classe politique. Il est intéressant de s’y arrêter, la rentrée littéraire d’abord : 1/ Pour le romancier Philip Roth « dans 30 ans il y aura autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui de lecteurs de poésie en latin ». 2/ Selon le sociologue Olivier Donnat, « nous vivons un basculement de civilisation du même ordre que celui qui avait été induit par l’invention de l’imprimerie. Notre rapport au livre est en train de changer… La littérature se désacralise, les élites s’en éloignent. C’est une histoire qui s’achève ». 3/ Il y a une surproduction de livres (+33%) mais un tirage moyen en baisse de 35% au point d’arracher “ce cri du cœur” pathétique à la sociologue Sylvie Octobre.

« On ne peut pas écrire comme Beckett et vendre autant que Lady Gaga »

L’éditeur Yves Pages souligne, à juste titre « qu’on ne peut pas écrire comme Beckett et vendre autant que Lady Gaga ». Voilà nos modes de relation à la culture profondément changés avec un changement technologique, psychologique et mental. Comme ceux qui marqueront aussi la rentrée avec la biographie de Claude Levi-Strauss, le nouvel opus de Pierre Rosanvallon intitulé “Le Bon gouvernement” qui clôt le cycle des ouvrages sur la démocratie contemporaine. La réflexion sur l’exécutif est au centre de “La force de gouverner” de Nicolas Roussellier. Un nouveau regard de Eric Maurin sur “La fabrique du conformisme” et Davide Graener avec “Bureaucratie : l’utopie des règles”. Il y a bien sûr, actualité oblige, une “Histoire du terrorisme. De l’antiquité à Daech” (de G. Challiand et A. Blin), “une lettre à un adolescent sur le terrorisme” ; il y a aussi “L’avenir de Dieu” de Jean Delumeau et le travail à venir de Pierre Manent publiant en octobre sur la coexistence des trois religions du livre dans notre société et intitulé “Situation de la France”. Et puis dans cette offre plus que conséquente, l’entrée en octobre de Michel Foucault dans “La Pléiade” avec la parution de ses œuvres en deux tomes ; un “Dictionnaire Freud” (coll. Bouquins). De quoi être convaincu que la rentrée des idées passe, bien sûr, par la rentrée des livres !

 

Préconisations :

 

1/ Le chiffre : Après une hausse de 0,4% au premier trimestre, la France a enregistré une croissance nulle au deuxième trimestre selon l’INSEE. Parmi les 28 pays de l’Union Européenne, seule la Finlande affiche une performance plus mauvaise avec un recul de 0,4% de son PIB entre Avril et Juin. C’est en Lettonie que le rythme de croissance a été le plus élevé (+1,2%) devant l’Espagne et la Suède (+1%).

 

2/ Classement de l’université de Shanghai : Ce classement illustre l’excellente place de certaines universités française : en mathématique l’Université Pierre et Marie curie (PARIS) : 4ème/200 ; en chimie l’Université de Strasbourg (14ème/200) ; en physique l’Université Paris-Sud (23ème/200), en économie “Toulouse School of Economics” (35ème/200) avec son prix Nobel 2014, Jean TIROLE.

 

3/ Crise du porc : Les chiffres qui l’expliquent : 16 euros, prix minimal de la main d’œuvre en France contre 12 euros en Espagne et 5 euros en Allemagne ; 39% : part de la marge qui revient à la grande distribution sur le jambon de détail ; la part de l’éleveur est d’environ 31% ; 170 truies, taille moyenne des élevages français (500 truies au Danemark, 600 en Allemagne, 1000 en Espagne).

 

4/ “Dieu, les affaires et nous”: Tel est le titre du dernier ouvrage de Jean d’Ormesson (dont l’œuvre a été publiée ans la Pléiade) rassemblant, en 640 pages, toutes ses chroniques politiques. On y trouve notamment ce portrait de François HOLLANDE : “Il ferait un excellent Président de la IVème République. Ou plutôt de la IIIème. Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C’est un espèce d’entre-deux : un pis-aller historique.”

 

5/ Cynthia FLEURY : “La démocratie a besoin de l’individu” : Pour la philosophe et psychanalyste C. FLEURY “Nous ne sommes pas remplaçables, l’Etat de droit n’est rien sans l’irremplacibilité des individus. l’enjeu est de comprendre comment l’individu si décrié, protège la démocratie de ses dérives entropiques”. Elle ajoute que “le vrai souci aujourd’hui est de modéliser économiquement cette citoyenneté capacitaire”. Et de préciser que “la démocratie n’est pas un aller-simple : elle a besoin de l’individu”.

 

6/ L’historien S. HAZAREESINGH et son ouvrage : “Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française.” Il écrit notamment : “c’est l’importance de l’ombre portée par la Révolution française qui permet d’expliquer l’aspect fratricide du débat public en France” ; “Conformément au mode de raisonnement holistique privilégié par les intellectuels français, le déclin est lui-même accepté comme un fait acquis puis expliqué par des concepts plus généraux : la nature humaine, l’économie, la culture ou la race”. Et en forme de synthèse : “Au fil du temps, les français sont ainsi devenus une nation de conservateurs contestataires frappés d’un mal particulier, l’immobilisme convulsionnaire”.


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