[Dossier] Apprendre à instruire

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Les réformes changent tour à tour les programmes et les contextes de cours. Mais ministère de l’Éducation et rectorat ne sont pas seuls à influer sur la manière dont est donnée une leçon. André Tricot, professeur en psychologie de l’apprentissage à l’ESPE de Toulouse (École supérieure du professorat et de l’éducation), explique comment les enseignants d’aujourd’hui apprennent aux élèves.

« Nous retenons mieux et plus longtemps ce que nous avons compris », affirme André Tricot. Depuis l’Antiquité, l’apprentissage par cœur aurait pourtant été longtemps privilégié. Peu importe si toutes les informations sont digérées ou non, à partir du moment où les élèves peuvent réciter ce qu’ils ont entendu ou lu. Si cette technique est encore utilisée et peut s’avérer bénéfique dans certains cas, le professeur assure que les études prouvent aujourd’hui qu’apprendre de manière «  naturelle » est plus efficace. Pour cela, il faudrait faire appel à un de ces trois moteurs : l’exploration de notre environnement, l’interaction avec nos pairs et les jeux. Celui qui est aussi chercheur au CNRS détaille : « Si un enfant grandit dans un contexte où la langue est le Français, il apprend spontanément à le parler ». Une stratégie qui s’avère totalement bénéfique car elle est inconsciente et ne demande donc pas d’effort.

 « Ce que l’on essaye de faire en classe, c’est de trouver, ou de retrouver ces moteurs d’apprentissage », raconte André Tricot. Les professeurs tentent, entre autres, de transmettre des notions par la découverte. « En science, au lieu de faire une leçon sur la formation des nuages, nous allons amener les élèves à mettre en place un dispositif de condensation ». Les éducateurs peuvent aussi utiliser une pédagogie d’investigation permettant de stimuler l’esprit scientifique mais aussi la compréhension du monde et les capacités d’expression. À l’image d’une classe de 6e du collège Boris Vian à Paris dont les élèves ont réalisé la maquette d’un véhicule permettant de se déplacer sur le sol martien. Une activité qui permet d’aborder de nombreux sujets : les enfants ont ainsi réfléchi au type d’engin qui serait capable de voyager dans l’espace. Le vol étant habité, ils se sont aussi interrogés sur les besoins des êtres humains et les moyens de les satisfaire. Le problème de la gestion des déchets a aussi été évoqué. Au lieu d’expliquer ce qu’il faut comprendre, les enseignants mettent donc les collégiens en situation.

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Les enseignants doivent perpétuellement s’adapter

Toutefois, André Tricot avoue que ces méthodes ne sont pas infaillibles. Les aléas du direct ne sont par rares. Parfois, lors de travaux en groupe, les élèves les plus fragiles peuvent se sentir perdus. Les professeurs n’appliquent donc pas simplement une technique qui leur a été enseignée, ils doivent s’adapter en permanence. Pour chaque situation, ils conçoivent une méthode originale. « Ils sont comme des ingénieurs qui créent perpétuellement, et non pas comme des techniciens qui mettent en œuvre une procédure donnée », explique-t-il. Lorsqu’ils s’aperçoivent qu’un collégien est en retrait, c’est à eux de choisir s’ils vont redoubler d’attention ou non.

Si l’innovation dans le domaine de l’éducation ne permet pas de trouver de méthodes miraculeuses et universelles, les enseignants peuvent s’appuyer sur le travail des chercheurs pour progresser dans la compréhension de leurs élèves : la connaissance du fonctionnement de l’être humain en situation d’apprentissage progresse. À l’heure où le multimédia envahit les salles de classe, André Tricot décrit certains résultats de travaux : « On sait aujourd’hui que les élèves sont plus motivés à l’idée d’utiliser une tablette pour lire, mais préfèrent le traditionnel duo papier-crayon s’ils doivent écrire. » Ou encore : «On comprend mieux des mots et des images que des mots tout seuls ou des images isolées ». Grâce à l’avancée des études, les professeurs ont donc plus de chance de viser juste lorsqu’ils cherchent à transmettre une information. Néanmoins, pour le chercheur, une chose est sûre : « Le premier facteur de la réussite scolaire, c’est le travail de l’élève ».

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