[#LeBQE] Qu’est-ce qui est jaune et noir, et fabriqué à Toulouse ?

Pharmacopée. Ce n’est pas un citron qui joue à Zorro, mais une spécialité gastronomique centenaire, inventée dans la Ville rose. Autre indice : c’est carré et ça produit un agréable roulement sonore et métallique quand on secoue. – Gabriel Haurillon

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La façade de l’église Saint-Aubin dévoile un chaleureux camaïeu de rouge sous le soleil d’hiver. Chloé fait son marché. La Toulousaine d’adoption fronce les sourcils : « Ben, je ne sais pas vraiment, ça fait longtemps que les bagnards ne s’habillent plus comme ça. Restent les abeilles ! » Sur l’étal suivant, Adrien palpe allègrement un régiment d’avocats. Il répond, l’air assuré : « Je vois oui, l’entreprise qui fabrique les chasubles fluorescentes pour faire du vélo est ici. » Perdu. Et la salamandre n’est pas non plus endémique aux étangs toulousains.

Pour trouver la réponse, mieux vaut s’adresser à plus âgé. Étienne foule les trottoirs de la ville depuis 40 ans. Il lâche, un peu renfrogné : « Les cachous c’est ça ? Ce n’est quand même pas banal de mettre un de ces morceaux de plastique noir sur la langue hein ! Ces trucs ont été fabriqués par un pharmacien du bout de la rue d’Alsace-Lorraine. » Fernande passe à proximité et saisit la balle au bond : « C’est très bon les cachous Lajaunie, ça change l’haleine et c’est stimulant. » L’octogénaire glisse ensuite une main dans son manteau et en sort une boite métallique qu’elle tourne frénétiquement.
Le goût si particulier qui fait grimacer Étienne et sourire béatement Fernande a été mis au point par Léon Lajaunie en 1880. À l’époque, l’hygiène dentaire des clients de ce pharmacien laisse à désirer. Les fumeurs cherchent également à se débarrasser d’une haleine fétide et les malades de la toux veulent soulager leurs maux de gorge. Léon Lajaunie, en bon pharmacien, sait encore mélanger les plantes et élabore une recette de bonbon à base de réglisse. Il y mêle de la poudre d’iris et de la résine de lentisque pour l’amertume, de l’essence de menthe anglaise pour la fraîcheur et bien sûr, de la poudre de cachou. Cette dernière apporte l’astringence du produit final, un petit bonbon noir.

Mais la clef du succès du cachou, c’est sa boite. Car Léon Lajaunie s’associe à un ami horloger et met au point une boite métallique et ronde, jaune, de la taille d’une montre à gousset. Elle changera légèrement au fil des années, mais garde les mêmes dimensions aujourd’hui : 45 millimètres de diamètre. On peut d’ailleurs toujours y lire l’adresse de fabrication : « 18 avenue Larrieu-Thibaud, Toulouse, France. » Succès oblige, le hangar où est produit le cachou n’a plus grand-chose à voir avec la pharmacie de Léon Lajaunie. Après avoir été rachetés par des laboratoires dans les années 1980, puis cédés au géant Cadbury dans les années 2000, les cachous appartiennent désormais à Mondelez International, dont l’usine toulousaine fait partie des plus petites unités de production.

Cachou Lajaunie a vendu en 2017, 17 T de Cachou, soit environ un peu plus de 2,8 millions de boîtes.
La production est toujours a Toulouse et compte 4 employés.



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