[#LeBQE] Quel est le dernier vestige de l’âge d’or de “La Dépêche du Midi” ?

Il fut un temps où l’on disait de “La Dépêche du Midi” qu’elle pouvait « faire et défaire un gouvernement ». Mais que reste-t-il de cette époque où la ville vivait au rythme des titres criés au coin des rues par des vendeurs ambulants, coiffés de leurs éternelles casquettes ?

BQE Depeche du Midi
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Je profite d’un repas de famille pour faire un premier sondage sur cette épineuse question de l’âge d’or du grand quotidien régional. « C’est périmé, “La Dépêche ?” », sursaute mon grand-père avant de rappeler l’omniprésence du journal et son influence sur la vie politique locale. Fondé en 1870, ce petit bulletin qui publiait les dépêches du front franco-prussien a connu son apogée à la Belle Époque et pendant l’entre-deux-guerres.

Hégémonique au niveau local, il rivalisait avec les grands titres nationaux grâce à son million de lecteurs. Des noms aussi illustres que Jaurès, Clemenceau… et même Einstein, ont d’ailleurs apporté leur plume à cet édifice. « Est-ce un vestige matériel ?», s’enquiert ma grand-mère. Ménageant le suspens, je dévoile enfin le sujet de mon article : l’ancien hall d’exposition du journal, un remarquable édifice de style art déco, au 42 bis rue d’Alsace-Lorraine.

Dans la rue, les promeneurs ne sont pas indifférents, même s’ils connaissent rarement l’histoire du bâtiment. « C’est une façade intéressante qu’il faut conserver », estime Armelle. Avec ses amis, elle essaie de deviner la fonction initiale du lieu. « On peut voir une tête de femme avec une couronne. On dirait un soleil très stylisé », décrit Guy. Une institution municipale, des bains-douches ou une librairie… les propositions fusent ! Finalement, l’analyse des mots inscrits dans les rayons dorés qui émanent du personnage les conduit sur le chemin de la réponse. « Politique, agriculture, sport, industrie… Ça s’intéresse au monde. Ce doit être un journal ! »

En effet, c’est en 1925 que la direction de “La Dépêche du Midi” décide de se doter d’un nouveau hall d’exposition. Véritable vitrine du journal, dont la rédaction et les ateliers sont alors situés rue Bayard, il est confié à Léon Joussely, architecte et urbaniste de renom. Celui-ci décide de rompre avec le classicisme des immeubles voisins et dessine un bâtiment moderne et audacieux, dans un style résolument art déco.

Sur sa façade à la symétrie épurée, une monumentale mosaïque d’inspiration néo-byzantine, évoquant une déesse drapée dans une toge bleue, est réalisée par messieurs Gentil et Bourdet. Cette allégorie de la presse se voit couronnée d’autant de rayons que de rubriques traitées par le quotidien. Outre un vaste hall où un public nombreux venait lire les dépêches affichées aux murs, réserver des billets de théâtre ou consulter une agence de voyages, l’immeuble abritait, aux étages, des bureaux et un vaste appartement de fonction. Aujourd’hui, ce temple de l’information a été converti au culte, plus moderne, de la téléphonie !

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