Hervé Bordier, le métronome toulousain

©Franck Alix

CHEF D’ORCHESTRE. Cet inconditionnel de musique est parvenu à faire de sa passion, son métier. Aujourd’hui directeur de Rio Loco et chargé du projet le Métronum, il a trouvé à Toulouse la possibilité de se réaliser. Portrait d’un homme qui n’a pas peur de se réinventer.

Depuis toujours, Hervé Bordier a été bercé de musiques et de chansons et a su très tôt qu’il évoluerait dans ce milieu. Ses parents écoutaient beaucoup de disques, « essentiellement de la chanson française », et l’ont sensibilisé, à leur insu peut-être, aux mélodies hexagonales, à la force des paroles, à tel point qu’à 10 ans, il peut naturellement clamer que la musique est sa passion. Mais dans les années 1960, la mode est plutôt aux groupes anglo-saxons qui déferlent sur les scènes internationales.  Abreuvé de sons anglais ou américains, issus de son émission radiophonique favorite « Musicorama » qui diffusent les Beatles et autres Rolling Stones, il y découvre des artistes et se rend à l’évidence : « c’est ce que je veux faire dans la vie ! » Il quitte alors l’école en Seconde et travaille chez un disquaire spécialisé dans l’importation américaine, en attendant son heure. « J’étais dans mon élément », se souvient-il. Tellement épanoui et à son aise qu’il organise ses premiers concerts avec l’aide du gérant. L’expérience le séduit et il décide de fonder une association qui lui permettrait de satisfaire sa fascination pour les événements musicaux. « Avec quelques amis, nous avons ainsi créé et organisé les « Transmusicales » en 1979, à Rennes, ma ville d’origine », explique-t-il, les yeux encore brillants de l’excitation de l’époque. « Le but était de faire découvrir des artistes locaux », ce qui lui permet de lancer Marquis de Sade, Etienne Daho ou encore Niagara. Toute sa vie durant ce crédo ne le lâchera plus : « je suis un défricheur, une tête chercheuse. Ce qui me plaît c’est de dénicher des talents et de faire partager leur musique au plus grand nombre ! » Ce qui n’échappe pas à la maison de disque Barclay qui lui fait du pied et en fait finalement son directeur artistique. Il y côtoie Alain Bashung, Noir Désir… mais les paillettes et surtout la surconsommation lui font rapidement rallier Rennes. Mais un nouveau défi l’attend, la fameuse salle de concerts Aéronef à Lille. Il quitte sa ville en 1995 pour prendre la direction de cette Smac (salle de musiques actuelles) et ce durant 5 ans. A peine le temps de trouver un nouveau challenge, puisqu’il est appelé par le ministère de la Culture pour coordonner le développement de la Fête de la musique en France et à l’international : « c’est comme ça que j’ai lancé le concept à New-York ! » Pendant 10 ans, Hervé Bordier sillonne le monde et devient l’ambassadeur de la musique à la française. C’est finalement en 2011, lorsqu’il répond à un appel d’offre de la mairie de Toulouse pour diriger le festival Rio Loco et manager la création du Métronum, qu’il liera son destin à la ville rose : « Je voulais donner un rayonnement international à Rio Loco qui restait peu connu malgré qu’il soit le plus grand festival de musique du monde d’Europe. » Sa touche personnelle, il l’amène en développant les thèmes annuels autour des langues et des voyages et non plus d’un pays ou d’un fleuve. Il aménage le site de façon à respecter, voire mettre en valeur, l’environnement de la prairie des filtres, « que je trouve exceptionnel. Sûrement des réminiscences de mon père horticulteur ! » Quant au Métronum, c’est son bébé : « c’est la synthèse de tous les lieux que j’ai pratiqué. C’est une des grandes fiertés de ma carrière professionnelle ! » Jusqu’en 2017, date à laquelle prend fin son contrat avec la mairie de Toulouse, Hervé Bordier accompagnera la Smac et continuera à faire de Rio Loco un emblème de la vie culturelle toulousaine, « je pense déjà à l’édition de 2020 »… Autant dire qu’il renouvellerait bien son engagement auprès de la mairie et se verrait bien Toulousain encore quelques années.

Rio Loco 2016

Après le succès du rendez-vous des 20 ans du festival cette année où 134 000 personnes ont assisté à une mise en exergue de l’Occitanie, Hervé Bordier et son équipe pensent déjà à la prochaine édition dont le thème sera « Les mondes celtes ». Irlande, Ecosse, Galice, Bretagne… Toutes les musiques, de la traditionnelle au rock, seront représentées sur les scènes de la prairie des filtres.

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