La folie en scène à l’hôpital Marchant

L’hôpital psychiatrique Gérard-Marchant de Toulouse programme en ses murs la pièce ”Camille Claudel l’interdite!” Tout un symbole puisque la sculptrice finit ses jours recluse dans un asile. À l’issue de chacune des trois représentations, un temps de discussion est prévu. – Charline Poullain

Camille Claudel
©Jean-Jacques Ader

Une femme seule devant des pants de bois. Des éléments scéniques qui seront tour à tour son lit mortuaire, son atelier, sa chambre d’asile, son abime… et sur lesquels sont projetées les sculptures auxquelles elle donne vie, tandis que les voix off d’Auguste Rodin et de Paul Claudel s’adressent à cette femme qui se met à nu. ”Camille Claudel l’interdite!” n’est plus vraiment à présenter, la pièce ayant tenu l’affiche un mois au théâtre Garonne en 2012. La même année, elle était programmée au Off d’Avignon et à l’hôpital psychiatrique de Montfavet tout proche, là où Camille Claudel a passé les trente dernières années de sa vie.

« Lutter contre la stigmatisation »

Cette fois, le metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Cornet à dés, Jean-Pierre Armand, a sollicité un autre établissement spécialisé en psychiatrie, le centre hospitalier Gérard-Marchant de Toulouse qui a accepté de lui ouvrir ses portes pour trois représentations. Car ce projet s’insère parfaitement dans la démarche de l’hôpital : « Il y a deux aspects. Il s’agit de permettre un mixage, de croiser les regards entre la maladie mentale et la société civile pour lutter contre la stigmatisation », explique Jean-Loup Vachon, président du comité culture de Gérard-Marchant. En cela, l’établissement participe également aux visites des Journées du patrimoine.

Seconde volonté : rompre l’isolement des patients, « afin qu’ils puissent s’inscrire dans une vie culturelle. Ils sont toujours très à l’aise dans l’art, c’est un bon médiateur du vivre ensemble », poursuit Jean-Loup Vachon. C’est pourquoi le centre a un comité culture qui rapproche les personnes hospitalisées de l’opéra, de la photo ou encore d’œuvres contemporaines. Mais c’est une première en matière de théâtre. Et quelle première, sous le signe de Camille Claudel, « hospitalisée » pour les uns, « enfermée » pour les autres… Un débat passionné qui sera abordé lors des bords de scène programmés à l’issue de chaque représentation.

« Nous faire venir dans un hôpital psychiatrique montre que les choses vont dans le bon sens »

« Avant le film ”Camille Claudel” de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu, et le livre ”Une femme” d’Anne Delbée, on n’en avait jamais parlé, tout cela a été étouffé par sa famille. On a cru que Camille Claudel était folle. Ce n’est pas vrai », estime Jean-Pierre Armand. « Jusqu’au bout, la correspondance avec son frère témoigne de son intelligence», ajoute le metteur en scène qui s’est longuement penché sur les archives de Montfavet pour monter sa pièce. « Des professeurs avaient même demandé à sa famille de la reprendre! » Mais la femme artiste, libre, gênait.

« Jouer la pièce dans un hôpital psychiatrique de renommée a une résonance énorme ! Nous faire venir montre que les choses vont dans le bon sens », poursuit Jean-Pierre Armand. Celui de l’ouverture vers la société et de la reconnaissance de la souffrance, de l’enfermement des aliénés pendant des siècles. Par le cri d’une femme.

A savoir

Les représentations seront suivies de bords scène : regards croisés mercredi soir entre le metteur en scène Jean-Pierre Armand et le Pr. Gérard Pirlot, psychiatre-psychanalyste, et le lendemain avec Laurent Morlhon, psychologue.

Infos pratiques

Les mercredis 23 mai à 16h et 20h30, et jeudi 24 mai à 20h30
Réservations sur www.cornetades.festik.net



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