Dans les serres de la cité de la violette

COMME UNE FLEUR. Non, les serres municipales ne végètent pas en hiver. Au contraire, tout y est en devenir. Dans les pots comme dans les carnets de commandes. Ici, poussent 400 000 plantes par an, destinées aux espaces verts toulousains. Dont la reine violette, déjà pimpante et prête pour sa fête. – Charline Poullain

serres municipales de toulouse
© Franck Alix

À côté du Canal du Midi, derrière le long mur qui jouxte le boulevard de la Marne, poussent quelque 400 000 plantes destinées à orner les 880 hectares d’espaces verts que compte Toulouse. Les serres municipales, initialement implantées au Jardin des plantes, ont été transférées là, sur cet ancien relais de Poste, en 1903. Au beau milieu, des constructions en fer ouvragé sautent aux yeux. « Ce sont des structures de type Eiffel. L’ensemble est inscrit aux monuments historiques », explique Marie-Pierre Chaumette, adjointe aux jardins et espaces verts. Sous le dôme, des palmiers sont à leur aise. Mais de l’eau s’infiltre, des gouttelettes tombent du plafond. D’où une restauration globale, actuellement en cours.

« Plus du tout de produits toxiques, désherbants et insecticides »

Dans les nouvelles serres, tout est automatisé : l’irrigation, la lumière, l’ouverture… Au milieu des travées vides en hiver, la rempoteuse est à l’œuvre. Avec des gestes surs, Martial Vayssette, horticulteur, complète l’action de la machine qui forme de petites mottes sur des plaques entières. « Quand il y aura des racines, ça partira en semis », explique le jeune homme. Jusqu’à mi-avril, le plan de charge est serré : « On ne va pas arrêter! Il y a le pincement, l’arrosage, le repiquage… » Dans une serre chauffée où règne une forte odeur de terre humide et chaude, de minuscules feuilles pointent déjà le bout de leur nez.

Alors que les plates-bandes affichent une couleur terreuse, une fleur triomphe de la grisaille : la violette, symbole de Toulouse tant elle fut produite au nord de la ville de 1850 à 1950. Dès l’entrée dans ses quartiers, une effluve de bonbons saisit. Au fil des travées, des pots, entre lesquels slalome le système d’irrigation, contiennent des variétés très diverses : La Valentré de Cahors tire sur le rose, la Colombine est mauve, la bleue Elena porte bien son nom, de même que la blanche Elizabeth Bayle.

Les serres municipales détiennent une centaine d’espèces du monde entier et ont reçu le label collection végétale spéciale. Et ce, grâce à un passionné, Pierre Barandou, qui fit don à la Ville des 80 sortes qu’il avait bichonnées. « Il y a des hybrides, cultivées pour la résistance et la robustesse de la plante », explique Nadine Rossini, jardinière horticole.
En véritable reine des lieux, la violette de Toulouse arbore une couronne de pétales bien fournie. « Actuellement, nous avons 200 000 pieds. » Les plus belles iront place du Capitole les 3 et 4 février prochains pour la 12e édition de la Fête de la violette. S’y retrouveront, de 10h à 18h, des stands de bonbons, parfums, chocolats, liqueurs… Le tout d’une seule et même saveur.

«  Actuellement, nous avons 200 000 pieds de violette »

Sous les serres sont également abritées les plantes et fleurs en pot destinées aux réceptions et événements de la ville. D’autres bacs sont en attente dehors. Ils complèteront les parterres qui font l’objet de nombreux vols.
Tout est cultivé en “protection biologique intégrée”, ce qui signifie « plus du tout de produits toxiques, de désherbants et d’insecticides », souligne Christelle Bringaud, la responsable du site de production horticole. « Cela demande un travail supplémentaire d’observation pour savoir quand lâcher des insectes auxiliaires », les prédateurs des prédateurs. Et contre les mauvaises herbes, un système de paillage est utilisé pour réduire l’évaporation d’eau.
Enfin, les 20 agents développent des vivaces, comme la bulbine, l’agapanthe, la mauve sylvestre… « Par économie, c’est une dynamique insufflée depuis 2014 », explique Christelle Bringaud, énonçant la liste de leurs qualités : « Elles résistent à la sécheresse, ne gèlent pas, ont un feuillage persistant en hiver ».

« Chaque année, il y a un thème différent pour fleurir la ville. Cette fois ce sera l’art et la poésie dans les jardins », rappelle Marie-Pierre Chaumette. Comme en grande couture, les serres toulousaines ont une collection automne-hiver et printemps-été. Chacune se réfléchit avec un an d’avance. La première est faite cette année de pensées, giroflées, myosotis, primevères… La seconde sera à découvrir lors des portes ouvertes des serres le premier week-end de mai. Ou le 28 mai, quand un jardin éphémère emplira la croix occitane du Capitole.

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