Au cœur des Cantates sans filet

PARTITION- Les Cantates sans filet sont un cadeau de l’Ensemble baroque de Toulouse, qui rappelle que cette musique est accessible à tous. Le public assiste à une répétition unique d’une cantate de Bach, commentée par le chef d’orchestre. Chacun est même invité à rejoindre le choral final. – Charline Poullain

cantates sans filet
© Franck Alix

De la musique résonne sous une croisée d’ogives. Dans l’une des salles de l’église du Gésu à Toulouse, un quatuor répète. Le violon semble répondre au chant doux de la flûte. Puis l’air est repris par le violoncelle, plus grave, ponctué du clavecin. Un instant céleste, suspendu.

Les musiciens s’accrochent du regard. « Il ne faudrait pas qu’on ralentisse ? », s’interrogent-ils.
Leurs instruments sont anciens : le violoncelle, par exemple, n’a pas de pique. Aussi la musicienne, Géraldine Devillières, doit le tenir entre les jambes. Le clavecin demande presque de se dédoubler : la main gauche reste fidèle aux notes, « la droite, elle, peut improviser », explique Christine Genet, claveciniste et organiste. Le peu d’indications données sur les partitions de musique ancienne conférant une grande liberté aux interprètes.

« Je ferais bien une sorte de nuance comme ça », propose en chantonnant le flûtiste Michel Brun, également chef d’orchestre et directeur artistique de l’Ensemble baroque de Toulouse qu’il a fondé il y a 20 ans. Le quatuor reprend. À nouveau, la musique s’élève, emplit la pièce. Charlie Mivielle, administrateur de l’Ensemble baroque de Toulouse, chuchote: « Ils vérifient qu’ils sont bien synchronisés et qu’ils ont les mêmes idées en même temps, qu’ils se retrouvent bien. » Dans le silence qui suit, la voix du chef retentit : « Moi, je trouve que c’est parfait ! »

« Le génie de Bach, c’est d’illustrer ces mots musicalement. La musique crée des images sonores. »

Des moments de travail, presque intimes. Pourtant dans la Ville rose, l’Ensemble baroque de Toulouse les offre au public une fois par mois, au travers des Cantates sans filet. Le nom signifiant bien que les musiciens n’ont pas travaillé l’œuvre ensemble auparavant. « C’est la seule répétition et elle se déroule en public. Donc ce n’est pas au point, on voit toutes ces choses qui se mettent en place petit à petit, car les intentions musicales ne sont pas les mêmes », explique Michel Brun.

La répétition dure près de deux heures, pendant lesquelles le chef glisse maintes indications au public, lui livre quelques codes de son art : comment une basse peut manifester de la colère, ce qu’a voulu exprimer le compositeur et l’origine des cantates qui servaient à illustrer un texte sacré. D’où l’importance à ses yeux de « jouer des œuvres inédites car elles ont été conçues pour la liturgie. Les thèmes sont ceux de la vie et de la mort, de l’au-delà, du renoncement aux séductions faciles. Le génie de Bach, c’est d’incarner ces mots musicalement. Il est d’une profondeur ! La musique crée des images sonores. »

Vaste entreprise que d’interpréter les 300 cantates du compositeur. Une centaine s’étant perdues, il n’en reste pas moins de 200 à jouer, à raison d’une par mois en moyenne. L’Ensemble baroque de Toulouse ayant commencé il y a 10 ans, « on en a encore pour 15 ans, enfin nous ou nos successeurs », lance Michel Brun en souriant.

Le 18 mars est programmée la cantate n°107 en l’église Saint-Exupère, sur les allées Jules-Guesde. Comme une fois l’an, Michel Brun cédera sa place à un autre chef. Il s’agira cette fois de Claire Suhubiette. Les Cantates sans filet sont aussi un temps de rencontre pour les artistes, l’Ensemble baroque de Toulouse étant rejoint chaque mois par l’Orchestre du Capitole, des élèves du conservatoire ou des musiciens venus d’ailleurs.

Après la représentation, la cantate est jouée. Et se finit par un choral auquel le public est invité à participer, grâce à une transcription phonétique de l’allemand. « L’objectif, c’est que tout le monde chante », dit le directeur, rappelant qu’il s’agit d’anciennes chansons populaires. « À la cathédrale Saint-Étienne, 1 300 personnes ont entonné à plein gosier “Jésus que ma joie demeure”. C’est un souvenir incroyable !» Que ceux qui n’oseraient pas se rassurent : « Ce n’est pas un chant individuel, on peut dire lalala. Et puis il y a de la bienveillance, ce concert est fait bénévolement par les musiciens et il est gratuit. »

www.baroquetoulouse.com

La dernière Cantate de l’année aura lieu le 13 mai et sera suivie les 1, 2 et 3 juin du festival Passe ton Bach d’abord, organisé par l’Ensemble baroque de Toulouse.



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