[#LeBQE] Pourquoi le Télégramme s’appelle-t-il ainsi ?

FEUILLE DE CHOU. Le passant ne peut manquer cette imposante façade qui sépare l’entrée de la rue Gabriel-Péri et celle des Sept Troubadours. Au-dessus de la fenêtre du premier étage, des petits carreaux de céramique indiquent Le Télégramme. À quoi cette inscription fait-elle référence ? Gabriel Haurillon

télégramme

« Le Télégramme ? Ben oui, c’est un bar assez chic où les gens branchés vont se faire voir et danser jusqu’au bout de la nuit », lâche Gérard dans une bouffée de fumée avant de s’engouffrer dans des bureaux du boulevard Lazare-Carnot. Pourtant, l’apparence extérieure de l’immeuble ne fait pas très dancing. Le bling-bling, en revanche, est bien présent dans l’architecture. De lourdes pierres de taille encadrent les briquettes toulousaines des murs, le tout est coiffé d’un toit à hauts combles recouvert d’ardoises.

À l’intérieur, la décoration est plus légère. L’ambiance aussi. Un bar ovoïde trône au milieu de la pièce et à cette heure-ci, les tables qui l’entourent servent au repas. À l’une d’elles, Patricia, une cliente, termine un verre de vin : « Le télégramme. Stop. C’est pour communiquer. Stop ». En face d’elle, Sébastien tape frénétiquement du doigt sur la table et enchaîne : « Il devait y avoir un bureau des postes avec un télégraphe. » La bâtisse a bien abrité un service public, mais les nouvelles qui en provenaient étaient rarement bonnes.

Entre 1956 et 1992, le 1 rue Gabriel Péri héberge en effet l’hôtel des impôts. Un passé dont quelques traces subsistent : « Quand on a tout rénové, on a trouvé une pièce entièrement blindée au sous-sol. Avec une porte blindée, elle aussi », explique Stéphane Menoret, directeur de l’établissement, en descendant l’escalier métallique à double hélice qui mène au premier étage. Aucun lien cependant avec la dénomination du lieu.

Pour tenter de percer le mystère, Stéphane Menoret soulève le lourd tapis qui recouvre l’entrée, dévoilant une inscription sur le carrelage : « Manufacture de carreaux mosaïques Audonnet, fabricant… Toulouse ». L’enquête n’en est pas plus avancée. L’entreprise qui a œuvré sur l’élégant carrelage marbré du rez-de-chaussée avait simplement compris avant tout le monde l’intérêt de la publicité au sol. « C’est plutôt sur les murs qu’il faut chercher. Il y a des coupures de presse du Télégramme de Brest », nous lance Laurence de sa chaise haute.

Ces décorations ont disparu depuis quelques années, mais la cliente a vu juste. En 1912, le bâtiment est construit pour accueillir “Le Télégramme”. Rien à voir avec celui de Brest. Ce journal catholique et conservateur paraît à Toulouse entre 1985 et 1932. Le titre est ensuite absorbé par la Croix du Midi en 1895, qui reste dans une partie des locaux jusqu’en 2006. Ce n’est qu’en 2012, cent ans après sa construction que le bâtiment retrouve son nom d’origine : « Quand on a repris le restaurant, on s’est dit : puisque le nom est inscrit dans la pierre, autant le garder », conclut Stéphane Menoret. Les seules bonnes feuilles que l’on y trouve désormais sont aiguisées en cuisine.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *