Dans les coulisses d’une maison d’édition à Toulouse

COLPORTEURS. Parce qu’ils aiment les bonnes histoires, qu’elles soient rédigées par un mercenaire du Moyen Âge ou par un écrivain du XXIe siècle, deux Toulousains ont fondé les éditions Anacharsis. Entre cartons de bouquins et piles de manuscrits, le JT s’est glissé dans cette petite maison créatrice de grands livres. – Maylis Jean-Préau

anacharsis
© Franck Alix

 

Pour trouver la maison d’édition Anacharsis, il faut se lancer dans un jeu de piste au cœur du Bocal. Le Bocal, c’est un espace à part, rue Bayard, un endroit étonnant où imprimantes et papiers débordent des étagères. Ici cohabitent notamment plusieurs maisons d’édition. Une première porte s’ouvre. Mauvaise pioche. C’est celle du Collectif des métiers de l’édition. Il faut aller frapper chez le voisin. Assis à son bureau, Charles-Henri Lavielle, le codirigeant d’Anacharsis, nous laisse pénétrer son univers particulier. « Désolé, j’étais au téléphone avec un vendeur de papier », glisse-t-il.

Devant lui, des monticules de feuilles imprimées. Derrière, des dizaines d’ouvrages aux formats variés se serrent sur une étagère. Et comme ce local fait aussi office de dépôt, des stocks de livres attendent leur heure dans des cartons. « Ça, c’est “Roi”, de Mika Biermann. Il est sorti récemment. C’est un péplum rococo qui raconte les aventures du roi de la dernière cité étrusque indépendante », lance Charles-Henri Lavielle en brandissant un livre à la couverture rouge écarlate.
L’histoire des éditions Anacharsis a commencé il y a 18 ans sur les bancs de l’université du Mirail. Charles-Henri Lavielle est alors thésard en histoire médiévale. Avec son camarade Frantz Olivié, il se passionne pour des textes écrits par des mercenaires étrangers à Byzance, au Moyen Âge. « Ces récits étaient très romanesques, et nous avons eu envie de les proposer à une maison d’édition pour qu’ils soient traduits et publiés. Mais ça n’a pas fonctionné », se souvient-il. Loin de se décourager, les deux thésards se lancent un pari fou : « On va le faire nous-même. » En 2000, ils fondent les éditions Anacharsis, nom d’un personnage mythique d’Hérodote. Leur premier livre maison, “Les Almograves” est le récit de Ramon Muntaner, un mercenaire du XIVe siècle qui créa, avec ses compères, un improbable duché catalan d’Athènes.

« Ça, c’est un péplum rococo qui raconte l’histoire du roi de la dernière cité étrusque indépendante »

Charles-Henri Lavielle pourrait rester des heures à parler de ces histoires incroyables dénichées dans de vieux manuscrits. C’est même devenu une spécialité de la maison. « Tout ça, c’est la collection Famagouste », indique l’éditeur en désignant une bibliothèque bien remplie. Une collection dans laquelle on trouve des ouvrages souvent inédits, écrits au cours des siècles passés par ceux qui ont fait l’Histoire. S’y côtoient des sagas islandaises, des récits de flibustiers, le journal d’un missionnaire en Amérique, le témoignage du survivant d’un massacre de masse dans la Chine du XVIIe siècle… « Nous travaillons avec des traducteurs-chercheurs très pointus. Les textes sont généralement accompagnés d’une enquête », précise Charles-Henri Lavielle. Qu’on ne s’y méprenne pas. Ces écrits anciens ont été sélectionnés parce qu’ils sont à la fois romanesques et très accessibles pour les lecteurs d’aujourd’hui. Pour preuve, l’éditeur nous montre avec fierté son dernier succès en librairie : « “La Saga de Ragnarr Lodbrok”, un mythe qui a inspiré la série télévisée Viking. »

Avec seulement deux salariés, on ne chôme pas chez Anacharsis. Derrière la porte d’entrée, Charles-Henri Lavielle indique trois grosses piles de papiers. « C’est le coin des manuscrits. Il s’agit surtout de fiction. Nous en recevons 20 par semaine. Il y a ceux que nous n’avons pas encore regardés, ceux qui ont été refusés et ceux qui pourraient nous intéresser. » Les heureux élus sont peu nombreux. Anacharsis ne publie que deux à trois nouveaux auteurs de romans par an, et une dizaine de livres toutes collections confondues. Une somme de travail considérable. « Après le choix des textes, il y a les relectures, les corrections, la mise en page, les relations avec les graphistes, avec nos imprimeurs à Clermont-Ferrand et Cahors, les contacts avec le distributeur, le diffuseur et les librairies… », égrène Charles-Henri Lavielle. Malgré un emploi du temps chargé, les éditeurs aiment aussi sortir le nez de leurs bouquins.

Pour que leurs livres rencontrent les Toulousains, ils ont lancé en 2017, la première édition de L’Histoire à venir. Dans ce festival, les participants ont pu approcher l’Histoire de très près en s’initiant par exemple à la découpe d’une peau de bison.

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