3e ligne de métro à Toulouse : « financement instable », « insincérité des comptes » et « irrégularités graves »

Tisséo se trompe-t-il sur toute la ligne ? Ces derniers jours, la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie a dévoilé une série de rapports épinglant sévèrement la gestion, par Tisséo et Toulouse métropole, du projet de troisième ligne de métro à Toulouse. Favoritisme, conflits d’intérêts et financement incertain… Les griefs sont multiples.

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Passage d’un tripode rotatif de la station Carmes © Saada Schneider

Dès les propos liminaires de son rapport public, André Pezziardi, le président de la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie, attaque sans ménagement le projet de troisième ligne de métro tel qu’il est défendu par Tisséo Collectivité, autorité organisatrice des déplacements dans l’agglomération toulousaine.

« Financement instable », « irrégularités graves » dans l’attribution des marchés, « insincérité des comptes », problèmes de gouvernance… À la litanie des manquements relevés par l’institution chargée du contrôle de l’emploi des fonds publics, vient s’ajouter la remise en cause, même, de l’intérêt et de l’utilité de cette option.

Un projet à l’efficacité contesté

Selon André Pezziardi, le choix du projet et de son tracé ont été faits « sans comparaisons suffisantes », notamment au détriment du développement de l’étoile ferroviaire, et ne répond pas aux exigences des années à venir. « Ce projet entraînera une dégradation des conditions de mobilité », déplore Gaëlle Fonlupt, premier conseiller à la Chambre régionale des comptes, en charge de l’investigation sur Tisséo Collectivité.

Dans les scénarios les plus optimistes du rapport, la troisième ligne du métro ne permettra d’absorber que 200 000 à 250 000 des 500 000 déplacements quotidiens supplémentaires prévus d’ici à 2025. La CRC prédit même, à cette échéance, une hausse de 17 % du trafic routier et de 9 % des émissions de gaz à effet de serre.

Un financement hasardeux et « insincère »

Au-delà du choix politique, dont la décision reste aux mains des élus, la CRC alerte sur l’extrême pression financière du projet qui engage la collectivité sur une voie unique et incertaine.

Tisséo Voyageurs, l’établissement public en charge de l’exploitation du service, va « se retrouver sous forte contrainte économique à partir de 2025 », s’alarme André Pezziardi. Selon lui, en épuisant sa capacité d’endettement, Tisséo se prive d’un matelas économique et de ressources d’investissement. Ce qui limiterait de manière préoccupante ses facultés d’adaptation dans les années à venir.

Par ailleurs, les magistrats chargés de l’instruction du dossier s’inquiètent « d’incertitudes importantes quant au financement » et de « l’insincérité des comptes ». La chambre émet notamment des doutes sur le caractère optimiste du budget avancé « en théorie possible mais qui va impacter fortement les autres dépenses publiques de Toulouse Métropole », pour Gaëlle Fonlupt.

Favoritisme et conflit d’intérêts

Dans un troisième rapport, la chambre relève des « irrégularités graves » dans l’attribution des marchés de maîtrise d’œuvre.

Celle-ci reproche à Tisséo Ingéniérie d’avoir « favorisé l’attribution systématique de marchés à deux sociétés » au détriment de propositions plus avantageuses économiquement. Avant de souligner que « le président du conseil scientifique en fonction jusqu’en novembre 2018 était administrateur de l’une des entreprises régulièrement sélectionnées, et que ce lien d’intérêt était de nature à mettre en cause l’indépendance des avis de ce conseil ».

Toutes ces irrégularités provoqueraient un retard d’au moins 18 mois sur le calendrier prévu. Ce qui repousserait à 2027 la livraison de la troisième ligne de métro.



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