[DOSSIER] Quelle sécurité routière pour la voiture autonome ?

Professeure en psychologie et en ergonomie cognitive au CNRS, Céline Lemercier travaille à la sécurité routière de demain et d’après demain. Lorsque les voitures auront moins besoin des conducteurs…

Moi.24.06.2017

Aide au parking, anti-verrouillage des roues, régulateurs intelligents de vitesse… La voiture semi-autonome roule déjà. « C’est une bonne nouvelle pour la sécurité routière, puisque la principale cause d’accident est le facteur humain », rappelle Céline Lemercier, professeure en psychologie et en ergonomie cognitive au CNRS.

D’ici cinq à dix ans, il ne sera pas rare de voir des conducteurs, rebaptisés passagers-superviseurs, lâcher leur volant pendant plus d’une demi-heure : « Le risque le plus important d’accident se concentrera alors sur ces périodes charnières où le conducteur devra sur demande de son véhicule, reprendre le volant alors qu’il était plongé par exemple dans le visionnage d’un film captivant ».

Céline Lemercier cherche donc à savoir à quel moment et par quel message le système devra indiquer qu’il se désactive, et comment maintenir l’attention de celui qui prendra son relai. « Faudra-t-il lui délivrer des informations pendant la conduite autonome, alors qu’il est concentré sur une autre tâche ? Lui poser régulièrement des questions sur ce qu’il se passe sur la route ? Lui donner des indices sur la scène routière au moment où il reprend le contrôle du véhicule ? »

Autant d’hypothèses qu’elle teste dans le simulateur de la plateforme MSH-CCU de l’Université de Toulouse- Jean-Jaurès, avec des conducteurs type, de tout âge, sexe, profession. En effet, « le profil du conducteur de demain n’est pas celui d’un ingénieur en informatique de 35 ans. Il est beaucoup plus varié, avec des compétences de traitement de l’information différentes, voir dégradées, avec des capacités perceptivo-motrices pouvant également être altérées ». Des constructeur et équipementier comme Renault ou Continental ont déjà manifesté leur intérêt pour les travaux de la chercheuse, tout comme la CEREMA dont le cœur de métier porte sur le mobilier urbain, ou Oktal, spécialiste des simulateurs de conduite.

Enfin un élément déterminant de l’acceptation de la voiture semi-autonome sera la confiance que le passager-superviseur accordera au système. « Il s’agira ici d’étudier la situation où, alors que le passager-superviseur est en conduite manuelle dans un contexte de trafic dense, le système lui proposera de reprendre le volant. Seriez vous prêt à donner la main à un système autonome dans ce type de situation ? »

« A chaque innovation technologique, se posent de nouvelles questions et de nouvelles contraintes »

La problématique sera différente lorsque les voitures seront totalement autonomes, quand elles conduiront toutes seules nos enfants à l’école. D’abord, il faudra rassurer les passagers, qui pourraient s’angoisser des freinage, virage ou déboitement inexpliqués du véhicule : « Sachant que de nombreux systèmes cohabiteront, devra-t-il les tenir au courant de chacune de ses décisions ou en faire un résumé ? »

Il faudra également informer les autres protagonistes de la route, pas forcément autonomes, comme les piétons ou les cyclistes, via le mobilier urbain ou des montres connectées. « L’autonomisation des véhicules constitue une véritable opportunité pour demain, permettant aux individus les plus fragiles (personnes handicapées, âgées) de conserver une mobilité autonome. Reste aux chercheurs et aux industriels de l’automobile de permettre à ces véhicules de demain de répondre aux besoins, envies et contraintes de leurs utilisateurs futurs », conclut Céline Lemercier.

Bio

Professeure en psychologie et ergonomie cognitive au laboratoire CNRS CLLE (Cognition, langues, langages et ergonomie), Céline Lemercier travaille sur le comportement du conducteur et ses interactions avec les systèmes autonomes.

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