Quand le Père Noël boude Amazon

Pour ceux à qui les folles sommes dépensées durant la période ou les interminables rayons de jouets fabriqués à l’autre bout du monde donnent le tournis, le JT s’est mis en tête de dresser un catalogue alternatif. Locaux, durables, faits maison ou solidaires… C’est cadeau !  

Une fête synonyme d’abondance et de profusion dans une société où les ressources se raréfient… S’il n’est pas question de renier Noël, les pratiques qui s’y réfèrent sont largement remises en question. En particulier les cadeaux, premier poste de dépense sur les quelque 70 milliards d’euros générés chaque année durant la période en France. Chacun d’entre nous en offre en moyenne une bonne dizaine, que leurs destinataires aient été sages ou non. Cela devient souvent une tâche laborieuse, qui aboutit de surcroît à des millions de colis – commandés sur des plateformes Internet qui excellent dans l’optimisation fiscale – traversant la France de part en part.

Un désenchantement à l’égard des courses de Noël

Une dépense d’énergie colossale dont le bien-fondé est de plus en plus contesté. D’autant que 35 % des Français déclarent avoir déjà reçu un cadeau indésirable. « On note un désenchantement à l’égard des courses de Noël qui sont vécues comme un passage obligé de la consommation. Les gens ont de moins en moins envie de céder à des injonctions », constate Agnès Crozet, responsable du développement au sein de l’Observatoire société et consommation. Dans un contexte où l’on possède déjà beaucoup de biens, la quête d’un présent original est forcément génératrice de stress. « Même si le matériel reste prédominant, on remarque l’émergence de cadeaux immatériels comme un dîner au restaurant, un voyage ou encore un concert », poursuit la sociologue.

Un cycle infini de dettes qui créent de l’interdépendance

De même, de nouvelles tendances apparaissent, motivées autant par des raisons éthiques qu’économiques. Le tirage au sort, par exemple, est en train de se populariser au sein des foyers, le hasard se chargeant de décider à qui chaque membre de la famille offrira un unique cadeau. D’autres choisissent de ne plus gâter que les enfants. « Ces pratiques ne peuvent fonctionner que si elles reposent sur un consensus total, car il n’est pas si facile de sortir de l’hyperconsommation », analyse Sophie Chevalier, anthropologue et coéditrice de l’ouvrage ‘’Les cadeaux, à quel prix ?’’ Selon cette dernière, bien plus que de simples échanges de biens, les cadeaux matérialisent les relations sociales. « En anthropologie, on les appelle des dons. Ils répondent à trois règles : donner, recevoir, rendre. Soit un cycle infini de dettes qui créent de l’interdépendance entre les individus », détaille Sophie Chevalier.

L’acte d’offrir n’est donc pas si libre et gratuit. Il peut même induire des rapports de pouvoir. «  Nous évaluons ce que nous recevons au prix ou à l’investissement personnel fourni par celui qui offre », poursuit l’anthropologue. Si de plus en plus de Français tentent d’échapper à la marchandisation de ces échanges, Sophie Chevalier estime que, dans la mesure où les cadeaux, quelle que soit leur forme, reflètent la nature de la relation entre deux personnes, ils ont de fait un sens. « L’évolution des pratiques du don correspond à celle de la société. La consommation est fortement remise en cause, mais elle reste une sorte d’intégration sociale. Ce n’est pas un hasard si, pour Noël, nous épargnons nos enfants des processus qui visent à en sortir. »

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