[Dossier] Bonjour la nuit veut réveiller le dialogue 

CONSTRUCTION – Prônant une autre voie que celle de la sanction, ce collectif d’usagers de la nuit né il y a moins d’un an, Bonjour la Nuit souhaite faire entendre la voix des citadins attachés à l’animation nocturne et culturelle de Toulouse. 

bonjour la nuit
®franckalix/JT

Distribué depuis quelques mois dans les bars et différents lieux du centre-ville, un flyer rouge attise la curiosité des Toulousains. Portant la mention de Bonjour la nuit, il affiche une ambition, celle de rassembler les usagers de la nuit pour «imaginer un nouveau vivre ensemble.» 

Derrière cette initiative se cache une trentaine de bénévoles. Parmi eux, Maylis et Pauline, 35 et 30 ans, habitantes du centre-ville. La première, pourtant née à la campagne et la seconde y travaillant, veulent défendre le caractère festif de leur ville. «Depuis plusieurs mois, on voit se resserrer l’étau autour des bars et des lieux culturels. J’ai eu envie de m’impliquer en tant que riveraine et citoyenne, pour ne pas subir», lance Maylis, qui habite entre Saint-Pierre et la Daurade, un quartier animé.

À l’origine de Bonjour la nuit,une accumulation de constats. L’arrêt des concerts dans plusieurs bars avec, en point d’orgue, ceux de la salle de spectacle la Dynamo. «Désormais, il est également impossible de trouver à manger après 2 heures du matin, c’est problématique pour ceux qui travaillent de nuit », indiquent les jeunes femmes. «Nous constatons que la seule voix portée dans le débat public et auprès de la mairie est celle des associations de riverains qui se plaignent des nuisances», lance Maylis. «Les autres habitants, ceux qui souhaitent de la vie et de l’animation dans leur quartier, sans toutefois nier les problèmes, ne sont pas représentés.»

Fédérés autour de ce constat, une trentainede Toulousains, âgés de 25-30 ans à une cinquantaine d’années, décide donc de fonder “Bonjour la nuit” en mars 2016, et de devenir un interlocuteur crédible. «Nous ne sommes pas un collectif de riverains ou de professionnels de la nuit, mais de citoyens. Nous voulons être les plus neutres et les plus représentatifs possible», explique Pauline.

Discrètement mais sûrement, Bonjour la nuit engrange des soutiens. Le collectif revendique aujourd’hui 1 100 adhérents. Pour se faire entendre par les pouvoirs publics, les bénévoles travaillent à sa structuration. Depuis le mois de décembre, un questionnaire est disponible en ligne afin de comprendre les attentes et comportements de ses adhérents. Tout Toulousain désireux de participer, après adhésion gratuite en ligne, peut y répondre. Suivront, dans les trois prochains mois, des réunions publiques afin de former des groupes de travail.

Les deux jeunes femmes ont déjà des idées. Pauline verrait bien l’instauration d’un “conseil de la nuit” comme celui de Nantes, qui met autour de la table les acteurs de la nuit pour désamorcer les conflits. «Il faut aussi sensibiliser par de la signalétique. À Paris, une campagne d’affichage a été lancée sur le canal Saint-Martin pour appeler au respect de la propreté. Cela a très bien fonctionné », lance Maylis. «Pour éviter que tout le monde sorte des bars en même temps, pourquoi ne pas échelonner les horaires de fermeture ?» Et de conclure : «C’est la question du lien social offerte par les bars qui est en jeu. Mais aussi celle de l’attractivité de la ville, pour garder de jeunes talents et rayonner au niveau européen. »

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