[Dossier] Un semestre pour Rebondir

Malgré toute l’importance de bien choisir son orientation au sortir du bac, des solutions existent pour palier un échec ou une erreur de parcours sans perdre de temps. Depuis 2013, l’université Paul-Sabatier a carrément consacré un semestre à la réorientation en première année de fac. Avec le dispositif « Rebondir », un outil pédagogique global d’accompagnement, les étudiants ont une deuxième chance de trouver leur voie.

© Franck Alix
© Franck Alix

En ce début d’après-midi ensoleillé de retour de vacances, la fourmilière qu’est d’ordinaire l’Université Paul-Sabatier ne semble pas encore avoir retrouvé toute son activité. Des groupes d’étudiants flânent au milieu des pâquerettes sur les pelouses du campus. Une ambiance à priori peu propice au travail. Pourtant, arrivés au compte-gouttes, certains après avoir cherché un moment, une vingtaine d’étudiants finissent par s’installer dans une salle de classe. Au menu du jour, il n’est pas question de médecine ou de biologie, mais d’un cours de préparation aux entretiens oraux, en vue de futurs concours. Un module qui s’inscrit dans le cadre du Semestre 2 « Rebondir » créé en 2013 par la faculté, pour permettre aux étudiants de Première année commune aux études de santé (Paces), de DUT, de Staps ou d’autres licences, de se réorienter en cours d’année.

« Pour la plupart de ceux qui échouent en Paces, il s’agit du premier accroc dans leur scolarité »

C’est Nelly Capelle, responsable orientation et sécurisation des parcours qui assure le cours destiné aux élèves ayant choisi la filière paramédicale. Le dispositif « Rebondir » en comporte trois autres : éco-droit-gestion, sciences de la vie et sciences fondamentales numériques et appliquées. Elle commence par faire le point avec chaque élève sur son projet. Une petite majorité a choisi de passer le concours d’infirmier, d’autres celui d’aide-soignant, d’audioprothésiste ou d’ergothérapeute. L’un des rares garçons présents a, lui, opté pour un BTS diététicien. « Je suis allé leur demander de me favoriser sur Parcoursup. Si on veut des choses dans la vie, il faut foncer », lance-t-il, provoquant l’hilarité de ses camarades. Nelly Capelle enchaîne avec un décryptage en règle de l’entretien de motivation : la connaissance indispensable du milieu dans lequel on postule, les tics corporels à éviter, les questions pièges, la manière de se présenter en argumentant systématiquement sur les qualités que l’on veut mettre en avant… « Soyez authentiques, n’inventez rien. Et n’oubliez pas de préparer un plan B, c’est une question qui revient souvent », lance Nelly Capelle. « Ça fait beaucoup de plans B », lâche une étudiante en toute autodérision. La séance se termine par une mise en situation par groupe de trois où chacun joue à tour de rôle un recruteur, un recruté et un observateur.

Plus tard, Aurélie et Ikram, 20 ans toutes les deux, débriefent le cours. Même si elles n’auront pas forcément à passer d’entretiens oraux à l’avenir, « cela nous servira toute la vie », assure Ikram. Les deux étudiantes ont en commun d’avoir toujours voulu faire médecine. Et d’avoir opté pour le semestre 2 « Rebondir », après avoir doublé leur année de Paces. « Il y avait un premier concours en janvier. Et vu mes résultats, j’ai décidé d’arrêter, car il m’aurait fallu avoir une moyenne de fou au concours de mai pour avoir médecine », raconte Aurélie. Cette dernière qui avait déjà un plan de secours en cas d’échec à la Paces a finalement trouvé sa voie grâce à une des conférences prévues dans le cadre de « Rebondir » pour faire découvrir les métiers de chaque filière. Elle veut devenir psychomotricienne. Ikram, elle, se laisse encore du temps pour choisir et souffle : « De toute façon, le Paces est tellement dur qu’on est obligé d’avoir un plan B ».

« Le rythme est moins soutenu et cela nous évite surtout de nous morfondre »

C’est en partie pour cette raison que le semestre 2 « Rebondir » a vu le jour. Sur les presque 200 étudiants inscrits cette année, environ 90 % sont issus de Paces. « On ne peut pas véritablement parler d’échec scolaire, mais le fait est que 85 % des élèves n’obtiennent pas le concours. Un taux important qui nécessitait la mise en place d’un dispositif pédagogique d’accompagnement vers la réorientation », explique Sylvain Mastrorillo, responsable de « Rebondir », qui se compose d’enseignements disciplinaires propres à chaque filière, de cours de méthodologie pour préparer les concours écrits et oraux, ainsi que de conférences et de stages pour que les étudiants puissent conforter leur choix. « Dès les premières semaines, il y a aussi un bilan de compétences avec des psychologues, car pour la plupart de ceux qui échouent en Paces, il s’agit du premier accroc dans leur scolarité  », avance Sylvain Mastrorillo.

80 % des étudiants passés par le dispositif s’inscrivent dans une formation post-bac. Et parmi eux, 50 % réussissent leur première année. En attendant de pouvoir augmenter ces statistiques, Aurélie et Ikram sont ravies de bénéficier de ce sas de décompression. « C’est un super système, affirme la seconde. Le rythme est moins soutenu et cela nous évite surtout de nous morfondre. On sort de chez nous tout en validant des crédits ECTS (système d’uniformisation des crédits universitaires européens, ndlr). C’est loin d’être du temps perdu ! »

 

Dossier “Orientation scolaire : des pistes pour trouver sa voie” :

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