[Dossier] Photojournalisme, l’information en haute définition

p7 bas infographie photojournalismeRECADRAGE. Dans une société où l’image est reine, alors que le matériel de photographie devient plus accessible financièrement et que les clichés courent les réseaux sociaux, pourquoi a-t-on encore besoin des reporters-photographes ? S’il évolue, ce métier ne se résume pas à appuyer sur le bouton.

« Le photojournaliste doit apporter un regard singulier ». Pour Frédérique Gaillard, chercheuse, enseignante et spécialiste toulousaine du sujet, la première mission du professionnel de la photographie de presse est claire : en plus d’un bon cadrage, il doit se démarquer, offrir un angle nouveau, un point de vue différent sur l’actualité. « Ce sont les plus originaux et les plus inventifs qui s’en sortent. C’est une période financièrement compliquée pour les photographes, car les agences et la presse en général se trouvent également en difficulté : les professionnels doivent s’adapter sinon ils sont laissés de côté ». Se distinguer de la masse est donc une nécessité pour vendre une photo et gagner de quoi vivre. Une mission plus délicate aujourd’hui : les photojournalistes croisent sur le terrain des amateurs de mieux en mieux équipés pour prendre un cliché. Avoir l’exclusivité sur un sujet devient donc plus difficile.

Frédérique Gaillard précise néanmoins : « Si un photographe amateur réussit à être publié, cela ne fait pas de lui un photojournaliste ». Et, à l’heure des smartphones et d’Instagram, la précision n’est pas anodine. « Pendant les attentats, ce sont surtout des photos d’amateurs qui ont tourné en boucle dans les médias : on est alors dans un flux visuel constant mais pas forcément dans l’information ». Il suffit d’allumer notre télé ou d’aller sur Internet pour comprendre. Les images non professionnelles apportent essentiellement un témoignage.

 « Ce métier participe à la mémoire collective »

Dans les cas où ces clichés semblent donner des renseignements, l’observateur ne peut être assuré de leur véracité ni être certain qu’il n’y a pas eu de montage. Enlever un panneau de signalisation d’un arrière-plan ou encore déplacer un personnage rend peut-être une photo plus frappante, mais est-ce du photojournalisme ? Pour Frédérique Gaillard, c’est évident : « Il ne doit pas y avoir de mise en scène dans ce métier ». Les professionnels, contrairement à monsieur Tout-le-Monde, se doivent d’être intègres : une sorte d’ accord tacite entre celui qui prend l’image et celui qui l’observe. « Si l’on vous dit, “amateur” vous vous méfiez, si l’on vous parle par exemple, du photoreporter James Nachtwey, vous avez confiance », explique-t-elle.

Pour la spécialiste, dans cette quête d’exactitude, cette nécessité d’être au plus près des faits, le photojournaliste doit aussi être indépendant : « Vous ne liriez pas de la même manière une étude scientifique sur les risques du tabac, si vous appreniez qu’elle a été financée par un distributeur de cigarette. »

Enfin, Frédérique Gaillard prend le recul d’une historienne et ajoute : « Si je vous parle d’une date importante, comme les manifestations de Tian An Men par exemple, il y a de fortes chances pour que vous ayez la même photo qui vous vient en tête que moi : ce métier contribue à marquer un évènement, il participe à la mémoire collective ». Et, en guise de conclusion, elle questionne : « Qu’est-ce qu’il restera des images amateurs dans 20 ou 30 ans ? » Prendre une véritable photo de presse : bien plus complexe que d’appuyer simplement sur un bouton.

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