[Dossier] La nuit, une affaire publique

INNOVATIONS – La nuit est un territoire d’innovation selon Luc Gwiazdzinski, géographe à l’université Grenoble Alpes. Des expériences, menées par les citoyens, les professionnels de la nuit et les collectivités, émergent afin de prévenir les nuisances.

Les débits de boisson à Toulouse

nuisances sonores
©JT

La nuit nous appartient.

C’est ce qu’affirme Luc Gwiazdzinski, géographe à l’université Grenoble Alpes et chercheur au laboratoire des sciences sociales Pacte. «La nuit est l’affaire de tous. Cet espace particulier livré aux poètes, artistes et malfrats, a été conquis par l’homme au fil du temps, et en plusieurs étapes. L’une d’elles est l’éclairage des rues la nuit», souligne l’auteur de l’article “Vers des politiques publiques de la nuit” pour la revue de l’ENA (École nationale d’administration) hors les murs, en 2015. «Aujourd’hui, la nuit est investie par l’homme, elle est colonisée par lui.»

D’abord, parce que les horaires d’été permettent de profiter plus longtemps de l’espace public urbain, avance l’expert. Ensuite, parce que certaines entreprises fonctionnent en continu, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Enfin, de plus en plus de magasins proposent des offres commerciales en nocturne. «La principale conséquence de ces évolutions est que la nuit est devenue un secteur économique à part entière», affirme l’expert. À tel point que la nuit regroupe trois types d’activité : «une ville qui dort ; une ville qui travaille en continu ; une ville qui s’amuse.» Or, il n’est pas facile de les faire coexister. D’ailleurs, dans les centres-villes, des conflits apparaissent entre des habitants soucieux de leur tranquillité et des consommateurs bruyants.

Pour tenter d’apaiser les relations entre les établissements de nuit et les riverains, tendues depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction de fumer dans les bars (loi Evin), début 2008, des initiatives sont mises en place. « Des mesures d’un autre type, qui ne sont pas sécuritaires, s’inventent. Elles sont plus souples et replacent l’homme au cœur de la politique publique », assure Luc Gwiazdzinski, qui ne s’avance pas à parler de politique publique de la nuit. « Il est trop tôt pour le dire mais il y a un début d’amorce. » À l’image de la ville de Paris qui a organisé des États généraux de la Nuit en novembre 2010. Durant deux jours et une nuit, 1 000 participants (citoyens, associations de riverains, professionnels de la nuit, chercheurs, élus) ont esquissé des solutions pour pacifier la vie nocturne. La plus visible d’entre elles est la création des “Pierrots de la nuit”. Une bande d’artistes et un médiateur parcourent la capitale durant les nuits d’été pour défendre le vivre-ensemble en dialoguant avec les noceurs pour les inciter à la discrétion.

La Ville de Paris a aussi instauré dans six arrondissements des comités de médiation réunissant mairie, police, riverains et professionnels, qui s’efforcent de dénouer les situations les plus conflictuelles. La maire Anne Hidalgo a également nommé un conseiller délégué chargé des questions relatives à la nuit.
La nuit est aussi l’affaire des citoyens, qui se sont de leurs côtés mobilisés. Dès 2003, les noctambules d’Amsterdam ont joué les précurseurs pour tranquilliser la vie nocturne en élisant leur “maire de la nuit”. Ils ont aussi convaincu chaque établissement de nuit (bars, salles de concert, boites de nuit) de fixer leurs propres horaires de fermeture.

Sur le modèle de la capitale néerlandaise, Toulouse lui a emboité le pas en 2014, en élisant son “maire de la nuit”. Ce dernier effectue de la sensibilisation, pour le géographe. «Il porte les problématiques de la nuit auprès des collectivités et des professionnels et instaure un dialogue. En ce sens, cette action est positive. »

Les nuisances sonores lourdement sanctionnées

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