[Dossier] Euro 2016 : une organisation sous tension

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Agitation. À moins de 100 jours du lancement de l’Euro 2016, Toulouse, ville hôte, s’organise et se prépare à recevoir plus de 100 000 visiteurs. Une concentration de supporters qui représente une opportunité économique mais qui pose aussi des problèmes de sécurité. Voici l’envers du décor.

 

Le 10 juin, le coup d’envoi de l’Euro 2016 sera officiellement donné et durant un mois, dix villes se partageront l’organisation des rencontres et des animations connexes, dont Toulouse. Avec trois matchs de poule et un huitième de finale, la ville rose va accueillir de nombreux supporters et augmenter de 25% sa population habituelle. L’UEFA, organisatrice de l’événement prend en charge la totalité du volet sportif quand les villes hôtes doivent prendre à leur compte la mise en place de la Fan zone, périmètre réservé aux supporters au cœur même du centre-ville, et les animations connexes. Ainsi, la ville de Toulouse a mis les petits plats dans les grands « pour faire en sorte que l’événement soit parfait ! » se réjouit Laurence Arribagé, adjointe au maire de Toulouse en charge des sports. Elle a chapeauté toute l’opération mais elle précise que « cela a demandé un travail commun de tous les services de la mairie, tant ceux de la voirie, des sports, de l’éducation, de la jeunesse, que ceux de la culture, de la communication, des espaces verts… » Bref, tout le monde est sur le pied de guerre. « Tout s’est fait naturellement ! Chaque service occupé par son domaine de compétence », explique Laurence Arribagé. Pourtant, il semble que le ressenti des agents municipaux soit sensiblement différent. L’un d’entre eux nous confie que « les services ont travaillé ensemble mais en parallèle, chacun de son côté. Certains fonctionnaires de la haute administration, peu intéressés par l’événement, mettant des bâtons dans les roues des élus qui souhaitaient réellement s’investir. Les décisions mettent alors du temps à être validées et tout est retardé… » D’ailleurs, de nombreuses animations ne seraient pas encore finalisées, à moins de 100 jours de l’événement.

« L’UEFA a établi un cahier des charges que toutes les villes hôtes se doivent de respecter… mais pas à n’importe quel prix »

Pour lui, l’adjointe au sport qui tente de faire de l’Euro 2016 un événement à la hauteur de la ville « n’a pas réellement la main ! Tout se passe au cabinet ou à la direction des services ! » Chacun tente de se faire une place dans le paysage et l’élue responsable « doit composer avec tous, y compris avec l’UEFA qui impose son diktat ». Cette perception du terrain n’est pas partagée par Laurence Arribagé elle-même qui estime avoir eu les coudées franches : « L’UEFA a établi un cahier des charges que toutes les villes hôtes se doivent de respecter… mais pas à n’importe quel prix », précise-t-elle. Leur principale doléance a été la mise aux normes du Stadium, ce qui a été fait pour un budget de 41.5 millions d’euros. « Cependant, nous n’avons pas dit oui à toutes les demandes de l’UEFA, notamment en ce qui concerne la rénovation des vestiaires pour ne pas alourdir le budget. De nombreux aménagements temporaires n’ont pas été acceptés. De même, nous avons refusé de retransmettre tous les matchs sur écrans géants, seuls le seront ceux qui auront lieu à Toulouse et les matchs de l’Équipe de France », témoigne Laurence Arribagé. Si le budget global afférant à l’organisation de l’Euro n’a pas été communiqué encore, « l’on peut s’interroger sur les réelles retombées financières qui ne seront pas si importantes que prévues. Les incertitudes sont encore nombreuses puisque le budget initial est revu à la baisse », constate l’agent municipal. Mais pour la mairie, « la visibilité que s’offrira Toulouse est une chance aussi importante que les retombées économiques. »

 

Sécurité : priorité absolue

 

Mais s’il est un budget sur lequel il n’est pas question de revenir, c’est celui de la sécurité. La préfecture, chargée de coordonner toutes les forces de l’ordre mobilisées pour l’occasion, évoque « une responsabilité partagée pour assurer la sécurité de la manifestation, entre l’UEFA pour le Stadium, la municipalité de Toulouse pour la Fan zone et l’État pour tout le reste. » De plus, « la mairie sera en charge de la logistique, du trafic et de l’enlèvement de véhicules, une société privée sera missionnée pour les fouilles et palpations à l’entrée des matchs et de la Fan zone, et la police nationale sera affectée au maintien de l’ordre, à la surveillance des lieux publics à risques », précise Didier Martinez, secrétaire régional Unité-SGP-Police-FO. Et s’il n’est pas encore possible de dénombrer le nombre de forces de l’ordre déployées sur la ville selon la préfecture, le policier avance un chiffre de 200 hommes uniquement pour la police nationale. « Pour l’occasion, 80% des effectifs est mobilisé et une directive nationale a supprimé les congés afin que le maximum d’hommes soit opérationnel », confie David Porte, secrétaire général fédéral de la FPIP.

  « 80% des effectifs de la police nationale est mobilisé »

Du côté de la mairie, « 1,3 million d’euros est consacré à la mise en place de la Fan zone, dont 500 000 euros affectés à la sécurité », précise Laurence Arribagé. Ce lieu entièrement clos de 7 500 m², ceint d’un mur anti-déflagration, pourra accueillir quelque 12 000 personnes. L’UEFA et la mairie qui auraient souhaité qu’elle se dresse place du Capitole ont dû essuyer un refus de la préfecture pour des raisons de sécurité, « l’évacuation rapide n’en était pas possible et le parking sous-terrain représentait une trop grande menace. Après réflexion, nous nous sommes rangés derrière eux », confesse l’adjointe. Le risque que représente une telle concentration de population est donc pris très au sérieux par les services de l’État et de la mairie, d’ailleurs Jean-Luc Moudenc a demandé à l’État des moyens supplémentaires pour assurer la sécurité de la Fan zone, ainsi « 80% des vidéos surveillances pérennes, seront financés par l’État », explique Laurence Arribagé. « Le risque zéro n’existe pas mais le dispositif est solide, nous ne sommes pas inquiets », avoue David Porte. Il ne faudra tout de même pas oublier la tension supplémentaire qu’ajoutera la Fête de la musique qui aura lieu le 21 juin, soit le lendemain d’un match au Stadium. « Les supporters en profiteront pour assister au spectacle donné au Capitole, et qui plus est, retransmis à la télé. Ils auraient dû la repousser, comme cela avait été fait en 1998 pour la Coupe du monde, car cela va être ingérable au niveau sécurité », déplore l’agent municipal, qui précise que « France 2 devrait payer 850 000 euros à la mairie alors ils ont maintenus ! » Mais pourquoi autoriser une manifestation à l’endroit même où la préfecture avait posé son veto pour la Fan zone ? « Le dispositif pour la fête de la musique sera différent et les conditions de sécurité seront adaptées. Le nombre de personnes concentré ne sera pas le même. Pour finir, la Fête de la musique est un événement unique quand la Fan Zone sera montée pour plusieurs jours », conclut la préfecture. Ce qui est certain, c’est que le 21 juin sera animé !

 

 

 

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