Thierry Le Friant : « L’urgence est celle de la survie de nos entreprises »

Thierry-Le-Friant okInquiétude. La baisse des dotations de l’Etat n’arrange rien à l’affaire, le secteur des Travaux publics est en souffrance. Thierry Le Friant, président de la Fédération régionale TP, tire la sonnette d’alarme et s’adresse au (à la) futur(e) président(e) de région.

 

Thierry Le Friant, pour bien comprendre la situation, pourriez-vous dresser un état des lieux du secteur des Travaux publics en Midi-Pyrénées ?

Nous sommes toujours dans une conjoncture difficile avec des baisses d’activité encore programmées pour cette année et vraisemblablement l’année suivante. En termes de chiffre d’affaires, nous étions à 1.9 milliards d’euros en 2013, nous sommes aujourd’hui à moins d’1.8 milliards d’€, soit 7% de baisse par rapport à l’année dernière. La profession des Travaux publics en Midi-Pyrénées emploie 13 800 personnes aujourd’hui, car depuis le début de l’infléchissement de notre activité, en 2008, nous avons enregistré 2 300 pertes d’emplois salariés. C’est comparable à trois établissements Sanofi, excepté que personne ne parle de notre secteur. Nous sombrons, dans une certaine forme d’indifférence.

 

Pour vous, le stade de l’urgence est dépassé…

Nous sommes au pied du mur, au bord du gouffre ! L’urgence est celle de la survie de nos entreprises. Si aucune tendance forte n’infléchit la situation, nous nous dirigeons vers une période qui s’avèrera mortelle pour nos sociétés, notamment les plus fragiles d’entre elles.

 

Pourtant cela fait longtemps que la situation est préoccupante dans votre secteur…

Certes, mais les baisses des dotations de l’Etat envers les collectivités locales entraînent une chute des investissements de ses dernières et accentuent nos difficultés. Dans certains secteurs le niveau des appels d’offres a été divisé par deux. De même, les successions d’élections (2012, 2014, 2015) entraînent de la part des décideurs politiques des périodes d’attente, d’analyse, de remise en cause de certains projets, ce qui nous dessert assurément. Pendant que les collectivités réfléchissent à leur futur fonctionnement, la machine s’arrête.

 

Ceci a des conséquences sur les emplois comme évoqué plus haut mais aussi sur l’état des infrastructures publiques…

Nous avions eu affaire à des patrons de collectivités qui étaient de grands bâtisseurs mais aujourd’hui, l’erreur serait de laisser ce patrimoine se détériorer. Que l’on parle de tronçons routiers, d’ouvrages d’art ou de canalisations, il faut entretenir les biens publics. Aujourd’hui nous mettons en place des plans rails pour rattraper le manque d’entretien des voies ferrées, il ne faudrait pas que dans 10 ans il faille mettre en place un plan route car cela risque de coûter beaucoup plus cher qu’un entretien courant.

 

Que préconise la FRTP pour redresser la situation ?

Nous souhaitons d’abord sensibiliser les utilisateurs des infrastructures en lançant une campagne de communication. C’est aujourd’hui qu’il faut investir pour préserver l’avenir ! Nous voulons que la problématique des infrastructures reste au cœur des débats politiques et soit un véritable enjeu en proposant de nouvelles solutions qui passent par un renforcement des investissements privés sous forme de partenariats public/privé dont les règles du jeu restent à définir. Nous préconisons aussi, sur le mode du livret de caisse d’épargne, la mobilisation d’épargnes orientées vers l’entretien du patrimoine comme elles le sont aujourd’hui vers le logement social.

 

Vous avez identifié des propositions concrètes que vous avez soumises aux candidats aux élections régionales, quelles sont-elles ?

Nous demandons la construction d’une politique territoriale en soutenant les plans Etat-Région qui auraient déjà dû démarrer il y a deux ans. Un certain nombre de projets en Midi-Pyrénées peinent à aboutir comme les liaisons Toulouse-Rodez, Toulouse-Auch, ou la déviation d’Ax-les-Thermes… Il faut un véritable plan stratégique où sera pris en compte les grandes liaisons interrégionales routières et le portage du projet LGV (Ligne à grande vitesse). De même, il est nécessaire de lutter contre les offres anormalement basses émanant de nos propres entreprises, voire de l’étranger, et qui cassent les prix. Elles doivent être détectées et aboutir à un rejet de la part des collectivités car cela entraîne des chantiers mal réalisés et d’une qualité douteuse. En parallèle, nous avons mis en place un observatoire de la qualité de service des infrastructures (Orquasi) pour effectuer un inventaire global du patrimoine et de son état. Ceci participerait à la discussion des donneurs d’ordre (les collectivités) et des professionnels pour l’entretien des infrastructures et à la diffusion de bonnes pratiques. D’ailleurs, nous souhaiterions que les collectivités en question signent une charte d’engagement pour l’investissement local. Pour finir, à défaut des dotations de l’Etat, nous demandons la mobilisation des fonds européens, notamment pour le financement des infrastructures et pour la politique de l’eau.

 

Quelle a été la réaction des candidats Delga et Reynié à qui vous avez confié vos propositions ?

Nous leur avons communiqué mais nous n’avons pas encore de retour. En revanche, il m’a semblé percevoir une vraie sensibilité de leur part, à la fois aux problèmes rencontrés par notre profession, au rôle économique que nous jouons, mais aussi à la compétitivité des territoires. Ils en étaient soucieux et bien au fait des enjeux à porter.

 

 

Phrase exergue : « Nous sombrons, dans une certaine forme d’indifférence. »

 

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