Pourquoi la rue d’Alsace-Lorraine n’est-elle pas vraiment toulousaine ?

De la brique jaune, des immeubles presque haussmanniens et de larges voies. Il flotte rue d’Alsace-Lorraine un petit air parisien, tout droit venu du Second Empire…

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Les enquêtes publiques n’ont jamais servi à grand-chose. Déjà, en 1865, si l’on avait tenu compte de l’avis des Toulousains, très majoritairement défavorables au projet, la rue d’Alsace-Lorraine, tout comme celle de Metz, n’auraient jamais vu le jour. « C’est l’époque du Second Empire durant laquelle la Ville rose sort de la ruralité, s’embellit et se modernise », décrit Rémy Pech, professeur d’histoire émérite et ancien président de l’université de Toulouse II-Le Mirail. Une modernisation à marche forcée qui n’a pas fait dans le détail. Sur les conseils impériaux et sur le modèle des travaux effectués à Paris par le préfet Haussmann, le maire toulousain Jean Patras de Campaigno a décidé ainsi de percer deux larges axes de circulation, perpendiculaires et rectilignes, en lieu et place de nombreuses habitations.

On les a désignées sous les noms de rue Longitudinale (rue d’Alsace-Lorraine) et rue Transversale (rue de Metz). Des voies qui aboutissaient chacune sur des marchés extérieurs ou des portes de la ville et se raccordaient à des routes importantes, comme celle de Paris — la nationale 20 — ou de grands équipements, comme la gare Matabiau : « Tout a été pensé pour mieux faire arriver la marchandise et la diffuser. Dans cette deuxième moitié du XIXe siècle, le capitalisme industriel a pris le pas sur celui des manufactures. Et il n’est pas question pour les compagnies d’assurance et les banques de s’installer dans les ostals de la rue Saint-Rome », poursuit Jean-Henri Fabre, enseignant honoraire à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse.

Du gaz à tous les étages

En 1868 et 1869, sont acquis les terrains de la rue Longitudinale. Les chaussées, d’une largeur de 15 mètres, sont terminées en 1873, tandis que les premiers bâtiments sont élevés dès 1871. Ceux-ci sont tous à la même hauteur de 17,50 mètres. « On essaie de se dégager de la tradition toulousaine et d’imiter Paris. Les balcons sont moulés en fonte, la brique est jaune. Et à l’intérieur des immeubles, on s’éclaire au gaz », indique Rémy Pech, dont le prochain ouvrage, “Histoire de Toulouse et de la métropole”, à paraître aux éditions Privat et écrit avec l’historien Jean-Marc Olivier, évoque cette période charnière de Toulouse.

« De vastes magasins étaient prévus dans tous les rez-de-chaussée, qui eurent pour effet d’attirer là des commerces de luxe et la clientèle élégante », relate Pierre Salies dans son ‘’Dictionnaire des rues de Toulouse’’. Restait encore à trouver un nom définitif à cette rue de la taille d’une avenue… Et ce sera celui du souvenir récent de la défaite de 1871 et de l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’empire allemand.

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