Des vers de terre dans nos déchets

FILTRE. La lombri-station est une station d’épuration utilisant les vers de terre pour purifier les eaux usées et composter les déchets. Mis en place dans l’Hérault depuis 2004, le concept s’attelle à dépasser les préjugés pour démontrer ses avantages environnementaux. – Gaël Cérez

lombri station
© DR

Les vers se nourrissent des déchets dans la terre. Pourraient-ils en faire de même dans nos stations d’épuration ? À Combaillaux, dans l’Hérault, on croit que oui. Opérationnelle depuis 2004, une lombri-station y utilise des milliers de lombriciens pour éliminer les rejets des habitants de la commune.

Les eaux usées y sont déversées dans une cuve emplie de terre contenant près de 25.000 vers par mètre carré. « Ce lombrifiltre épure l’eau en un quart d’heure. À la sortie, pas de boue, mais des crottes de vers et de l’eau quasi potable qui peut être réutilisée dans les secteurs des loisirs, de l’agriculture et de l’industrie, ou qui est rejetée dans la nature », assure la commune. Plutôt que d’être stockés dans des décharges, les déchets solides sont quant à eux traités par lombricompostage et transformés en compost. « La lombri-station valorise les déchets et ne produit pas de boue d’épuration », souligne Michel Ducos, président de Terréo, entreprise gersoise à l’origine du concept. « C’est un avantage car on ne sait pas quoi faire de ces boues. Jusqu’à présent, elles étaient épandues sur les champs pour les fertiliser, mais les agriculteurs sont de plus en plus réticents car elles contiennent des métaux lourds. »

Pas de boue, pas d’odeur, pas de produit chimique. La lombri-station a tout pour plaire. Elle a d’ailleurs été lauréate du Prix européen de l’innovation en 2010 et été sélectionnée en 2017 par la Fondation pour la nature et l’homme, à l’occasion des 2e trophées Mon impact positif. Même son prix est attractif : environ 500.000 € pour un équipement comme celui de Combaillaux, soit 20 % moins cher qu’une station d’épuration classique. Pourtant, les communes renâclent à le mettre en place, malgré le soutien de la Région et de l’agence de l’environnement Ademe. « Nous n’avons pas les moyens des grands groupes comme Véolia ou la Saur qui nous font face pour convaincre les collectivités », regrette Michel Ducos. L’entrepreneur ne perd pas espoir : une station de lombricompostage pourrait en effet voir le jour à Langon en Gironde l’année prochaine.

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