Une étude de chercheurs toulousains alerte sur les risques du bisphénol S

Une étude réalisée, entre autres, par des chercheurs de l’École nationale vétérinaire de Toulouse, montrent que l’utilisation du bisphénol S, en remplacement du très décrié bisphénol A, comporterait des risques sanitaires. L’Association santé environnement France réagit.

Bisphenol S

Le bisphénol S (BPS) serait-il aussi dangereux que le bisphénol A (BPA) ? Alors qu’il a remplacé ce dernier dans la majorité des cas – on le retrouve donc dans des biberons, des conserves alimentaires ou des tickets de caisse – Il n’est pas considéré comme une molécule préoccupante par l’Agence européenne des produits chimiques, contrairement au BPA, interdit depuis 2013.

« Ce n’est que le début des découvertes sur les substituts bisphénolés »

Les chercheurs de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, avec ceux du laboratoire Toxalim et des universités de Montréal et de Londres, démontrent pourtant que l’utilisation du bisphénol S « conduit à augmenter l’exposition à une substance hormonalement active », et qu’il « persiste plus longtemps dans l’organisme et à des concentrations beaucoup plus élevées que le bisphénol A ». Leur étude, publiée dans la revue “Environnemental Health Perspectives“, vient en confirmer d’autres sur les dangers que présente cette molécule. « Ce n’est que le début des découvertes sur les substituts bisphénolés, qui ont été peu observés jusqu’à présent », constate Pierre Souvet, cardiologue, président de l’Association santé environnement France (Asef), qui a notamment pour objectif d’informer sur l’impact des polluants. Ce dernier rappelle que l’Agence de sécurité alimentaire (Anses) considère qu’il n’est à ce jour « pas possible de conduire une évaluation des risques sanitaires liés à une utilisation de ces composés dans des produits de consommation, ce qui doit inciter à la plus grande prudence en matière de substitution ».

Un recours contre l’État ?

La guerre semble bel et bien déclarée contre le bisphénol S. « On aura des difficultés à le faire interdire au niveau mondial tant qu’il n’y aura pas eu suffisamment d’études prouvant sa dangerosité sur le cerveau, la fertilité, les risques de diabète ou de cancers… Comme ce fut le cas pour le bisphénol A. Cela prendra des années. » En attendant, Pierre Souvet appelle de ses vœux un strict contrôle des produits concernés et sa publication par des organismes indépendants : « Les entreprises ont tout à y gagner en termes de transparence. »

Il n’exclut pas la possibilité de porter le dossier devant les tribunaux. S’appuyant notamment sur le recours pour « inaction climatique » déposé contre l’État par quatre ONG de protection de l’environnement à l’origine de la pétition “L’affaire du siècle”. Et sur la reconnaissance par la justice, le 25 juin dernier, de la carence de l’Etat dans sa lutte contre la pollution de l’air, suite à la plainte d’une mère et sa fille vivant à proximité du périphérique parisien. Une décision qui pourrait faire jurisprudence. « Cela signifie que, même si nous ne parvenions pas à établir de lien de cause à effet entre les cancers et le bisphénol S, les autorités publiques pourraient être condamnées pour ne pas avoir fait respecter la législation sur l’étiquetage des produits concernés », explique le cardiologue. L’Asef ayant constaté plusieurs manquements en la matière. Une procédure qui pourrait être portée, selon Pierre Souvet, par les associations de consommateurs.

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