Tour Occitanie : peut-on faire un gratte-ciel écologique ?

Green building. Alors que le projet de gratte-ciel dans le quartier Matabiau est en passe de devenir la nouvelle controverse du moment dans la Ville rose, les promoteurs assurent sa défense en mettant en avant son caractère écologique. Réelle prise en compte de l’environnement ou opération de greenwashing comme le dénoncent les opposants ? Le JT fait le point. – Grégoire Souchay

tour occitanie
© Luxigon

La réunion avait pourtant bien commencé. Mais la présentation, le 13 mars dernier, du projet Toulouse-Euro-Sud-Ouest (TESO) a été l’occasion pour de nombreux détracteurs de dénoncer l’ambition du maire de Toulouse, Jean Luc Moudenc. Dans la ligne de mire des opposants : la Tour Occitanie, haute de 50 mètres, prévue pour être érigée à côté de la gare Matabiau afin d’accueillir dès 2022 un véritable quartier vertical : 80 appartements, un hôtel Hilton, 11 000 m² de bureaux, une zone commerciale, un restaurant panoramique et des locaux pour la SNCF. Ce projet privé, porté par la Métropole au travers de la société semi-publique Europolia, est présenté comme particulièrement vertueux en matière environnementale. « Nous devons accepter la densification des villes si l’on veut éviter l’étalement dans les campagnes », insiste Francis Cardete, du cabinet d’architecte Kardham, qui participe à son élaboration. La tour, elle-même, est selon lui « pensée pour fonctionner 24h/24 en s’adaptant aux différents usages » avec également « une double peau en verre sur sa façade, lui permettant de gérer les variations de températures ».

« On ne sait pas aujourd’hui faire des tours à énergie positive de plus de 50 mètres de haut »

Pour les Toulousains, le symbole le plus visible sera la spirale verdoyante courant autour de la façade. Une tentative pionnière, « qui peut permettre de faire avancer la recherche », soutient Étienne Guitard, membre de l’association des professionnels de l’urbanisme de Midi-Pyrénées. Peut-on faire pousser des arbres sur la façade d’un immeuble ? « Dans ce type de construction, il ne s’agit pas en soi d’un mur végétalisé mais plutôt de jardins suspendus à très grande hauteur, qui nécessitent des compétences particulières et un entretien fortement coûteux. » D’où l’installation d’une grue rétractable au sommet de la tour. Plus que d’une forêt haut-perchée, il s‘agirait bien « d’arbustes allant de 4 à 6 mètres de haut, adaptés au climat local et arrosés par un système de goutte-à-goutte », selon Francis Cardete. Reste que pour l’heure, il est difficile d’avoir un retour d’expérience, le seul modèle du genre, la tour Bosco verticale, à Milan n’a été achevée qu’il y a trois ans.

Or, « on ne sait pas aujourd’hui faire des tours à énergie positive de plus de 50 mètres de haut », soutient Richard Mebaoudj, riverain et président du collectif Non au gratte-ciel de Toulouse qui dénonce « une forme architecturale dépassée qui consomme un quart de plus d’énergie que des immeubles plus petits, pour une surface égale. » Bâtir plus haut implique en effet des fondations et des matériaux plus résistants. Surtout, les opposants dénoncent le timing, avec un démarrage de la construction dès 2019, alors que de nouvelles normes plus contraignantes entrent en vigueur un an plus tard, en 2020. À ces interrogations, l’architecte Francis Cardete répond : « Le projet est prévu avec des consommations d’énergies inférieures de 20% par rapport aux normes actuelles ». Mais la question est aussi plus politique, puisqu’en retardant d’un an le projet, celui-ci pourrait être discuté lors des élections municipales du printemps 2020. « Le printemps architectural toulousain » promis par le maire pourra-t-il attendre le verdict des urnes ?

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