[Séance de rattrapage] L’aéroport a du plomb dans l’aile

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PRIVATISATION. L’Etat a vendu ses parts de l’aéroport Toulouse-Blagnac au consortium chinois Symbiose. Une transaction à rebondissements dont les contours ne semblent pas encore très clairs. Retour sur une opération opaque.

Les caisses de l’Etat sont vides. Pour juguler les dépenses, le gouvernement annonce en janvier 2014, le lancement d’un appel d’offre international pour la vente de ses parts dans le capital de l’aéroport Toulouse-Blagnac. Les élus locaux se disent inquiets quant à la gestion de l’établissement d’abord mais aussi quant au foncier. De nombreuses sociétés aéronautiques occupent 100 hectares des terrains détenus par l’aéroport dont Airbus qui dispose d’une concession jusqu’en 2019. « On dirait que cet aspect a été totalement oublié », clamait alors Jean-Louis Chauzy, président du Ceser. Certains avancent même que l’avionneur aurait déjà négocié avec un candidat chinois pour exporter ses activités. Car six regroupements d’entreprises et de fonds financiers se disent intéressés par cette reprise. Mais Mediapart révèle que l’affaire se serait réglée en marge de la réunion de l’Agence des participations de l’Etat, censée faire le choix définitif, au profit du consortium Symbiose réunissant le groupe canadien SNC Lavalin, radié de la Banque mondiale et d’un groupe chinois basé dans un paradis fiscal. Effectivement, le consortium sera retenu pour 308 millions d’euros. Toutefois, comme l’avaient demandé les actionnaires locaux (Conseil régional, Conseil départemental, CCI et Toulouse Métropole), l’Etat garde 10% des parts ce qui assure une majorité d’actionnariat public. Mais en décembre 2014, un collectif d’opposants représentés par Maître C. Lèguevaques, dépose un recours (il sera rejeté) devant le Conseil d’Etat pour suspendre la privatisation en dénonçant notamment un pacte d’actionnariat secret dans lequel l’Etat s’engage a voté les délibérations du consortium ainsi qu’une préemption sur les fameux 10% d’ici 2018. Les élus s’interrogent, Didier Cujives, ancien conseiller régional, avouant même : «Il faut admettre qu’on a été endormi, moi y compris ! » Soutenu alors par de nombreux élus, Maître Lèguevaques dépose un recours au Conseil constitutionnel car « loin d’être une privatisation, il s’agit d’une nationalisation au profit d’un autre pays. » Les élus perçoivent alors l’urgence et, début 2015, le Conseil municipal vote contre la privatisation, le Conseil départemental vote une sorte de motion de défiance et le Conseil régional aborde la question lors de son Assemblée plénière. C’est après les élections départementales que Georges Méric, fraîchement élu à la présidence de la Haute-Garonne, en partenariat avec la société de financement participatif Wiseed, propose aux collectivités actionnaires le rachat des 10% restant à l’Etat. Mais Anne-Marie Idrac, présidente du Conseil de surveillance de l’aéroport le rappelle : « L’Etat n’est pas vendeur. » La situation est pour l’instant bloquée, d’autant que l’Etat doit faire face à un nouvel écueil : Mike Poon, le PDG de Symbiose est introuvable…

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