[Dossier] Ils amènent la politique dans la rue

AGORA – Les Français ne s’intéressent plus à la politique ? Les taux record d’abstention aux dernières élections régionales, européennes et législatives, poussent à le croire. Alors que les présidentielles approchent, des initiatives sont mises en place à Toulouse pour réveiller le débat. Au-delà du scrutin, elles suscitent l’intérêt des citoyens pour la politique dans la rue.

// Par Célia Coudret

Un samedi en fin d’après-midi, en plein centre de Toulouse, avec sa cohue de citadins venue se balader en ville. « Et vous, que proposeriez-vous si vous étiez président ? » C’est par cette question que les bénévoles du VoxeTour attirent l’attention des passants. Le VoxeTour, c’est un Tour de France à la rencontre des jeunes, à l’approche des élections. Un projet porté par la start-up sociale Voxe.org, partie du constat que 48% d’entre eux ne comptaient pas voter, selon un sondage IFOP pour l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes en juin 2016. Au centre commercial Saint-Georges, ils investissent l’espace. Avec des cordes, ils accrochent les propositions récoltées. Une bande de jeunes observe, étonnée, cette installation. Des bénévoles les rejoignent et les échanges commencent. « J’interdirai les sondages d’intention de vote », lance Loïc, 27 ans.

politique dans la rue
®franckalix/JT

Proposer plutôt que dénoncer

Tandis que les débats s’improvisent entre deux magasins, les équipes du VoxeTour tendent une affichette aux participants pour qu’ils y inscrivent leurs suggestions. La plupart des passants sont d’abord réticents à parler politique dans la rue : « Ils répondent que de toute façon, ça ne changera rien. Au fil des discussions, ils veulent finalement donner leur idée », raconte Salomé, coordinatrice du VoxeTour. Les propositions pleuvent alors : « Je comptabiliserai le vote blanc », « J’égaliserai les salaires femmes-hommes au travail », « J’élargirai les numerus clausus ». « J’augmenterai le salaire minimum », inscrit Émilie, 20 ans, accompagnée par Chloé qui a sa propre idée : « J’interdirai la corrida ». « Dénoncer, c’est ce qu’on fait tout le temps. On est des révolutionnaires de canapé. Proposer, c’est déjà aller de l’avant. Notre démarche est plus constructive, et plus mobilisatrice », ajoute David, un des bénévoles.

Faire descendre la politique dans la rue

Favoriser le débat, l’Université populaire de Toulouse en a fait sa mission. Le revenu universel, proposé par Benoit Hamon a notamment été discuté lors d’une conférence à la Bourse du travail. Une autre soirée-débat sur le FN est d’ailleurs prévue pour l’entre-deux tours, le 26 avril, au Bijou.

« Faire réaliser à des gens peu politisés qu’ils peuvent agir face à ce qu’ils vivent, être acteur dans la société, c’est le vrai défi », confie Stéphane Gautier, un des organisateurs du festival Le vent se lève. À l’ancienne usine Job, du 18 au 21 mai, il crée un espace de débats avec du théâtre-conférence et des ateliers ouverts à tous. Des relations au travail aux questions de genre, les festivaliers partagent leurs expériences « Cela permet de ne plus se sentir isolé, prendre conscience que la situation de chacun est aussi une affaire de politique », développe Stéphane Gautier.

Pour Benoît Hau, un des initiateurs du festival Débattons dans les rues, organisé du 10 au 23 avril, investir l’espace public, « c’est aller à la rencontre de gens d’horizons plus divers qu’à la Chapelle ou Chez ta mère,des lieux associatifsdéjà connotés… il faut sortir de l’entre-soi. » 

Valoriser la prise de parole

Les bénévoles du VoxeTour diffusent également les propositions sur les réseaux sociaux. Une manière de valoriser l’opinion donnée, et un argument de plus pour inciter à la prise de parole.

La coopérative Vent Debout va plus loin, avec ses conférences gesticulées. Le concept : mettre en scène son vécu en le problématisant. « Lorsqu’une travailleuse de la Caf monte sur les planches et explique comment on y culpabilise les pauvres, cela a autant de valeur qu’unethèse de sociologie. Le fait qu’une personne qui ne soit ni chercheuse ni politique, fasse un exposé sur scène sur un sujet profondément politique, cela montre que c’est à la portée de tous », explique Pablo Seban, cofondateur de Vent Debout, qui joue sa propre conférence “Mes identités nationales”. « Aborder des thèmes comme l’assistanat ou l’islamophobie, en dévoilant ses contradictions, cela crée de l’empathie. On est plus à l’écoute. C’est un outil de politisation puissant. » Pour que la réflexion continue, des ateliers par petits groupes de parole suivent la conférence.

Si la perte de confiance dans leurs représentants est palpable, ces expériences de débats montrent plutôt un vif intérêt des citoyens pour la politique. David, bénévole du VoxeTour, en est convaincu : « Les gens rejettent la politique politicienne, et du coup, ne font plus de politique du tout. De nombreuses personnes, très sceptiques au premier abord, se révèlent en fait très politisées, regorgeant d’idées. Par ce type d’évènements, on les pousse à se rendre compte qu’ils peuvent faire changer les choses, et que cela commence par le débat public. »

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