Le personnel des crèches tire la sonnette d’alarme

PITCHOUNES. Plus de 250 membres du personnel du service petite enfance de la ville de Toulouse ont manifesté le 15 février, place du Capitole. Ils dénoncent des effectifs insuffisants et un démantèlement de ce service public. Le JT fait le point sur ce sujet qui va bien plus loin qu’une simple journée de grève. – Maylis Jean-Préau

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« Nous ressentons une frustration éthique ! Nous ne pouvons pas mettre en place de projets et nous sommes physiquement épuisés », lance Lydie, auxiliaire de puériculture et représentante CGT. Elle dénonce le « non-remplacement des agents absents, en raison d’un pool de remplaçants insuffisants. Nous savons qu’il y a des contraintes budgétaires, mais on a le sentiment d’assister au détricotage du service public de la petite enfance ». Ce manque de personnel a des répercussions sur l’organisation des crèches. Pour respecter le taux d’encadrement, le nombre d’enfants accueillis de façon occasionnelle devient une variable d’ajustement. « Quand un salarié est malade, on se contente de faire garderie. Les directrices viennent dans les groupes pour nous aider. Parfois, elles se retrouvent à faire le ménage ! », poursuit Agnès, 20 ans de service dans une crèche municipale. Le personnel réclame des embauches et une revalorisation des rémunérations, notamment pour les contractuels qui ne bénéficient pas des mêmes primes que les titulaires. « Nous avons engagé un dialogue constructif avec les syndicats pour une refonte de ce pool, dont le fonctionnement n’est pas optimum », reconnaît de son côté Laurence Katzenmayer, adjointe au maire en charge de la petite enfance.

« La petite enfance au cœur d’un projet de territoire »

La mobilisation du 15 février, très largement suivie puisque 19 multiaccueils sur 22 ont fermé leurs portes ce jour-là, porte des revendications plus globales. Les syndicats Sud et CGT dénoncent également le non-remplacement des départs à la retraite des assistantes maternelles à domicile dépendant de la mairie. « 90% des parents veulent un mode de garde collectif. Les assistantes maternelles n’ont donc pas assez d’enfants à leur charge. Nous préférons qu’elles soient moins nombreuses, mais qu’elles puissent toutes travailler », explique Laurence Katzenmayer. Ce mode de garde est aussi celui qui coûte le plus cher à la municipalité.

Toulouse doit désormais relever un double défi pour la petite enfance : maintenir un service de qualité tout en augmentant la capacité d’accueil. 20 petits Toulousains naissent chaque jour et la crèche reste le mode de garde préféré des parents. « D’ici fin 2018, 900 nouvelles places, sur les 1 000 financées par la mairie depuis 2014, devraient ouvrir (crèches municipales, associatives et privées) », précise l’élue. Mais quelles seront les conditions de travail du personnel et d’accueil des enfants ? En dehors de l’augmentation des moyens matériels et humains, plusieurs pistes se dessinent : revaloriser les métiers de la petite enfance comme dans les pays nordiques, alors qu’ils manquent de reconnaissance en France ; donner une autre dimension au secteur « en le mettant au cœur d’un projet de territoire », comme l’explique Jérôme Bonnemaison, ancien directeur de la petite enfance à la mairie de Toulouse, dans son livre “La petite enfance dans la cour des grands”; mais aussi repenser le système de financement des crèches, assuré aujourd’hui par les municipalités et par la Caisse nationale des allocations familiales. À Toulouse, les syndicats sont formels, si rien n’avance, la grève sera reconduite début mars.

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