Pascal Delmas écrit à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

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Ancien Technicien supérieur de Laboratoire à Sanofi Recherche et ancien délégué syndical CFDT, Pascal Delmas a quitté Sanofi et la CFDT pour suivre une reconversion professionnelle. Avec cette expérience de 30 ans, il entend porter un regard critique sur la loi Travail et ses conséquences. Il attire l’attention sur cette perte des valeurs syndicales sous couvert de “réformisme”.

 

Monsieur le secrétaire général de la CFDT,

 

La CFDT et les syndicats favorables au projet de la loi Travail, ont décidé de scier la branche et ses accords. Fini, le socle commun, le minimum syndical, l’accord de base, parfois par défaut ou l’accord solidaire pour une profession quand ils sont dits “étendus”. Beaucoup n’y ont vu qu’une “inversion de la hiérarchie des normes”, mais il faut pousser plus loin le raisonnement.

Vous acceptez le constat d’un trop grand nombre de branches professionnelles, de la nécessité de les regrouper pour n’en laisser qu’une centaine. Mais c’est leur disparition qui est programmée. La seule obligation de négociation pour les branches concerne les négociations dites obligatoires et sans obligation de résultat, avec par exemple les dernières négociations sur les complémentaires “santé et prévoyance”. Autre paradoxe, qu’est ce qui pousse une entreprise à adhérer à la branche ? Rien, car elle peut déjà négocier ces propres accords. Alors demain, pourquoi face à une totale liberté de négocier, à ce libéralisme et à cette place prépondérante faite à l’individualisme, faudrait-il poursuivre des négociations de branche? Oui, pourquoi demain le patronat viendrait-il perdre du temps sur des accords qu’il n’aurait pas à suivre? C’est une belle économie de temps et le temps c’est de l’argent. C’est gros comme un immeuble du Medef et vous ne réagissez pas ! Donc :

  • Soit c’est l’incapacité à maintenir une négociation de branche à hauteur des enjeux auxquels elle devait répondre. Car ces accords aujourd’hui sont en panne de toute force de proposition ou de progrès social pour les branches professionnelles, personne n’y met de l’entrain.
  • Soit c’est de l’égoïsme parce que les accords de branche sont des freins pour les grosses entreprises qui, dans un contexte de restructuration permanente et d’enrichissement par l’actionnariat, souhaitent des accords privilégiant leur paix sociale.
  • Soit les entreprises souhaitent se livrer une nouvelle bataille économique sur le dos des salariés en se permettant de ne plus respecter les accords de branche dans une finalité économique et financière (sacro-sainte compétitivité), en libéralisant le temps de travail et la rémunération du travail.

 

« Trouver une autre référence pour demain créer du lien au sein des professions »

 

Le syndicaliste est bien déprimé et bien mal en point pour désormais ne plus être conscient de ces engagements et des valeurs dont il est porteur. Abandonner l’accord de branche pour l’accord d’entreprise c’est bien la démarche inverse de la promotion d’une fédération syndicale. C’est surtout abandonner l’idée d’une négociation solidaire pour les salariés d’entreprises concurrentes permettant de verrouiller la course à la compétitivité. C’est bien fini la promotion de la concurrence économique basée sur la “qualité de la prestation”, la “RSE” responsabilité sociétale des entreprises, le bien-être des salariés (Oups des gros mots !). La branche est sciée, chacun va rester chez soi ! La liberté d’action et de négociation est incompatible avec la solidarité professionnelle. Les syndicats sans tronc commun devront trouver une autre référence pour demain créer du lien au sein des professions.

Rappelons juste que le taux de syndicalisation des salariés en France est très bas (moins de 8%) et avec les départs en retraite, il ne fait que reculer. Pas sûr que du côté du patronat les chiffres reculent avec la loi travail, histoire de s’informer sur le moins-disant social obtenu par l’un ou l’autre.

Enfin tout cela pour vous demander si dans ce contexte, avec ces mesures, vous croyez toujours à l’autonomie du syndicat, au syndicalisme d’adhérents ?

 

 

 

 

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