[Long Format] L’atelier de restauration de Toulouse, la clinique du patrimoine 

PIERRES – On leur doit la conservation des fontaines toulousaines, mais aussi la sauvegarde des statues et bas-reliefs ornant la ville et les musées. Depuis 40 ans, à l’abri des regards, les petites mains de l’atelier de restauration de Toulouse s’affairent pour que notre patrimoine garde une santé de fer.

// Par Maylis Jean-Préau

L'atelier de restauration de Toulouse
Franck Alix / JT

L’atelier de restauration de Toulouse, une adresse gardée secrète.

Rive gauche, des hangars passant presque inaperçus cachent un atelier très particulier. Des silhouettes dissimulées sous des draps accueillent d’emblée celui qui pousse la porte de l’atelier principal, un vaste espace meublé d’établis bien outillés sur lesquels plonge une immense loupe binoculaire. Dans cet univers de marbre et de moulages, Sophie Reynard-Dubis est dans son élément. Ici, la responsable de l’atelier de restauration de Toulouse et son équipe de huit personnes veillent sur nos petits et grands trésors. « L’atelier a été créé par la mairie de Toulouse au début des années 1970 », raconte-t-elle. « Le musée des Augustins voulait refaire la présentation des salles gothiques, alors une petite équipe a été créée autour du sculpteur Jean-Louis Laffont ». Les travaux finis, la ville décide de garder ce précieux outil. « C’est rare pour une municipalité d’avoir son propre atelier de restauration, c’est une démarche différente, une vraie volonté de préserver le patrimoine », explique avec fierté Sophie Reynard-Dubis, tout en découvrant une pierre tombale ancienne venue se refaire une santé aux ateliers. Dans la pièce, d’autres patients attendent leur tour. Comme ces beaux chapiteaux romans trouvés lors des fouilles de Saint-Sernin et dont l’équipe moulage dirigée par Stéphane réalise des répliques. Ou encore ce bronze d’un Mercure très ancien du Jardin des Plantes dont une réplique va être coulée. « La conservation préventive est l’une de nos principales missions », précise Sophie-Reynard Dubis. « Depuis des années, le moulage a permis de mettre à l’abri de nombreuses statues originales abîmées par l’érosion naturelle ou le vandalisme, et de les remplacer par des répliques ».

Derrière une autre porte, des silhouettes à nouveau, couchées sous des draps comme des gisants.

Des senteurs de taillis s’échappent de l’atelier bois où Isabelle et Fabienne sont en pleine anoxie : « Nous plaçons une statue de Vierge à l’Enfant de l’église Notre-Dame du Taur dans une poche spécifique munie d’absorbeurs d’oxygène. La privation d’oxygène pendant trois semaines à 20°C va permettre d’éliminer les insectes xylophages », éclaire Isabelle, restauratrice de sculptures. Fabienne se tourne ensuite vers le cadre d’un grand tableau du musée des Augustins. Une opération de lifting est en cours. « La dorure est abîmée », explique la doreuse. « Le dépôt de la feuille d’or nécessite de nombreux gestes techniques ». Et l’utilisation de drôles d’ingrédients comme la colle en peau de lapin ! Les infirmières de choc vont aussi devoir apporter des soins à une sculpture cassée d’une exposition des Abattoirs, ou encore trouver les bons remèdes pour remettre sur pieds les six apôtres de la basilique Saint-Sernin. « C’est un travail difficile », explique Isabelle. « Les apôtres ont subi une restauration drastique il y a 50 ans, qui a fait disparaître à tout jamais leur polychromie d’origine ». Or, les conservateurs-restaurateurs ne peuvent rien faire sans respecter le code de déontologie de la profession. Avant chaque intervention, ils doivent réaliser un diagnostic, présenter un constat d’état et une proposition de traitement au conservateur responsable de l’œuvre, avec, pour certains sujets précieux, l’accord d’une commission scientifique de conservateurs. Un travail de longue haleine. Isabelle a ainsi consacré deux années à la restauration d’une Vierge de piété des Augustins.

Une autre porte, un troisième atelier, cette fois dévolu à la sculpture monumentale.

Là, Eugeniusz rentre tout juste du cimetière de Salonique. Avec une partie de l’équipe, il est allé monter un échafaudage sur le Monument aux morts de Philippeville. « C’est notre prochaine campagne de restauration ! Le monument va être traité sur place », explique-t-il tout en ouvrant la porte d’une cabine de micro-sablage. « Lorsque c’est possible, nous effectuons le nettoyage des statues ici, par microgommage à l’aide de poudres très fines ; ces cabines ventilées nous évitent d’inhaler les poussières nocives ». En 15 ans d’atelier, Eugeniusz a pris l’habitude d’intervenir aux quatre coins de la ville, sur des sculptures, des statues d’espaces verts ou encore des portails d’église sculptés comme pour la porte Miégeville de Saint-Sernin. Parfois même en urgence ! Le patrimoine peut dormir tranquille, l’atelier veille.

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