L’été en série : folles vacances

Chaque semaine, cet été, nous nous glissons dans vos valises. Une histoire vraie de surprenantes vacances. La première nous est racontée par Justin Wilkes. Cet Anglais garde un souvenir troublé de son séjour dans le Bordelais.

©Sié/JT
©Sié/JT

 

Été 2005, on traverse la France en voiture : Calais puis Blois et l’Ile d’Oléron avant d’arriver à Bordeaux, dans un hôtel de charme près du centre.

Une fois nos valises posées, on se balade dans les rues de la ville. Il se met à pleuvoir et on s’arrête pour mettre nos manteaux. Deux jeunes passent. Ils se retournent et nous regardent. Conscients d’avoir l’air de touristes, on rejoint vite la rue commerçante, juste à côté, pour essayer de se fondre dans la foule. Mais ils nous suivent.

Ils commencent à nous crier après. Alors on entre dans le magasin le plus proche, une petite boutique de chaussures. Au bout de cinq minutes, ils sont toujours devant la vitrine et l’un des deux téléphone, il regarde le nom du magasin et de la rue. Convaincu qu’il appelle des amis pour qu’ils viennent les rejoindre, j’explique la situation à la vendeuse et lui demande d’appeler la police.

Presque aussitôt, deux voitures banalisées s’arrêtent devant le magasin avec force, crissements de pneus, genre Starsky et Hutch, puis deux camionnettes de policiers en uniforme en font de même. Quatre membres de la Brigade anti-criminelle entrent dans le magasin. Ils sont tous armés – je me dis que c’est du sérieux. Ils font entrer avec eux l’un des hommes qui nous avaient suivis.

Je remercie le chef des policiers d’être venu si vite. Ce à quoi il répond : « C’est pas vous qui nous avez appelés, c’est lui ! » avec un geste vers le jeune…

On nous demande de nous asseoir, moi et ma femme, alors que les autres amènent notre suiveur de l’autre côté du magasin. Des policiers en uniforme montent la garde devant le magasin où une petite foule s’est formée.

Les policiers : « Depuis combien de temps êtes-vous en France ?… Où est votre voiture ?… Qui est cette dame ? (ma femme)… Quand est-ce que vous vous êtes mariés ?… Connaissez-vous cet homme ? L’avez-vous déjà vu ?… »

J’explique qui nous sommes, d’où nous venons et pourquoi il est absolument impossible que je puisse connaître le monsieur qui nous a suivis.

Le policier nous dit qu’on va éclaircir tout ça au commissariat et on sort tous du magasin. Il nous dit de monter à l’arrière de la voiture de Starsky ; les autres montent dans celle de Hutch. La situation est tellement surréaliste que je pense qu’il vaut mieux demander une preuve d’identité. Le policier ouvre le coffre et me montre sa collection d’armes… Alors on monte.

Au commissariat, un officier de la BAC reste avec nous en attendant que « l’inspecteur chargé du dossier » arrive. Il nous dit quelque chose, l’air désespéré, puis il le redit encore et encore, toujours plus lentement et toujours plus fort, pour nous aider à comprendre – ce qui est exactement ce que font les Anglais quand ils parlent avec des étrangers… À ce moment-là, je me suis fait la réflexion que si je devais passer du temps dans une prison française, au moins j’en sortirais parlant Français et que la nourriture serait sûrement plutôt bonne.

L’inspecteur arrive enfin. Nous n’avions toujours pas la moindre idée de ce qui se passait. Enfin, on nous explique : le jeune homme, notre suiveur, était connu de leurs services en tant que drogué et prostitué. Il était venu les voir la semaine précédente pour dire qu’il avait rencontré un Anglais dans un pub et qu’ils étaient rentrés chez ce dernier, qui l’avait violé… Me voyant dans la rue, il a cru que c’était moi !

L’inspecteur a présenté ses excuses, expliquant qu’ils avaient été obligés de m’amener au poste compte tenu de la gravité des accusations. Il était maintenant évident que ce n’était pas moi. On pouvait partir.

On a dormi à l’hôtel cette nuit-là mais dès le lendemain matin, on a filé aussi vite et aussi loin que possible !

On revient toujours en France tous les ans, on va vers le Sud et on boit une bonne bouteille de Bordeaux avec plaisir. Je n’en veux à personne – j’étais juste au mauvais endroit au mauvais moment avec la mauvaise tête… mais jamais je n’arriverai à convaincre ma femme de retourner à Bordeaux et ça, c’est dommage !

 


 

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