[Le RDV de la rédac] Après la tempête, le beau temps ?

©Tran Dac Phat
©Tran Dac Phat

 

EMBELLIE. Les chiffres du chômage et de la croissance, sortis la semaine dernière, montrent une certaine reprise économique. Quelques jours après, le rapport sur l’état du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie en 2015, révèle un regain de tolérance en France. Des signaux positifs à prendre avec prudence et recul. Échange tout en nuance entre Pierre-Nicolas Bapt et Jean-Éric Florin.

Par Séverine Sarrat et Coralie Bombail

À peine arrivés, nos deux invités commencent à discuter à bâtons rompus sur leurs activités respectives et la conversation se dirige rapidement sur les chiffres du chômage qui révèlent la plus forte baisse enregistrée depuis 2012. Dans un même temps, la croissance à 0,5 se révèle légèrement plus élevée que prévu. Très vite, les détracteurs du gouvernement ont dénoncé une amélioration « en trompe-l’œil » due à une magouille de chiffres (radiations, changement de catégorie parmi les chômeurs…). Qu’en pensent nos convives ? « Ces chiffres ont l’air crédibles », selon Jean-Éric Florin. « Le Bureau international du travail confirme une baisse du chômage depuis 2015, je ne pense pas que le BIT soit hollandais », enchaine Pierre-Nicolas Bapt. Si l’optimisme est de mise, chacun a conscience que le combat n’est pas terminé : « Il faut se réjouir, certes, mais sans oublier que le nombre de personnes en catégorie B et C est un scandale. La bataille pour l’emploi reste un enjeu majeur », rappelle le directeur de Midi-Pyrénées Active, Jean-Éric Florin. « La situation reste fragile », confirme Pierre-Nicolas Bapt, qui pense néanmoins que ces indicateurs ont un effet bénéfique sur le moral du pays. « On a une propension à se taper sur la tête, le French Bashing est insupportable. Cette situation est notamment due aux médias, surtout aux chaines d’info continue qui répète sans cesse des informations négatives », poursuit le co-président du PRG 31. Pour Éric Florin, l’enthousiasme ne se mesure pas forcément avec des indicateurs macro-économiques : « Je suis plus sensible aux exemples de projets concrets qui voient le jour actuellement, il se dégage plus d’espoirs de cela que des chiffres de la croissance ». Reste à savoir si ce léger sursaut pourrait profiter à François Hollande pour 2017… « Si la baisse de chômage se poursuit au fil des mois, que ces résultats s’avèrent durables, il sera en bonne position et ces détracteurs ne pourront plus dire que les chiffres sont faussés », estime le militant PRG. La côte de popularité du président de la République est au plus bas, « mais il n’a pas dit son dernier mot », avertit Pierre-Nicolas Bapt, « aux primaires de la gauche il est parti à 2% et il a rattrapé tout le monde… »  Sur cette conclusion, nous passons au deuxième sujet à l’ordre du jour : l’augmentation de la rémunération du patron de Renault, Carlos Ghosn.

« Le Bureau international du travail confirme une baisse du chômage depuis 2015, je ne pense pas que le BIT soit hollandais »

En 2015, son salaire s’élève à 7,251 millions d’euros, soit une hausse de 0,49%. Les actionnaires ont refusé de voter la rémunération annuelle du PDG, mais le conseil d’administration est passé outre cet avis consultatif… L’affaire vire à la polémique. « Son salaire annuel correspond à 764 fois le SMIC, et en même temps on demande au pays de faire des efforts… », réagit Pierre-Nicolas Bapt. « C’est indécent à tous les niveaux », enchaine Jean-Éric Florin, visiblement choqué, « qu’est-ce qui peut justifier ce salaire ? », s’interroge-t-il. D’autant que « les bons résultats de Renault ne sont pas le fait d’un seul homme, mais tous les gens qui sont derrière », ajoute l’homme politique. « Est-ce que l’entreprise peut fonctionner sans le salarié qui visse les boulons ? » renchérit Jean-Éric Florin. Ce dernier compare la rémunération du dirigeant avec le salaire moyen de l’entreprise et constate « un écart de 161, dans les années 70 les syndicats et le Medef s’étaient mis d’accord pour dire qu’un écart maximum de 1 à 20 serait honnête ». Autre anomalie selon lui dans cette affaire, le rôle anecdotique des actionnaires : « On nous explique sans cesse que les actionnaires décident de tout, mais on voit ici qu’il n’en est rien ! C’est une contradiction incroyable, c’est l’illustration du népotisme du système capitaliste dans les grandes entreprises », s’emporte le directeur de MPA. Son contradicteur du jour « partage ce sentiment » et se demande par ailleurs : « Que va faire monsieur Ghosn de tout cet argent ? S’acheter une voiture par jour ? » À cela, un fidèle client du café, régulièrement assis à nos côtés lors du débat hebdomadaire, émet des propositions : « Il pourrait donner à des associations ou à la lutte contre le cancer par exemple ! » Jean-Eric Florin aurait également des idées à lui soumettre pour « investir dans des projets solidaires ». Une logique qui se résume à « faire du fric avec du fric, mais qui n’est pas réinvesti dans l’économie réelle », selon Pierre-Nicolas Bapt. Ce sujet éveille toutes les passions. Au niveau politique, la loi ne réglemente pas les rémunérations des grands dirigeants. « François Hollande n’a pas trouvé de majorité pour encadrer tout cela, la société française est schizophrène parfois… Mais une loi aurait pu donner du sens », estime Pierre-Nicolas Bapt.

« C’est l’illustration du népotisme du système capitaliste dans les grandes entreprises »

Après une double dose de café, nous lançons le dernier thème de ce débat : le rapport 2015 sur l’état du racisme, de l’antisémitisme et la xénophobie en France. Publié par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), ce rapport indique contre toutes attentes que les Français n’ont jamais été si tolérants et ouverts au multiculturalisme. Cela montre « que les extrêmes peuvent se durcir d’un côté alors que société française s’ouvre de l’autre », pour Pierre-Nicolas Bapt. Jean-Éric Florin y voit quant à lui une conséquence des attentats perpétrés sur le sol français l’an dernier : « L’horreur a déclenché la tolérance, on l’a vu particulièrement après Charlie avec les marches unitaires dans toutes les grandes villes de France dont Toulouse, pour dire non aux amalgames. » Le co-président du PRG nuance tout de même cette analyse : « Les attentats contre Charlie Hebdo auraient pu créer une fracture entre les croyants et les non-croyants, tandis que les attaques de novembre ont touché tout le monde indistinctement. » Les conclusions de CNCDH restent à nuancer selon nos invités : « On remarque tout de même que les actes islamophobes et antisémites augmentent », regrette Jean-Eric Florin, qui constate également « la montée du FN qui tient pourtant un discours de stigmatisation de l’étranger en général ». Sur ce dernier point, Pierre-Nicolas Bapt avance que « Marine Le Pen a réussi à faire passer l’idée que le Front national était un parti comme les autres… »

Si ce rapport reste une bonne nouvelle, il relève tout de même que certains préjugés ont encore la vie dure sur les religions juives et musulmanes. « Ce texte met surtout en lumière l’urgence du dialogue, il n’y a pas d’autre solution », affirme Jean-Eric Florin. Un vœu pieux ?

Mini bios

Pierre-Nicolas Bapt : Co-président du PRG 31 et secrétaire national du parti en charge du tourisme, Pierre-Nicolas Bapt a été élu 6 ans à Colomiers, avant de se présenter sur la liste de Pierre Cohen (PS) aux dernières élections municipales à Toulouse. Militant PRG depuis 10 ans, il a commencé son parcours politique à 18 ans dans les rangs de l’UNEF et du Parti socialiste.

Jean-Éric Florin : Directeur de Midi-Pyrénées Active depuis 2005, une structure qui a pour objectif de donner des moyens aux « entrepreneurs engagés » de réaliser leur projet, Jean-Eric Florin a toujours travaillé dans le secteur du développement économique. Après des études d’agriculture et de commerces, il a intégré la Mission agroalimentaire Pyrénées, puis a travaillé pour les cabinets Sémaphore et Sodie.

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