[Job d’été] Une saison d’éclusière

 

QUIÉTUDE. Chaque semaine, cet été, nous explorons le monde du travail. Dans la peau de ceux qui permettent aux autres de passer de bonnes vacances. Sabine est éclusière à Toulouse le temps d’une saison.

Par Séverine Sarrat

Casquette vissée sur la tête et lunettes de soleil sur le nez, Sabine est en tenue de travail : de juillet à octobre, elle s’occupe de l’entretien de six écluses à Toulouse. À 37 ans, elle a fait le choix de ne postuler que pour des postes saisonniers, de quelques mois : « Ainsi, je peux changer de boulot souvent, je ne connais pas la routine », explique-t-elle. Après avoir enchaîné des emplois dans la restauration, l’animation et la garde d’enfants, « c’est en descendant le Canal du Midi à vélo l’année dernière que m’est venue l’idée de candidater pour un poste d’éclusière », raconte Sabine.

Ce cadre agréable et paisible, au bord de l’eau l’a séduit, elle qui se destinait forcément à un emploi d’extérieur : « J’ai passé un Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA) pour m’installer, élever des ânes et produire des savons au lait d’ânesse. Mais faute d’associés, je n’ai pas pu concrétiser ce projet. » Cette volonté d’évoluer dans un milieu naturel, elle la retrouve aujourd’hui avec enthousiasme au bord du canal latéral, puisqu’elle est en charge des écluses de Bayard, des Minimes, du Béarnais, de Lalande, de Lacourtensourt et de Fenouillet. Sa mission : vérifier le bon fonctionnement des lourdes portes de métal et nettoyer leurs abords. « Les rivages sont entretenus par la mairie, les Voies navigables de France qui m’emploient n’étant responsables que des écluses », précise-t-elle.

« Lorsque j’arrive le matin, j’ai un peu l’impression d’être en vacances ! »

Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas elle qui fait passer les bateaux d’un côté à l’autre d’une écluse car aujourd’hui, tout est automatique. «Mon travail consiste à signaler les dysfonctionnements et à nettoyer la zone : m’assurer du niveau de l’eau, enlever les algues, ramasser les déchets, débroussailler les abords du canal, élaguer les contours des écluses… » Pour cela, elle dispose d’une voiture qui lui permet de se rendre d’une écluse à l’autre. « D’ailleurs, c’est le seul côté négatif que je pourrai trouver à ce travail. Je fais 120 kilomètres par jour. Je préfèrerais les faire à vélo, mais le transport du matériel d’entretien serait trop compliqué », avoue-t-elle.

Elle s’y résout et parcours quotidiennement le canal pour le débarrasser de ses impuretés. À l’aide d’un râteau ou d’une longue fourche, elle ramasse inlassablement de longues trainées d’algues qui pourraient venir troubler le fonctionnement des écluses. D’ailleurs, elle confie une certaine appréhension lorsqu’elle commence ce travail de nettoyage : « j’ai toujours peur de sortir de l’eau autre chose que des bouteilles en plastiques… Il m’est arrivé de tirer hors du canal des cadavres de ragondins… Mais tant qu’il ne s’agit que d’animaux ! » Car tous les éclusiers ont une crainte : repêcher un corps humain. « C’est arrivé à mes collègues lors de l’affaire de la femme qui avait été tuée, découpée et jetée dans le canal », raconte Sabine. Mais ce genre de faits, rarissimes, n’entament pas l’agréabilité du travail. Discuter avec les plaisanciers, informer les touristes et parfois même, quand les tournées des écluses sont terminées, s’allonger sur l’herbe, près du canal, pour savourer un moment de quiétude. « Je pense que je repostulerai pour cet emploi, car même si je travaille, lorsque j’arrive le matin, j’ai un peu l’impression d’être en vacances ! », lance-t-elle. Parfois même, « ça sent la mer ! »


Devenir éclusier

Les Voies navigables de France recrutent des éclusiers saisonniers tous les ans pour remplacer les titulaires en vacances et pour renforcer les équipes durant la haute saison. Il s’agit de CDD de deux à six mois sur la période de navigation libre, comprise entre le 17 mars et le 31 octobre. La durée hebdomadaire moyenne est de 35 heures sur une base de rémunération brute annuelle de 20 500 €. Pour postuler (avant la mi-février), renseignements sur www.sudouest.vnf.fr

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