[En Immersion] Au coeur des ventes aux enchères au tribunal 

Loin des salles dédiées, des ventes aux enchères d’un genre spécial ont lieu toutes les semaines au Palais de Justice. Ici, pas d’œuvres d’art ni de commissaire-priseur mais des biens immobiliers saisis et une magistrate enregistrant sobrement chaque enchère. Le Journal Toulousain s’est glissé parmi les avocats et les discrets acheteurs. 

immersion vente aux enchères
®franckalix/JT

Ce n’est pas l’affluence des jours de grands procès, mais une petite foule s’est tout de même formée devant le Palais de Justice. Comme chaque jeudi, une audience spéciale va se dérouler en ce début d’après-midi, celle des enchères publiques. Toutes les semaines, des biens immobiliers saisis sont ainsi proposés à la vente dans les locaux du Palais. « Ce sont des ventes forcées par adjudication. Dans la majorité des cas, quand un bien se retrouve présenté dans ce cadre, c’est qu’il y a en amont un drame humain», précise une avocate, justifiant ainsi, comme nombre de ses collègues, la discrétion sur les raisons de sa présence. Divorce compliqué, perte d’emploi empêchant le remboursement du crédit… Après une première audience, si la vente à l’amiable n’est pas décidée, le tribunal peut ordonner une vente forcée.

« Et bien, il y a foule aujourd’hui », s’étonne un autre avocat visiblement habitué des lieux. La salle 7 du Palais de Justice est en effet comble et la première impression visuelle confirme bien la spécificité de la séance à venir. À en juger par les tenues vestimentaires de l’assistance, nous ne sommes ni dans une audience de justice habituelle ni dans une vente aux enchères classique. On pourrait presque croire à un colloque d’avocats tant les robes côtoient à égalité les habits “civils”. Une densité d’hommes et de femmes de loi due aux procédures très encadrées qui régissent ces ventes. Pour pouvoir participer, il est ainsi obligatoire d’être représenté par un membre du barreau et seuls ces derniers peuvent enchérir.

Premier bien au menu du jour, un ensemble de deux villas et d’un bâtiment à usage de bureaux à Mondonville. Mise à prix : 500 000 euros. Un tarif fixé par le créancier en fonction de ce qu’il restait à payer par le propriétaire mais aussi de l’état du bien. C’est parti pour la partie de poker. Une dizaine d’avocats rentre dans la danse et le compte à rebours, remis à 1,30 mn à chaque nouvelle enchère, n’atteint que très rarement 1,20mn. À coups de « 520 000 euros, maître Chamayou », ou de « 525 000 euros, maître Lignan », les enchères atteignent rapidement des altitudes irrespirables. Certains avocats déambulent dans la salle, l’un demande où en sont les enchères, feignant de ne pas avoir suivi les débats. D’autres, après de discrets conciliabules avec leurs clients, abandonnent ou formulent une dernière offre à quitte ou double. « Il peut arriver que les créanciers du bien mandatent un avocat pour faire monter les enchères », souffle une personne qui assiste à la joute. Au bout de 20 minutes et aux alentours des 800 000 euros, un duel s’installe entre Maître Young et Maître Lefèvre. Cette dernière augmentant systématiquement de 1000 euros les annonces de son confrère. Une tactique qui s’avère payante puisque, après être sorti de la salle une minute, Maître Young, réapparaît avec un signe de tête signifiant qu’il renonce.

Une fois adjugé le lot de Mondonville à 853 000 euros, la salle se vide aussi sec de moitié. « Toutes les ventes ne suscitent pas autant d’intérêts. Là, il s’agissait d’un cas de mise en liquidation judiciaire d’un promoteur et la salle était remplie d’autres marchands de biens », explique Maître Lefèvre, contactée le lendemain au téléphone, sans toutefois en dire plus sur l’identité de son vainqueur de client. Plus abordables pour les particuliers, les ventes suivantes, deux maisons individuelles à Caraman et à Bouloc, mises à prix à 30 000 euros, seront pliées en cinq minutes aux alentours de 40 000 euros.

En quittant la salle, plusieurs personnes s’attardent à l’extérieur du Palais de Justice devant le panneau annonçant les biens proposés lors des prochaines ventes. « J’ai entendu parler de cas un peu compliqués où les propriétaires refusent de quitter les lieux mais généralement il y a de très bonnes affaires à faire. Même s’il y a beaucoup d’intérêt pour un bien, le prix final reste toujours plus bas que le marché. J’ai acheté comme ça un appartement à Toulouse il y a trois ans et depuis je viens régulièrement », explique Michel, quinquagénaire spécialisé dans la rénovation et la revente. Cette fois-ci, ce dernier repart bredouille mais assure qu’il reviendra, invoquant le fameux adage : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres ».

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