[Dossier] Anna, la garagiste qui soigne les voitures

Moteur. Du Pérou jusqu’au garage de Tournefeuille qu’elle tient depuis 20 ans, Ana Ramal a toujours gardé le sourire malgré les difficultés. Le même sourire qui caractérise son approche généreuse du métier. Car pour elle, la mécanique est un art.

garagiste femme
© Franck Alix

« Je suis l’unique grand-mère en activité dans un métier dur et ingrat », affirme d’emblée Ana Ramal dans un grand sourire facétieux. À 64 ans, pas question pour elle de parler de retraite. Toute sa vie, celle qui est à la tête de son propre garage à Tournefeuille depuis près de 20 ans a dû lutter avec acharnement pour se faire une place. Et elle n’est pas prête à la laisser. La mécanique, c’est durant son enfance à Huancayo, ville du Pérou nichée dans la Cordillère des Andes à 2 800 mètres d’altitude, qu’elle la découvre, dans l’atelier de son grand-oncle. « Toute petite, j’allais laver les pièces pour quelques centimes. Très tôt, il fallait aider les parents. Au Pérou, à cette époque, on naissait avec la vie d’un côté et la mort de l’autre. Cela apprend la culture de la dignité et l’envie de se débrouiller. Surtout pour les femmes », assure-t-elle.

Issue d’une famille de sept enfants (dont six filles), Ana est la seule à attraper le virus du cambouis. Elle étudie la mécanique et travaille très jeune, notamment sur la Panamericana, où elle entretient les poids lourds qui traversent le continent américain via la mythique autoroute. Au début des années 1980, c’est le cœur qui la porte vers la France, là où elle n’aurait jamais imaginé poser les pieds un jour. « J’avais 28 ans et déjà beaucoup d’expérience dans mon domaine, mais j’étais naïve. Une femme mécano, péruvienne et qui en plus ne parlait pas français… Toutes les portes se sont fermées », souffle-t-elle, sans amertume.

Pour nourrir sa fille qu’elle élève seule, Ana enchaîne les petits boulots, vend des pizzas, fait des ménages et pense même, furtivement, à rentrer au pays. « Mais cela aurait été un échec. Alors je me suis acharnée, comme toujours. J’ai appris le français, passé des équivalences pour avoir un diplôme et commencé à travailler dans la rue. Je proposais des vidanges et réparais des embrayages au pied des immeubles », se souvient-elle. Un travail de fourmi qui lui permet lentement d’accumuler de quoi monter son entreprise à Tournefeuille. Une ancienne brocante qu’elle transforme à son image. Sur la façade, une pancarte promet un service avec le sourire. À l’intérieur, plantes et poteries du Pérou côtoient pneus et boulons. « C’est moi qui ai tout fait ici, jusqu’à la peinture », lance Ana, dont la plus grande fierté est d’avoir instauré un véritable lien de confiance avec ses clients.

Là encore, les débuts n’ont pas été faciles. « Certains mécaniciens que j’embauchais n’étaient pas contents de travailler pour une femme, ils pensaient tout savoir. Maintenant, tout le monde connaît ma réputation et tout se passe bien ». Parmi ses quatre employés figure aujourd’hui une fille. Ana en a formé plusieurs et se réjouit qu’elles soient de plus en plus nombreuses à s’intéresser à la mécanique. Car pour elle, sa passion n’a rien d’un métier réservé à la force des hommes. Elle en parle au contraire comme d’un art : « Il faut sentir, écouter, palper. La mécanique, c’est de l’harmonie et de la finesse. Quand j’ai des problèmes, je viens au garage et je cherche des pannes, c’est ma thérapie. »

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