Folles vacances : La colonie de l’horreur

p16 Folles vacances ©Nicolas Caruso

Par Kévin Figuier

Chaque semaine, cet été, nous nous glissons dans vos valises. Une histoire vraie de surprenantes vacances. Amaury, 22 ans, vient tout juste d’obtenir son Bafa. Il part pour sa première colo dans le Périgord mais lors d’une soirée orageuse, la veillée prend une tout autre dimension…

« Pour ainsi dire, c’est une “tradition familiale”. Chez nous les Szczepaniak (prononcez “Zé-pa-niak”), nous avons tous consacré un peu de notre temps de vacances pour animer des colonies. Pour honorer cette coutume imprégnée d’éducation populaire et après avoir réussi les épreuves du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur, je pars donc pour la première fois. Pour être honnête, on ne fait jamais de colonies pour l’argent : pour les trois semaines, je suis payé 300€. Destination Périgueux donc, mais avant d’entamer véritablement la route des vacances, il faut encore réaliser un petit Tour de France,la première aventure consistant à récupérer les petites têtes blondes à Calais, Lille, Dunkerque ou encore à Drancy.

Après de longues heures dans le car, sous le soleil de plomb du mois d’août, j’arrive enfin avec une partie des enfants dans le Périgord. Situé entre le cœur historique et la frontière de la ville préfecture, un bâtiment de deux niveaux accueille près de 70 enfants. Tout autour de la construction s’étend un vaste et agréable jardin privé. Cette vieille infrastructure est en fait un internat mis à disposition pour les centres de colonies. Nous sommes sept animateurs et notre objectif est d’occuper les journées d’enfants et adolescents âgés de 8 à 17 ans. Au programme : des activités d’escalades, de quad, d’équitation et autres divertissements axés sur la thématique du cirque. Nous avons même installé un chapiteau dans le parc. Il s’agit d’un moment de répit et d’amusement pour ces enfants qui sont majoritairement placés en foyer.

Un soir, sous une pluie battante et un violent orage, la veillée se déroule dans une salle annexe du bâtiment principal. Certains jouent à des jeux de société, d’autres avec des cartes. 22h30 passé, c’est la fin de la veillée. Tout le monde doit regagner les dortoirs après s’être brossé les dents. Pour cela, il faut passer par un corridor qui offre une vue sur la cour principale. Là, un garçon d’une petite dizaine d’années traîne des pieds dans le couloir et m’interpelle. « Il y a quelqu’un dehors, je l’ai vu ». Peu convaincu par l’étrange déclaration, je décide de regarder vers l’extérieur et au même moment, un éclair illumine toute la cour et fait apparaître au loin la silhouette d’un homme avec un objet indéterminé dans l’une de ses mains. Une vision digne d’un film d’horreur, j’en ai eu des frissons. Les vieilles fenêtres au simple vitrage du corridor bougent sur le tempo angoissant du tonnerre.

« Si l’on avait voulu faire une veillée spéciale nuit de l’angoisse, nous n’aurions pas fait mieux »

Afin de ne pas provoquer la panique parmi les plus jeunes, je décide donc de mettre au pas tous les enfants en direction des chambres et verrouille la porte du couloir. Une fois tous les occupants installés dans leurs lits, je préviens la directrice de la colo qui appelle rapidement la police. Dix minutes passent et cinq véhicules investissent les lieux. Les gyrophares illuminent toutes les chambres. Les enfants déjà apeurés par l’orage ne sont pas plus rassurés. Après avoir été interrogés par les forces de l’ordre, mes collègues et moi remontons dans les dortoirs pour réconforter plus d’une vingtaine d’enfants encore angoissés. Dans la formation pour le Bafa, on ne vous apprend pas à gérer ce type de situation. J’avais l’esprit très occupé et il a fallu improviser. La directrice de la colonie redescend elle dans la cour et demande aux policiers d’éteindre les gyrophares pour calmer l’inquiétude dans les dortoirs. Les fonctionnaires réalisent au même moment une battue, et trente minutes plus tard, ils finissent par repartir sans rien avoir trouvé de probant.

Le lendemain matin, je découvre dans le jardin une bouteille avec un fond de whisky, une autre animatrice trouve elle un couteau à steak qui n’était pas inventorié par les cuisines. Nous n’avons jamais su qui était l’homme dans le parc. Peut-être un voyeur ou un ivrogne. Fort heureusement, la fin du séjour s’est bien déroulée mais si l’on avait voulu faire une veillée spéciale nuit de l’angoisse, nous n’aurions pas fait mieux. »

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