Faut-il revoir les compteurs communicants Linky ?

COURS-JUS. La Cour des comptes s’est penchée sur les nouveaux compteurs communicants Linky, progressivement déployés par Enedis (ex-ErDF), la filiale d’EDF en charge du réseau électrique. Dans leur rapport publié début février, les sages appellent notamment à « une meilleure information des usagers sur leur consommation ». Ils remettent aussi en cause le procédé de différé tarifaire, une avance consentie par Enedis pour ne pas facturer immédiatement la pose de ces compteurs, qui sera remboursée à partir de 2021 avec un taux d’intérêt désavantageux pour le client selon eux. Alain Bazot, au nom des consommateurs, et Christine Goubet Milhaud, porte-parole de la filière électrique, débattent du sujet pour le JT.

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© Franck Alix

Comment analysez-vous le récent rapport de la Cour des comptes, qui émet un certain nombre de réserves sur l’efficacité des nouveaux compteurs Linky ?

Alain Bazot : Nous affirmons depuis longtemps que ce compteur n’ouvre pas un nouveau droit d’information du consommateur car les données accessibles sont limitées et techniques. La Cour des comptes ajoute un élément : un surcoût injustifié de 506 millions d’euros pour les clients, uniquement dû au montage financier du projet. En revanche, comme le rappelle ce rapport, les doutes concernant les risques pour la santé et pour la vie privée ont été levés par les autorités respectives.

Christine Goubet-Milhaud : Il est trop tôt pour prendre conscience des bénéfices collectifs, aussi bien les économies d’énergie du consommateur que l’optimisation de la production et de la distribution d’électricité. Par ailleurs, l’État et la Commission de régulation de l’énergie ont suivi de près et validé le modèle économique du projet. L’installation de Linky n’est pas facturée au client et n’entraîne pas de hausse des tarifs. Elle est financée par les futures économies de performance.

Quels sont les enjeux du déploiement de ces compteurs ?

Alain Bazot : Nous avons appelé de nos vœux Linky, qui aurait dû être un outil incontournable de la transition énergétique… s’il avait tenu ses promesses. La déception est à la hauteur des attentes. Conscientiser le consommateur passe par une information en temps réel et non un relevé du mois précédent, pour savoir quelles dépenses énergétiques réduire, et par une connaissance fine de son profil pour changer facilement d’opérateur comme l’on pourrait le faire avec une banque.

Christine Goubet-Milhaud : Linky est un maillon essentiel de la transition énergétique. Le consommateur va devenir actif au cœur du système électrique et ce compteur va simplifier la vie : plus besoin de rendez-vous pour la maintenance, une facturation au plus juste et la perspective de nouveaux services comme la recharge de véhicules électriques ou le développement de l’autoconsommation. Linky est aussi un grand projet industriel qui implique toute la filière. 10 000 emplois sont crées pendant six ans entre la fabrication – en France –, la pose et même le recyclage des anciens appareils. Enfin, ce compteur est la première brique d’un système électrique moins centralisé, qui doit permettre de mieux intégrer les énergies renouvelables.

Au regard des recommandations de la Cour des comptes, quelles solutions envisager pour améliorer ou compléter le dispositif Linky ?

Alain Bazot : Cet appareil est porteur de défauts majeurs mais il est encore possible de le corriger. Ouvrir un droit fondamental à l’information du consommateur ne doit pas passer par la facturation de services supplémentaires. L’offre de base doit donc inclure une communication en temps réel de la consommation et du prix, par un système d’affichage externe comme le suggère la Cour des comptes. Enedis va rationaliser ses coûts, toutes les parties doivent y gagner.

Christine Goubet-Milhaud : Tout l’écosystème autour de Linky va émerger dans les prochains mois pour exploiter ses potentialités et développer une offre de services novatrice. Aujourd’hui, seuls 8 des 35 millions de compteurs ont été déployés.

Alain Bazot
Président de l’UFC-Que Choisir, plus ancienne et première association de consommateurs de France, qui rassemble 140 000 adhérents et 400 000 abonnés à son magazine “Que Choisir”.

Christine Goubet-Milhaud
Présidente de l’Union française de l’électricité, organisation professionnelle qui fédère l’ensemble des acteurs de la filière électrique nationale.

1 COMMENTAIRE

  1. Monsieur le Maire de Toulouse,
    Donnez-nous votre avis sur le compteur LINKY.
    Seules des communes de petite taille ont pris la sage décision de laisser le choix aux usagers.
    Ce n’est pas parce que le préfet peut demander l’annulation d’une décision municipale qu’il ne faut rien faire.
    Il y a beaucoup trop de non-dits dans la communication d’ENEDIS et d’EDF.
    L’énergie est un bien trop précieux pour être vendue par des gens qui écrasent tout le mérite des ingénieurs et techniciens qui ont conçu ce compteur.
    Bien à vous.

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