[En Immersion] À la recherche des objets trouvés

Au sous-sol de l’arche Marengo se trouve une véritable caverne d’Ali-Baba dans laquelle s’entasse une multitude de vêtements, sacs, clés et autres babioles, perdus par leur propriétaire. Le JT a obtenu un sésame pour se glisser dans l’antre du service des objets trouvés.

objets trouvés Toulouse
®franckalix/JT

Ils attendent, parfois des mois, voire des années, que quelqu’un vienne les chercher. Bien rangés sur leurs étagères, ils patientent sagement, observant le ballet incessant de leurs semblables qui grossissent les rangs. Eux, ce sont les objets trouvés, conservés par les services de la mairie de Toulouse. Venus des quatre coins de la ville, 13 000 objets par an atterrissent sur les rayonnages du service.

Ce matin-là, deux policiers municipaux poussent la porte pour livrer leur “moisson” du jour. La Poste, Tisséo, les mairies de quartiers, la médiathèque ou même des particuliers en font de même régulièrement.

« La plupart du temps, on nous apporte des portefeuilles, des papiers d’identité, des téléphones ou des clés, mais des objets beaucoup plus insolites nous arrivent », explique le chef du service. Bien cachée dans une armoire en fer, il en sort «  la mascotte » qui y est justement entreposée. Il s’agit d’un vieux ciseau de tailleur d’une cinquantaine de centimètres, présent depuis la création du service, et que son propriétaire a visiblement oublié. « Mais nous conservons aussi un rotofil, un drone et même un sabre trouvé derrière un transformateur électrique », précise-t-il, avant de s’interrompre suite à l’entrée dans les locaux d’un usager.

Il se précipite alors sur la porte qui sépare l’accueil de l’entrepôt de stockage pour la fermer et renseigner la personne. Il explique son geste : « Nous prenons garde à ce que cet accès ne soit jamais ouvert car les objets ne sont restitués qu’après une description précise, il serait facile de s’en approprier un s’ils étaient exposés à la vue de tous.» Une preuve de l’identité du propriétaire présumé est également exigée, excepté lorsqu’il s’agit d’objets non identifiables. Ainsi, à l’entrée, des centaines de clés et de lunettes sont exposées dans des bacs en plastique, dans lesquels les gens peuvent librement fouiller. Une centaine de personnes se succèdent ainsi tout au long de la journée pour remettre la main sur un doudou égaré ou un parapluie oublié.

1h30 après l’ouverture de l’accueil au public, la salle est bondée. « J’ai perdu un portefeuille et mes papiers d’identité dans le métro, je voudrais savoir si l’on vous l’a rapporté ? » demande une jeune femme, portant visiblement tous ses espoirs sur l’agent municipal qui la reçoit. Commence alors un questionnaire précis permettant de vérifier l’identité de la personne et de reconnaître l’objet. Les preuves étant suffisantes, l’agent s’engouffre dans l’entrepôt. Bien étiqueté et répertorié dans un logiciel dédié, l’objet est rapidement retrouvé.

Mais certains ne rejoignent jamais leur propriétaire. « Nous avons en stock des instruments de musique, une TV, des vélos… Ce genre d’objets volumineux n’a pas pu être oublié. Il s’agit de butin de voleurs qui ont été dérangés durant la revente de leur recel », commente le chef du service. Ceux-là ne seront donc pas réclamés. Tout comme d’autres dont la date légale de conservation est expirée : « Nous devons détruire immédiatement alimentation et alcool et garder jusqu’à un mois les papiers d’identité, quand la plupart des autres objets seront entreposés trois mois. Excepté ceux ayant une valeur marchande importante qui seront mis de côté pendant un an et un jour. »

Ensuite, les agents municipaux se chargeront de “mettre fin à leurs jours”, ou du moins sous leur forme actuelle. Car tous ces objets trouvés et non récupérés seront recyclés dans la mesure du possible. « Les téléphones sont démembrés et les pièces sont expédiées à l’association Envie qui les réutilise ; les sacs, portefeuilles et autres couvertures à des associations telles le Secours populaire. Le reste est envoyé à la déchetterie », précise-t-il, interrompu par un homme fouillant énergiquement dans le bac estampillé “lunettes”. Accoudé au comptoir de l’accueil, il cherche désespérément, mais sans succès. Pour le rassurer, l’agent lui précise qu’elles n’ont peut-être pas encore été ramenées aux “objets trouvés”. « Alors je reviendrai dans quelques jours », lance-t-il en tournant les talons, oubliant au passage sa carte de transport sur une table…

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