En immersion avec un artisan qui murmure à l’oreille des guitares

SOIN – Certains traitent les maux des humains. Johann Pioli, lui, s’occupe de ceux des instruments de musique. Des guitares plus précisément, mais aussi de leurs cousins, luths, mandolines ou balalaïkas. Entre cordes et rabots, nous avons suivi le luthier dans son atelier.

©Franck Alix
©Franck Alix

Par Maylis Jean-Préau

À côté de la place de la Daurade, le magasin de musique collaboratif O’notes ne risque pas d’être discordant. Une fois passée la porte d’entrée donnant sur la librairie musicale Les Croquenotes et ses nombreuses partitions, on tombe sur deux enseignes de luthiers, l’un en guitares, l’autre en instruments à vent. Un didgeridoo et des grattes font office de décoration. « Il y a aussi un luthier du quatuor à l’étage, nous discutons souvent ensemble, nous nous prêtons des outils et mutualisons des commandes », présente Johann Pioli en sortant d’une petite salle où il s’entretenait avec un client. “Cabine d’essayage sonore”, indique une pancarte placardée sur la porte.

Quelques notes retentissent, puis, tout sourire, un musicien apparaît et vient remercier le luthier pour le travail qu’il a effectué sur son instrument. « C’est une mandole qui prenait la poussière, on me l’a donnée là où nous étions hébergés après un concert, mais elle était en mauvais état », explique Vincent Ruiz, musicien professionnel jouant de la guitare manouche avec les groupes toulousains Zingua Trio et El Comunéro. Johann Pioli a eu pour mission de remettre sa mandole en état. « J’ai fabriqué un sillet avec des bouts d’os de bœuf récupérés chez le boucher, c’est une pièce importante pour la sonorité de l’instrument, placée sur le manche. J’ai aussi ajusté le montage des cordes », raconte le luthier. Une fois les réparations techniques effectuées, il a passé un moment avec Vincent Ruiz dans la cabine d’essayage sonore : « Il faut tenter de comprendre quel musicien on a en face de soi pour faire du bon boulot. Il n’y a pas de réglage standard, tout est fait sur mesure selon la sensibilité du musicien et son style. On ne travaillera pas de la même façon pour un joueur de blues ou de métal symphonique ! » Car le luthier ne doit pas seulement savoir manier le bois mais aussi avoir de solides connaissances musicales.

Fils de musiciens professionnels, guitariste depuis l’enfance, Johann Pioli affiche cette double casquette. Après avoir appris la maîtrise du bois et la confection de meubles de style Louis XV dans un CAP de marqueterie à Revel, il a passé un CAP de facteur de guitare. Il a ensuite travaillé chez un luthier de violons et dans un magasin de musique, avant d’ouvrir son propre atelier il y a deux ans.

« J’ai fabriqué un sillet avec des bouts d’os de bœuf récupérés chez le boucher »

Avec la rentrée des écoles de musique, le petit local ne désemplit pas. Des guitaristes en herbe aux professionnels, ils sont nombreux à franchir sa porte pour donner un nouveau souffle à leurs instruments. « Parfois, il s’agit seulement d’entretien ou d’accordage, mais je réalise aussi de véritables rénovations comme pour cette mandoline napolitaine de 1910 pour laquelle je dois fabriquer un nouveau chevalet », commente le luthier tout en déposant un vieil instrument sur son établi. En vitrine, de belles guitares sont exposées à la vente. On cherche la signature de Johann Pioli sur l’une d’entre elles. En vain. « Aujourd’hui, c’est très difficile de vivre de la fabrication de ses propres guitares, surtout en ayant un atelier en centre-ville. Il y a malheureusement peu d’acheteurs pour une guitare de luthier à 3000 euros alors qu’on en trouve à des prix beaucoup moins élevés sur Internet. Je ne travaille donc qu’à la commande », explique-t-il.

Pas défaitiste pour autant, Johann Pioli s’est pris de passion pour la restauration des instruments anciens. « Il y a une phase de recherche importante et je découvre toujours de nouveaux types d’instruments », avoue-t-il avant de se lancer dans un vernis au tampon d’un manche de guitare qu’il a d’abord poncé. Il a préparé sa petite mixture pour le vernis : de l’alcool et de la gomme-laque, issue de la sécrétion d’une chenille asiatique ! Son travail est interrompu par la venue d’un autre musicien en quête d’accordage. La santé des guitares toulousaines est entre de bonnes mains.

Un salon international de la lutherie de guitare
65 luthiers et artisans de guitare issus du monde entier se réunissent les 23 et 24 septembre à l’hôtel de Région. Sous le parrainage de Francis Cabrel, ils viennent présenter leurs créations, des guitares traditionnelles aux modèles les plus originaux. Pour l’occasion, la salle du conseil de la Région Occitanie, partenaire de l’événement, ouvrira ses portes au public pour un concert de Thibault Cauvin, as de la guitare classique.

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